Franceline Ribard, née Françoise Poupon le 29 novembre 1851 à Chagny (Saône-et-Loire, France) et morte le 24 mai 1886 à Quảng Yên (Indochine française, aujourd'hui au Vietnam), est la première ophtalmologue française. À Nantes, elle est la première bachelière et la première étudiante en médecine.
Fille d'un tuilier et petite-fille d'un fendeur de bois, Franceline Ribard vient d'une famille modeste qui fuit en Suisse pendant la guerre franco-prussienne de 1870. À cette période, elle est déjà partie du foyer familial et habite à Rezé, en Loire-Inférieure.
Le 11 mai 1871, alors âgée de dix-neuf ans, elle épouse Stéphane Ribard, un officier de santé qui exerce à Nantes. À cette date, ils sont déjà parents d'un jeune Stéphane, né le 2 août 1870, que leur mariage légitime. Elle donne naissance à son deuxième enfant, Stéphanie, le 18 novembre 1872 alors qu'elle passe son baccalauréat ès sciences et qu'elle commence ses études à l’École préparatoire de médecine de Nantes.
Elle devient veuve en 1880 à la suite du décès de son mari, atteint de phtisie.
Elle décède le 24 mai 1886 de dysenterie aiguë à l'hôpital de Quảng Yên en Indochine française. Elle a 35 ans.
Première Nantaise à obtenir le baccalauréat (1872-1873)
En 1872, Franceline Ribard prépare le baccalauréat ès lettres de façon solitaire puisqu'aucun établissement scolaire féminin ne propose de cursus pour l'obtenir. Elle est la première femme à se présenter à cet examen à la faculté de Nantes ; Julie-Victoire Daubié, première bachelière française, n'ayant obtenu son diplôme que neuf ans auparavant.
Le 20 août 1872, elle passe son oral devant de nombreux curieux venus assister à cette épreuve publique car il est rare, à cette époque, qu'une femme se présente à un examen supérieur. Réussissant avec brio cette épreuve, elle devient la première bachelière nantaise. Elle enchaîne les réussites en obtenant, le 14 août 1873, le baccalauréat ès sciences.
En 1872-1873, l'enseignement secondaire public n'est pas encore réellement ouvert aux femmes et celles qui obtiennent ces examens font preuve d'audace et de détermination. Il faut attendre la loi Camille Sée du 21 décembre 1880 pour qu'un enseignement secondaire féminin soit créé bien qu'il ne conduise pas encore au baccalauréat mais au diplôme de fin d'études.
Franceline Ribard devient alors l'une des 88 femmes ayant obtenu un baccalauréat ès lettres entre 1866 et 1888 et l'une des 112 femmes ayant obtenu un baccalauréat ès sciences à cette même époque.
Première Nantaise à l’École préparatoire de médecine de Nantes (1872-1874)
Avec son baccalauréat ès lettres, elle s'inscrit à l’École préparatoire de médecine de Nantes le 15 novembre 1872, se portant candidate au titre de docteur en médecine. L'inspecteur d'Académie soutient sa candidature auprès du recteur qui accepte rapidement.
Son cas est bien différent de Madeleine Brès, première Française à devenir médecin, et de Mary Corinna Putnam, docteur en pharmacie de l'Université de Pennsylvanie et première étudiante étrangère admise dans l'enseignement supérieur français, qui ont rencontré plus de difficultés pour obtenir une place à la faculté de médecine de Paris.
Dès son inscription, Franceline Ribard devient stagiaire dans un hôpital nantais et réussit l'externat le 7 novembre 1873. Elle réussit aussi brillamment l'internat, sa deuxième année d'études, en étant classée deuxième, le 7 novembre 1874 . Elle quitte ensuite Nantes pour sa troisième année d'études qu'elle effectue à Rennes et obtient son examen final le 6 août 1875. Chaque année, elle obtient la mention bien satisfait, la meilleure mention après très satisfait.
Au cours de sa troisième année, un mouvement d'hostilité à l'encontre des étudiantes en médecine débute à l'initiative de Gustave-Antoine Richelot, membre de la Société académique de Nantes, qui publie La femme médecin en juin 1875. Il estime que les femmes n'ont rien à faire dans les écoles de médecine car c'est, dit-il, « se mettre en contradiction choquante avec nos [sic] mœurs » et se questionne si « parmi ces excentricités et ces folies, ne doit-on pas considérer l'institution des femmes-médecins comme celles qui méritent d'être le plus vivement combattues car elles menacent directement la santé humaine ? ». Quatre pages de son ouvrage sont officieusement consacrées à Franceline Ribard qu'il a croisé au cours de son externat. Il y écrit que ses enfants seront « abandonnées, livrés à quelque servante inepte, contractant peut être le germe de quelque maladie ».
Le doctorat de médecine à la faculté de médecine de Paris (1876)
La préparation et la soutenance de thèse ne peuvent s'effectuer qu'à Paris ainsi elle s'inscrit à la faculté de médecine de Paris en 1876, quelques mois seulement après son mari. Elle s'intéresse à l'ophtalmologie, plus particulièrement au glaucome et au décollement de rétine.
Durant ses études à Paris, elle côtoie de grands professeurs de médecine : Jules Gavarret, Julien Masselon et Louis-Antoine Ranvier et travaille avec de grands médecins et ophtalmologues français et étrangers en parallèle de ses cours : Louis de Wecker et Xavier Galezowski. Dans sa thèse, elle rend hommage à Paul Bert, médecin, professeur de physiologie à la faculté des sciences de Paris et député militant en faveur de l'instruction des filles, qu'elle avait rencontré à Nantes en janvier 1874 et avec qui elle noue une forte relation.