Francesco Cossiga, né le 26 juillet 1928 à Sassari, au nord-ouest de la Sardaigne, et mort le 17 août 2010 à Rome, est un homme d'État italien, président de la République italienne de 1985 à 1992.
Professeur de droit constitutionnel à l'université de Sassari, il entame sa carrière politique en 1958, après avoir été élu député sous les couleurs de la DC. Entré au gouvernement en 1974, il devient ministre de l'Intérieur deux ans plus tard, gagnant à ce poste la réputation d'un « homme fort » réprimant les manifestations publiques mais l'enlèvement suivi du meurtre du démocrate-chrétien Aldo Moro, qu'il n'a pu empêcher malgré sa fermeté, le contraint à quitter le gouvernement.
Nommé président du Conseil en 1979, il dirige une fragile coalition gouvernementale centriste finalement démise un an plus tard, faute d'une majorité stable au Parlement. Après les élections générales de 1983, il est désigné président du Sénat par ses pairs.
En 1985, alors âgé de 56 ans, il est largement élu président de la République italienne à l'issue d'un tour unique pour un septennat. D'abord en retrait, il intervient de plus en plus régulièrement tout au long de son mandat en ayant une lecture plus personnelle du rôle du chef de l'État prescrite par la Constitution mais, contesté aussi bien par l'opinion que par les partis, il démissionne quelques mois avant la fin prévue de son mandat.
Devenu sénateur à vie, il ne quitte pas la scène politique et devient une figure éminente et respectée du centre de l'échiquier politique malgré des déclarations qui suscitent la polémique jusqu'à sa mort, en 2010.
Issu d'une famille de l'ancienne petite noblesse de robe sarde, orientée vers la gauche modérée et de tradition laïque, républicaine et antifasciste, Francesco Maurizio Cossiga naît le 26 juillet 1928 à Sassari, dans le nord de la Sardaigne. Sorti diplômé du lycée alors qu'il est âgé de seize ans, il rejoint dès l'année suivante les rangs de la Démocratie chrétienne tout en entamant des études de droit à l'université de Sassari. Après trois premières années, il obtient son diplôme et devient, à dix-neuf ans, assistant ordinaire puis professeur associé à la faculté de droit de cette même université.
Sans interrompre ses travaux universitaires, il cultive un réseau d'amitié qui l'amène à se tourner progressivement vers un engagement politique plus accru au sein de la DC : d'abord proche d'Antonio Segni, puis principal lieutenant de Paolo Emilio Taviani, homme politique très pragmatique qui fut à plusieurs reprises ministre, Francesco Cossiga rejoint finalement l'aile progressiste de son parti, dont le chef est Aldo Moro. Il fait partie des « jeunes turcs », génération de jeunes hommes politiques qui obtiennent de façon inattendue la direction de la Démocratie chrétienne dans la province de Sassari en 1956.
En 1960, Cossiga épouse Giuseppa Sigurani (1937-2018), avec laquelle il a deux enfants prénommés Anna Maria et Giuseppe ; ce dernier, né en 1963, suivra le chemin de son père et mènera, sous les couleurs du centre-droit, sa propre carrière politique.
Constamment élu député pour la circonscription de Cagliari-Sassari à partir de 1958, il voit sa carrière politique prendre de l'importance lorsqu'il nommé, au mois de février 1966, secrétaire d'État au ministère de la Défense chargé des services secrets. Toutefois, il n'entre pleinement au gouvernement que le 23 novembre 1974 en devenant ministre sans portefeuille chargé de l'Organisation de l'Administration publique sous les ordres d'Aldo Moro.
Le 12 février 1976, Francesco Cossiga est nommé ministre de l'Intérieur dans le cinquième gouvernement Moro ; il conserve ce poste dans les troisième et quatrième gouvernements de Giulio Andreotti dont il devient un allié et un ami personnel au sein de la DC.
