Ce Jour-là

Francis Berthelot

Écrivain français

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Francis Berthelot, né à Paris le 27 juillet 1946, a mené une carrière de chercheur dans deux domaines successifs : biologie moléculaire de 1968 à 1989 ; narratologie de 1989 à 2007.

C'est également un écrivain des littératures de l'imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy) et un compositeur de musique électroacoustique.

Son père André Berthelot est un physicien : « À Saclay, au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), André Berthelot a créé en 1958 le Laboratoire de physique des hautes énergies (LPHE). » Sa mère, Paule Berthelot née Bouriette, est institutrice puis directrice d'École maternelle[réf. nécessaire]. Son frère aîné, Pierre Berthelot, deviendra professeur de mathématiques à l'Université de Rennes[réf. nécessaire].

Francis Berthelot sort en 1968 de l'École Polytechnique, entreprend une carrière de chercheur qui le conduit en 1970 au CNRS, où il va travailler dans deux domaines successifs bien distincts.

En 1968, Francis Berthelot entre à l'Institut de biologie physico-chimique de Paris, dans le service de physiologie microbienne que dirige le professeur François Gros. Il suit celui-ci à l'Institut de biologie moléculaire de la Faculté des sciences de Paris puis à l'Institut Pasteur. Travaillant tour à tour sur les Aminoacyl-ARNt synthétases et les Facteurs d'initiation, il soutient sa thèse en 1975 en l'articulant autour de l'ARN de transfert qui interagit avec les deux au cours de la biosynthèse des protéines.

À partir de 1975, entré au Collège de France dans le service qu'y dirige François Gros, il étudie en collaboration avec Bernard Croizat la différenciation de la cellule nerveuse . Ils utilisent à cette fin une forme cancéreuse de cette cellule, le neuroblastome murin , dont ils examinent dans un premier temps l'ARN poly(A) polysomal , cette recherche devant se focaliser plus tard sur les protéines mitochondriales .

Parallèlement à sa carrière de chercheur, Francis Berthelot a depuis 1980 écrit trois romans de science-fiction, dont la publication l'a introduit dans le milieu des littératures de l'imaginaire. En 1989, il obtient du CNRS l'autorisation de quitter le département des Sciences de la Vie pour celui des Sciences Humaines. Il intègre alors le CRAL, Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (CNRS/EHESS), dirigé à cette époque par Louis Marin. En collaborant entre autres avec Hubert Damisch, Claude Brémond, Jean-Marie Schaeffer, Philippe Roussin, John Pier et Gérard Genette, il s'y spécialise en théorie littéraire.

Ses premiers travaux portent sur la métamorphose du personnage (de roman ou de nouvelle), dont il explore les variations depuis les Métamorphoses d'Ovide jusqu'à la science-fiction contemporaine au moyen d'une formule structurale aux paramètres variables : [sujet] [agent] [processus] [produit] .

Pour approfondir ce travail, il est amené à se distancier de l'approche des formalistes russes qui, au lieu de considérer le personnage comme un être charnel, privilégient la fonction qu'il remplit dans le récit. En effet, selon Vladimir Propp, « Dans l'étude du conte, la question de savoir ce que font les personnages est seule importante ». Francis Berthelot, quant à lui, se concentre sur le rôle du corps dans l'histoire et de l'organique dans le discours, ainsi que la manière dont ce corps intervient dans les trois modes principaux de l'expression romanesque, le descriptif, le narratif et le dialogue. Ce dernier point l'amène à passer du corps du personnage à sa voix, dont il étudie le traitement littéraire sur deux plans : d'abord la linguistique et la pragmatique du dialogue (dilogue, trilogue et polylogue), ensuite la poétique romanesque et narrative (discours et dialogue, la parole écrite) .

Se basant alors sur son expérience d'écrivain et celle de ses confrères du Groupe Limite et de la Nouvelle Fiction, il entreprend une analyse du processus de création romanesque, dans lequel il distingue quatre phases – élaboration, construction, écriture, remaniement –, étant entendu que celles-ci peuvent se recouvrir, voire se produire dans un ordre différent. Ce qui le conduit à définir deux types d'auteurs : les auteurs structuraux, qui construisent le roman avant de l'écrire ; et les auteurs scripturaux qui l'écrivent sans construction préalable, celle-ci se dégageant au fil de l'écriture. Là aussi, un même écrivain peut adopter un démarche différente d'un roman à un autre, voire à l'intérieur d'un même roman .

