Francis Masse, dit Masse, est un artiste français né le 21 août 1948, à Gap (Hautes-Alpes). Au début des années 1970, il se fait tout d'abord connaître grâce à ses sculptures, puis se tourne vers l’animation et la bande dessinée.
L'univers poétique de Masse est servi par un graphisme inédit où les scènes sont créées au moyen de trames, ainsi que par un travail subtil sur le relief, le cadre et les perspectives.
C'est surtout à partir de l'album Les Deux du balcon (1985) que Masse met l’accent sur les sujets scientifiques : physique, astrophysique, cosmologie, chaos, mécanique quantique, etc., et les extrapole avec nonsense.
On retrouve l'influence du travail de Masse dans le cinéma chez « son cousin anglais : le Terry Gilliam de Mad Magazine et des bricolages graphiques chez Monty Python (version nonsense) », ainsi que dans la bande dessinée chez « ses enfants perdus : le Daniel Goossens de L'Encyclopédie des bébés (version geek) et le Marc-Antoine Mathieu de L'Origine (version appliquée). »
L'univers à la fois érudit et décalé de Masse est salué et apprécié par ses pairs et par des scientifiques. Les personnages anonymes et saugrenus qu'il met en scène, avec leurs gros nez, leurs chapeaux et leurs manteaux, « obsolètes en tout » évoluent dans un monde parallèle où les codes sont surprenants. Frémion affirme qu'une œuvre forte ne parle qu'à postériori et que l'œuvre de Masse « caractérisera notre temps aussi sûrement que Callot, Le Caravage ou Daumier ».
À la fin des années 1980, Masse délaisse la bande dessinée et se consacre à la sculpture. Depuis 2007, Masse expose ses œuvres, réédite ses planches et ses albums et publie des ouvrages originaux.
Après le lycée, Francis Masse étudie aux beaux-arts de Nancy puis de Grenoble. C'est tout d'abord par ses sculptures qu'il se fait connaître, un aspect méconnu de son travail, qui est pourtant redevenu son activité principale à partir des années 1990. Dès le début des années 1970, il réalise ses premières BD dont le « beckettien » Le Roi de le monde publié dans Le Canard Sauvage en 1973.
Il réalise des animations dont le graphisme qualifié d'« audacieux, inimitable et inclassable » préfigure le style particulier de ses bandes dessinées. Yves Frémion fait remarquer que son univers était en place dès le départ, « mais a progressé très vite graphiquement ». Masse utilise les hachures, les trames, le couché satiné. Le dessin est sombre, les trames détaillées proche de la gravure.
Masse présente un univers graphique qui incarne le courant post-1968 régnant dans la presse avant-gardiste du début des années 1970. Selon Romain Brethes, Masse fait partie de l'histoire de la bande dessinée pour avoir « épousé ses révolutions les plus radicales » et avoir participé à « ses expérimentations les plus fécondes ».
L'univers de Masse est souvent qualifié de surréaliste. Pourtant, Romain Brethes fait remarquer qu'il faudrait plutôt parler d'hyperréalisme, car, à la lecture de ces bandes dessinées, qui datent du début des années 1980, « on assiste, incrédule, à l'avènement prophétique » du monde des décennies à venir : les catastrophes écologiques, le monde du multimédia et du virtuel sont omniprésents avec la télévision, les jeux vidéo et les nouvelles technologies qui annoncent la société informatisée.
Il aborde entre 1970 et 72 l'animation dans l'association aaa (Atelier de cinéma d'Animation d'Annecy) avec le délire de free jazz du Jugement dernier et le désopilant Cagouince migrateur. En 1973-74 avec Pink Splash Production (créée par Paul Dopff) connue pour son esprit assez underground, il réalise Évasion expresse, un court métrage combinant papier découpé animé et dessins animés sur cellulo, intégré avec les précédents films dans le programme Dessins animés et Cie projeté pendant plusieurs semaines en 1974 au Ciné-Halles à Paris. Yves Frémion, qui y a assisté, considère qu'ils sont « époustouflants, simples, efficaces, virtuoses, hilarants, de purs chefs-d’œuvre. ».
Dans son compte rendu du festival de Grenoble 1974, un critique d'Art vivant définit le style d'« Évasion expresse » de « graphisme assez crumbien » et d'humour « splendidement noir ». « Évasion expresse » raconte l'histoire d'un bonhomme assis côté fenêtre dans un compartiment de train qui se laisse aller à une vision fantasmée d'une apparition dans le défilement du paysage… jusqu'à une "apothéose".
En parallèle de ses animations, Masse continue à réaliser des bandes dessinées, il a d'abord participé au fanzine de Poussin Gonocoque (1973-1974). À partir de là, les revues importantes de l'époque le sollicitent : Actuel, Le Canard Sauvage, L'Écho des savanes, Charlie Mensuel, Zinc, Hara-Kiri, Métal hurlant, Surprise et Fluide glacial.
Il publie dans Charlie n° 84 Le Complot chromatique, une histoire en noir et blanc assez longue qui raconte l'irruption d'un petit détail rose vif. Yves Frémion fait remarquer que La Liste de Schindler reprend un concept analogue.
Ses planches sont regroupées sous forme d'albums : Masse aux Éditions du Fromage en 1976, Mémoires d'outre terre chez AUDIE l'année suivante, deux volumes de L'Encyclopédie de Masse et deux volumes d'On m'appelle l'Avalanche aux Humanoïdes associés en 1982 et 1983. L'Avalanche est un personnage à l'aspect de sauvage qui porte un guidon de vélo en travers du nez, comme un os, il « laissera des traces chez Boucq. ». Après un Masse dans la collection « 30x40 » de Futuropolis en 1985 et Les Dessous de la ville chez Hoëbeke en 1985, Casterman réunit sous forme d'album les planches des Deux du balcon puis de La Mare aux pirates parus initialement dans (À suivre) en 1985 et 1987.
Dans Les Deux du balcon, « immense hommage à Flaubert », deux personnages de rang social très différents dissertent sur les grandes théories scientifiques que Masse détourne pour en proposer sa vision où la poésie, la fantaisie, l'humour et le nonsense côtoient la rigueur scientifique. Cet album est considéré comme un des plus représentatifs de son œuvre, pour Frémion il est évident que cet album est « une des plus grandes bandes dessinées jamais parues » et qu’elle représente un « démenti définitif » pour ceux qui croient que la littérature ou le cinéma sont « des arts supérieurs aux petits-miquets ».
Pour construire son univers « prémonitoire, sombre, déglingué », Masse parsème son œuvre d’allusions, de clins d’œil et de pastiches avec lesquels il massacre la doxa.
Philippe Ducat fait remarquer que « le drame sombre » de Masse est son niveau de culture. Les références scientifiques qu’il utilise sont inhabituelles dans le monde de la bande dessinée et s’adressent à un lectorat averti. Ducat ajoute que des auteurs novateurs comme Winshluss, Trondheim, Killoffer, David B., Casanave, Blutch ou Gerner considèrent Masse « bien autrement ».