Francis-Maurice Pélissier, dit Francis Pélissier, né le 13 juin 1894 dans le 18e arrondissement de Paris et mort le 22 février 1959 à Mantes-la-Jolie, est un coureur cycliste français.
Blessé pendant la Première Guerre mondiale et décoré de la Croix de guerre, il commence sa carrière professionnelle en 1919. Il compte à son palmarès trois titres de champion de France sur route, en 1921, 1923 et 1924, deux victoires sur Bordeaux-Paris en 1922 et 1924, et un succès sur Paris-Tours en 1921. Également spécialiste de cyclo-cross, il remporte le Critérium international en 1926. La même année, il s'affirme parmi les meilleurs routiers mondiaux en gagnant le Critérium des As puis le GP Wolber.
Il ne termine qu'un seul des six Tours de France auxquels il participe, se classant 23e en 1923, l'année où son frère, Henri Pélissier, remporte le classement général. Vainqueur de deux étapes lors de ses six participations, Francis Pélissier y évolue dans l'ombre de son frère et se montre solidaire avec lui lors de ses différents abandons, comme sur le Tour 1924 où le journaliste Albert Londres recueille leur témoignage dans un café de Coutances, donnant naissance à la légende des « forçats de la route ».
Surnommé « le Grand » ou « le Sorcier de Bordeaux-Paris », Francis Pélissier devient directeur sportif à la fin de sa carrière de cycliste, d'abord pour le compte de l'équipe Mercier avant la Seconde Guerre mondiale, puis au sein de la formation La Perle de 1946 à 1955. Pendant une vingtaine d'années, il dirige de célèbres coureurs comme le Suisse Hugo Koblet et découvre de nouveaux talents comme Jacques Anquetil, à qui il fait signer son premier contrat professionnel en 1953, à seulement 19 ans. Son frère cadet, Charles Pélissier, est également coureur cycliste.
Francis-Maurice Pélissier naît le 13 juin 1894 dans le 18e arrondissement de Paris. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes, est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de 13 ans, où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au no 10 de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ». Francis et ses frères séjournent parfois à Polminhac, chez leur grand-mère paternelle, pendant les vacances, et participent le reste du temps aux travaux de la ferme.
Encouragé par son frère aîné Henri qui commence sa carrière chez les amateurs, Francis se passionne lui aussi pour le cyclisme, en cachette, car son père réprouve les compétitions de ce sport. Il assiste notamment au départ de son frère sur le Tour de France des Indépendants en 1910. Parallèlement au travail à la laiterie, puis au garage que son père tient à partir de 1912, Francis Pélissier s'entraîne régulièrement à bicyclette. Sur l'invitation d'un ami, il dispute sa première course en mai 1912, le championnat de l'Alimentation, organisé par l'Association Sportive de la Boucherie et ouvert aux non-licenciés. Sur le parcours de Montgeron à Melun et retour, il se classe premier. En 1913, il rejoint la Société sportive de Suresnes et sur la classique Bordeaux-Paris, il figure parmi les entraîneurs de Louis Mottiat, le vainqueur de la course. Sa saison est néanmoins contrariée par une angine, puis la scarlatine. Il court pour le Club athlétique de la Société générale en 1914 et obtient des résultats notoires. Il prend la deuxième place du championnat de France de cyclo-cross derrière Eugène Christophe, sextuple vainqueur de l'épreuve, puis se classe également deuxième de Paris-Évreux derrière Charles Mantelet, coureur du Vélo Club de Levallois.
Francis Pélissier est ajourné par le conseil de révision au début de la Première Guerre mondiale : il souffre d'une fracture de la clavicule droite, cassée quelques semaines plus tôt sur une course d'amateurs à Meaux. À la demande de son père, qui n'a pas besoin de lui au garage, il assure le remplacement de l'un de ses amis, gérant d'une brasserie du boulevard Flandrin, qui vient d'être mobilisé. Francis Pélissier est finalement affecté au 24e régiment d'infanterie en décembre 1914 où il officie en tant qu'agent de liaison cycliste. Son frère Jean meurt au combat près de Sainte-Menehould en mars 1915, touché par un éclat d'obus à la carotide. En février 1916, alors que sa compagnie se trouve dans le fort de Vaux, près de Verdun, Francis Pélissier est pris dans un bombardement. Blessé à la main, il sauve la vie de son capitaine qui gît inconscient et le transporte sur près de 500 mètres jusqu'à une ambulance. Ce fait d'armes lui vaut de recevoir la Croix de guerre.
