Ce Jour-là

Francis Aupiais

Personnalité politique française

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Francis Aupiais, né le 11 août 1877 à Saint-Père-en-Retz et mort le 14 décembre 1945 à Paris 14e, est un prêtre missionnaire, homme politique et écrivain français.

Francis Aupiais veut devenir missionnaire : il entre au Séminaire de philosophie des Pères Blancs de Binson à Châtillon-sur-Marne et y séjourne de 1897 à 1900. En 1901 on le trouve au Grand séminaire de la Société des Missions Africaines (SMA) de Lyon. Ordonné prêtre en 1902, il est affecté l’année suivante au Dahomey, actuel Bénin. Après six mois passés à Abomey, il est envoyé à la Mission de Porto-Novo où il va assurer des cours à l'école primaire de la Mission. Son travail pastoral lui fournit l'occasion de visiter les villages environnants et lui permet de découvrir la culture des Dahoméens : il l'aborde avec empathie, cherche à en comprendre la logique interne et rejette le préjugé qui consiste à n'y voir que de la sorcellerie ou une œuvre démoniaque. Progressivement, Francis Aupiais s’impose comme un spécialiste reconnu des religions et des coutumes traditionnelles dahoméennes.

Mobilisé durant la guerre, il sert comme infirmier à l’hôpital de Dakar (1915-1918), il offre ses services comme professeur de grec dans un embryon de collège destiné aux enfants des Européens qui ne peuvent pas, à cause de la guerre, se rendre en France pour y effectuer leurs études secondaires. C'est dans ce cadre qu'il rencontre, durant son séjour sénégalais, Maurice Delafosse et Georges Hardy, qui sont les initiateurs de ce collège.

Le supérieur de la mission de Porto-Novo (1918-1926)

De retour au Dahomey, il est nommé supérieur de la Mission de Porto-Novo et directeur de l’école.

Son sens pastoral l'amène à mettre en valeur une célébration qui existe à l'occasion de la fête de l'Epiphanie, cette fête où les mages viennent honorer l'enfant Jésus dans sa crèche : les « Brésiliens » (anciens esclaves revenus du Brésil au XIXe siècle) l'avaient ramenée de Bahia et introduite à Porto-Novo. Avec l'aide de Zounon, conteur réputé et « roi de la nuit », le P. Aupiais compose des tableaux vivants avec dialogues et chants. La fête connaît alors un regain de succès populaire.

En 1920, Jeanne d'Arc est canonisée. Son culte est vivant et très populaire, car on pense que sa protection a contribué à la victoire de 1918 qui a mis fin à la Grande Guerre. Plusieurs missions au Dahomey organisent alors des processions, autour d'une Jeanne d'Arc montée sur un cheval, ou sur une auto. En 1925, le P. Aupiais lance une telle procession à Porto-Novo, qui attire une immense foule. Cette procession va se renouveler chaque année, au mois de mai.

En vue de constituer une Exposition missionnaire au Vatican en 1925, le pape Pie XI demande, dans les années 1923-1924, à tous les Chefs de mission de lui faire parvenir des objets témoignant de la culture des gens au milieu desquels ils vivent. François Steinmetz, vicaire apostolique du Dahomey, qui connaît le goût du P. Aupiais pour tout ce qui concerne la civilisation dahoméenne, charge ce missionnaire de rassembler cette collection d'objets à envoyer au Vatican.

Parallèlement, le P. Aupiais rassemble autour de lui des lettrés dahoméens, afin de « dissiper l’équivoque par laquelle on fait une supériorité absolue de la différence qui existe entre l’état dit « civilisé » et l’état dit « primitif » au service du premier ». Ce principe est énoncé par Francis Aupiais dès le premier numéro d’une revue, qui n’est pratiquement rédigée que par des Dahoméens (instituteurs et grands séminaristes), La Reconnaissance africaine (1925).

Le P. Aupiais lance la construction d'une grande église à Porto-Novo. Il décide d'utiliser son prochain congé en France pour quêter, afin de mener à bien cette construction.

Dans le but de faire connaître la grandeur d'une civilisation méconnue, Francis Aupiais parvient à convaincre le banquier Albert Kahn, rencontré à l'Institut d’ethnologie, qu'il fréquente depuis son retour du Dahomey, de produire pour les Archives de la Planète une expédition au Dahomey. Il effectue cette mission en compagnie de l'opérateur Frédéric Gadmer de janvier à mai 1930, mission à l'issue de laquelle ils rapportent 1 102 clichés autochromes et tournent 140 bobines, soit huit heures et demie d'images, qui sont maintenant conservés au musée départemental Albert-Kahn.

Un conférencier contesté (1927-1931)

En octobre 1926, il arrive en France, apportant 29 caisses d'objets dahoméens (masques, statuettes, vanneries, etc.). En 1927, il accompagne son exposition itinérante d’art décoratif dahoméen et, à cette occasion, il prononce de nombreuses conférences. Il se rend ainsi à Nantes, Marseille, Lyon, Roubaix, Orléans, Toulouse, Nancy, Bruxelles, etc.

Les questions que lui posent ses auditeurs lui montrent l'ignorance et les préjugés du public européen concernant les cultures d'Afrique. Il décide de « réhabiliter la race noire ». Il le fera aussi par une série de conférences qui seront diffusées par Radio Tour Eiffel. Ses idées sont généreuses et très appréciées par ses auditeurs : il est très sollicité et multiplie ses interventions.

En 1927, le Supérieur général des Missions africaines, le P. Chabert, décide de créer une Province de Lyon, et nomme, en 1928, comme premier provincial, Francis Aupiais. Mais celui-ci est souvent par monts et par vaux, occupé à participer à des colloques, à donner des conférences ou quelques cours à l’Institut catholique de Paris. Ses nombreux déplacements empêchent ses subordonnés de le rencontrer à son bureau. De même, les Chefs de mission n'obtiennent pas de réponse à leurs lettres. Tous s'en plaignent amèrement au Supérieur général, qui fait des remontrances (orales et écrites) au P. Aupiais.

Le P. Aupiais collabore aussi à la campagne du Bureau international du travail (BIT) contre le travail forcé (1929).

Dans ses conférences, il ne cache pas son admiration pour de nombreux aspects des cultures africaines, allant jusqu'à trouver des « raisons » qui expliquent la polygamie ou les sacrifices humains. Ces « idées excessives » choquent bon nombre d'auditeurs, qui s'en plaignent au Supérieur général. Pour mettre fin à ce scandale, ce dernier demande aux autorités de Rome (de Propaganda Fide) de démettre le Provincial de sa charge. Après avoir exposé oralement ses griefs, au cours d'une visite qu'il fait à Rome en mars 1929, il[Qui ?] les met par écrit. Il accuse le P. Aupiais au motif que « sur les théories téméraires et audacieuses de ses écrits en faveur de la réhabilitation des Noirs, il avait greffé une apologie directe et scandaleuse du fétichisme. [...] Ses théories ont provoqué une grande émotion [...] parmi les missionnaires en général et un étonnement singulier chez certains laïcs ».

Le Supérieur général adresse aussi par écrit ses griefs au P. Aupiais. Il lui reproche : « Continuellement absent de Lyon où vous ne faites que de rares et courtes apparitions, le gouvernement de votre Province ne fonctionne pas. La Maison-Mère a sans cesse été dans l'obligation de suppléer à votre carence et d'intervenir à chaque instant directement. »

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