À la suite des réflexions menées par le Groupe Limite (1986-1988) puis la Nouvelle Fiction (dont il fait partie de 1994 à 2002) , il se penche sur la zone frontière entre "littérature blanche" et "littératures de l’imaginaire", zone qu’il baptise successivement fictions transgressives puis transfictions , et que son essai Bibliothèque de l'entre-monde (2005) caractérise par une double approche : transgression de l'ordre du monde (loi temporelle, lois scientifiques, mythes et surnature, création d'un monde) ; transgression des lois du récit (dépassement des contraintes de genre, tours et détours de la représentation, dérapage de la réalité, distorsions du récit, transgression par l'écriture).

Vers la fin des années 2000, il codirige avec John Pier un séminaire à l'EHESS sur les Narratologies contemporaines , et en compagnie de Philippe Clermont un colloque au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle : Science-fiction et imaginaires contemporains .

Le premier roman de Francis Berthelot, un space opera intitulé La Lune noire d’Orion, est publié en 1980. Son auteur s'y affirmant comme un défenseur farouche de la cause homosexuelle, il provoque un certain choc dans le milieu SF où cette thématique est encore occultée, mais remporte le Graoully d'or au festival de science-fiction de Metz.

Quittant le futur spatial pour le moyen-âge, Berthelot écrit ensuite une High fantasy, Khanaor, qui se déroule à l'époque mérovingienne. En France, dans les années 1980, la Fantasy est l'objet d'un solide mépris de la part du milieu SF, qui la tient pour une sous-littérature. Il faudra attendre les années 1990-2000 pour qu'elle acquière ses lettres de noblesse, avec une nouvelle génération d'auteur·es comme Mathieu Gaborit, Fabrice Colin, Charlotte Bousquet, Laurent Kloetzer et bien d'autres. Khanaor, publié en 1983, n'en fera pas moins l'objet de trois rééditions successives : Fleuve Noir (1985), Imaginaires sans Frontières (2002), Gallimard "Folio SF" (2010).

Le roman suivant, La Ville au fond de l’œil (1986), marque une triple rupture avec les deux précédents. D'abord, il ne s'agit plus d'un roman d'aventures rattaché à un genre préétabli, mais de l'exploration d'un monde intérieur – l'univers schizoïde. Ensuite, « Le narrateur, Alexis, s’exprime à la fois à la première et à la troisième personne, se dédoublant comme s’il était un autre personnage. » Enfin, il abandonne les conventions du récit "au passé" pour adopter un perpétuel présent de narration qu'il conservera tout au long. de son œuvre. Cette évolution l'amène à rejoindre le groupe Limite et à participer à son recueil collectif Malgré le monde.

Son quatrième roman, Rivage des intouchables (1990), prend la forme d'un Planet opera pour évoquer l'histoire de la communauté gay de la répression aux Émeutes de StoneWall (1969), de la libération des années 70 aux ravages produits par le SIDA dans les années 1980-1995. Le tabou évoqué n'est pas d'ordre sexuel, mais concerne le contact physique entre deux races différentes, les Gurdes du désert et les Yrvènes de la mer : « Le contact entre les deux espèces est considéré comme une profanation, une dégradation, et un puissant interdit, la Loi d’Instinct, le rend honteux et tabou. Ceux qui l’enfreignent sont nommés Transvers ». Ce roman marque le point culminant de sa carrière en science-fiction (Grand Prix de l'Imaginaire 1991), mais également un tournant qui va le conduire via la "Littérature blanche" vers les transfictions.

En parallèle avec son travail de recherche sur la zone littéraire qu'il a baptisée transfictions, Francis Berthelot a entrepris l'écriture d'un cycle de neuf romans, Le Rêve du démiurge (1994-2015), qui en est l'exacte illustration : les deux premiers volumes (L'Ombre d'un soldat et Le Jongleur interrompu) relèvent du réalisme, mythe et surnature ne dépassant jamais le niveau sous-jacent ; ils surgissent en revanche de façon explicite dans le volume trois (Mélusath) et fait basculer le cycle dans une forme de réalisme magique et mythologique ; cette tendance s'accentue dans les volumes quatre à huit (Le Jeu du cormoran, Nuit de Colère, Hadès Palace, Le Petit Cabaret des morts et Carnaval sans roi) ; le volume neuf (Abîme du rêve) consiste en une mise en abyme des précédents, où l'auteur se trouve confronté à ses personnages, certains voulant sa perte, d'autre venant à son secours.

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