Au cours de son séjour au palais du Viminal, siège du ministère, il restructure la police italienne, la protection civile et les services secrets notamment pour lutter contre le terrorisme. Son pragmatisme et sa fermeté, résolue contre les groupuscules d'extrême-gauche, lui valent d'être considéré comme « l'homme fort » des gouvernements auxquels il appartient d'autant que c'est le début, pour Cossiga, d'une série d'événements qui auront un impact réel sur sa carrière politique.
En 1977, la ville de Bologne est en proie à de violentes manifestations provoquées par la mort, le 11 mars, d'un jeune militant d'extrême-gauche, Francesco Lorusso, ayant appartenu au mouvement radical Lotta Continua, tué d'une balle par un officier de police lors d'un mouvement qui devait provoquer la dispersion de partisans de l'organisation de droite Communion et Libération, réunis ce matin-là à l'université de Bologne. Chargé de rétablir l'ordre, Cossiga fait envoyer des véhicules blindés pour encercler la zone universitaire afin d'amoindrir une éventuelle guérilla en préparation. Le conflit opposant les forces de l'ordre aux manifestants est très violent et fait de nombreuses victimes, dont certaines n'ont pas pris part au mouvement.
Le 1er octobre 1977, la ville de Turin est à son tour le théâtre d'une violente manifestation d'ex-militants de Lotta Continua qui s'en prennent au siège du Mouvement social italien (MSI), parti fasciste, puis au bar L'angelo azzuro, habituellement fréquenté par de jeunes militants de droite. Le lancement de deux cocktails Molotov coûtent néanmoins la vie de l'étudiant Roberto Crescenzio, pourtant apolitique ; sa mort sera plus tard qualifiée de « tragique accident » par l'un des meneurs du mouvement révolutionnaire. Cossiga lui-même utilise cet épisode pour justifier la dissolution, prononcée un an plus tôt, de l'organisation.
Le 16 mars 1978, Aldo Moro est enlevé à Rome par un commando dépêché par les Brigades rouges, quelques heures avant que le nouveau gouvernement de Giulio Andreotti ne se présente devant les députés à l'occasion d'un vote de confiance.
Très rapidement, Cossiga décide de mettre en place deux « comités de crise » impliquant le commandement suprême des forces de police, les Carabinieri, la Guardia di Finanza ainsi que les directeurs récemment nommés du SISMI et du SISDE. Les renseignements militaires sont également sollicités par le ministre de l'Intérieur qui tient à gérer personnellement la situation.
Refusant farouchement de négocier avec les ravisseurs qu'il traite de « terroristes » et déterminé à ne pas fléchir, Cossiga ne peut éviter la mort de Moro, dont le cadavre est retrouvé le 9 mai 1978 dans le coffre d'une voiture via Caetani, à Rome, à l'issue d'une captivité longue de cinquante-cinq jours. Deux jours plus tard, s'estimant pleinement responsable de ce qu'il considère comme un fiasco, il démissionne et fait savoir qu'il se déclare « politiquement mort ». Pour de nombreux commentateurs, l'affaire Moro sonne alors le glas de sa carrière politique.
À la suite des élections générales anticipées du 3 juin 1979, Francesco Cossiga est pressenti pour former le prochain gouvernement. Il doit toutefois attendre le 4 juillet suivant pour être désigné formateur par le chef de l'État, Sandro Pertini.
Après plusieurs semaines de tractations, il parvient à former un exécutif réunissant la DC, le Parti social-démocrate italien (PSDI) et le Parti libéral italien (PLI), avec deux ministres, l'économiste Franco Reviglio della Veneria et l'éminent juriste Massimo Severo Giannini, issus de la société civile mais proches du Parti socialiste italien. Le nouveau gouvernement prête serment le 4 août 1979 devant le président Pertini et Cossiga, à cinquante-et-un ans, succède à Giulio Andreotti, lui-même démocrate-chrétien, comme président du Conseil des ministres.