Il connaît lui aussi plusieurs blessures dans la suite de ce conflit : il se fracture la clavicule gauche en tombant à vélo dans un trou d'obus, puis en août 1917, il est touché par un tir de mitraillette à proximité de Saint-Quentin. La balle traverse son corps mais ne touche aucun organe vital. Après trois mois d'hospitalisation, il est affecté au 2e régiment d'artillerie, à Rouen, puis à la fin de la guerre comme cycliste au gouvernement militaire de Paris, où Alphonse Baugé rassemble d'anciens coureurs. Il y retrouve notamment son frère Henri.
Francis Pélissier signe sa première licence professionnelle en 1919. Les fabricants de vélo doivent faire face à d'importantes difficultés financières à la sortie de la guerre et ne sont plus en mesure de parrainer une équipe. Plusieurs entreprises décident alors de créer une équipe commune, le consortium La Sportive, qui équipe la plupart des coureurs professionnels et supporte leurs salaires. Le 20 avril, Francis Pélissier participe à son premier Paris-Roubaix. À partir de Breteuil, après 112 kilomètres de course, les conditions météorologiques s'aggravent et les coureurs doivent affronter une violente chute des températures ainsi qu'un fort vent du nord. Plusieurs d'entre eux sont lâchés à l'arrière et certains favoris abandonnent. À la sortie de Saint-Pol-sur-Ternoise, un groupe de neuf coureurs dans lequel figure Francis prend la tête. Après Cambrin, il lance une attaque avec son frère Henri. Un temps isolés à l'avant, ils sont rejoints par Philippe Thys. Francis Pélissier finit par lâcher prise, victime d'une fringale, tandis que Honoré Barthélémy rejoint à son tour la tête de la course. À l'arrivée à Roubaix, Henri Pélissier franchit la ligne en vainqueur devant Thys et Barthélémy, tandis que Francis Pélissier prend la sixième place.
Au mois de mai suivant, il joue un rôle clé dans la victoire de son frère sur Bordeaux-Paris. Il figure en effet parmi les entraîneurs à vélo qui prennent la course à partir d'Orléans. Francis Pélissier assure un rythme soutenu jusqu'à l'arrivée au Parc des Princes, au point que les autres entraîneurs du coureur ne peuvent suivre. Louis Heusghem, deuxième de la course, concède finalement un retard d'une demi-heure sur le vainqueur. Après avoir pris la troisième place de Paris-Bruxelles, il participe au Tour de France. Les frères Pélissier s'y distinguent : Henri gagne la deuxième étape à Cherbourg devant Francis, puis Francis gagne l'étape suivante à Brest devant Henri. Au début de la quatrième étape, en direction des Sables-d'Olonne, les favoris lancent une attaque en vue de distancer Henri Pélissier qui s'est arrêté pour retirer son imperméable et resserrer sa direction. Francis suit un temps le rythme des hommes de tête, mais finit par lâcher prise pour se classer finalement dix-septième. Retardé, Henri Pélissier doit céder la première place du classement général à Eugène Christophe. Le lendemain, les deux frères abandonnent, malgré l'insistance de leur directeur sportif.
En fin de saison, Francis Pélissier obtient plusieurs succès. Il remporte Paris-Nancy avec vingt minutes d'avance sur Robert Gerbaud, puis gagne le Prix René Pottier, organisé par le Vélo Club de Levallois, devant Eugène Philippe et Marcel Godard. Il gagne enfin Paris-Dijon, puis se classe deuxième du Circuit du Morvan derrière son frère, et quatrième du championnat de France au début du mois d'octobre, également remporté par Henri Pélissier sur un parcours de 100 kilomètres derrière entraîneurs.