Françoise Loranger, née le 18 juin 1913 à Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie, et morte le 5 avril 1995 à Montréal, est une écrivaine, romancière, dramaturge et poétesse québécoise. Elle a œuvré à la radio, à la télévision et au théâtre. Pour la télévision, son téléroman le plus connu demeure Sous le signe du lion, tandis qu'au théâtre, elle a innové dans la forme avec des pièces comme Le Chemin du Roy ou Médium saignant. Enfin, Françoise Loranger a signé un seul roman, Mathieu, paru en 1949.
Françoise Loranger naît à Mont-Saint-Hilaire le 18 juin 1913, probablement dans la maison de son grand-père Loranger où la famille passait ses vacances. Elle est la fille du juge Joseph-Henri Loranger et de Marguerite Lareau. Ces derniers se sont mariés le 2 juin 1909 à Montréal. Françoise est la troisième de leurs cinq enfants. La jeune Françoise grandit dans une famille de juristes.
Il semble que la famille Loranger déménage souvent lorsque Françoise est encore enfant. Elle étudie dans un programme lettres-sciences au couvent de Saint-Louis-de-Gonzague en plus de suivre des cours particuliers de dessin et d’écriture. Attirée très tôt par la littérature, Françoise Loranger commence à écrire à l’âge de douze ans, alors qu’elle compose des histoires pour les lire à sa sœur. Dans une entrevue, elle raconte avoir écrit trois romans au cours de sa jeunesse, qu’elle n’a pas conservés. Elle publie finalement une première nouvelle dans la Revue populaire en 1936.
Scénariste de radio-feuilletons
Françoise Loranger fait ses débuts à la radio grâce à Robert Choquette, auteur déjà connu, qui l’incite à se lancer dans l’écriture de romans-feuilletons pour ce média. Elle dira plus tard que c’est lui qui lui apprend le métier. Aux côtés des Henri Letondal ou Claude-Henri Grignon, Françoise Loranger fait partie d’une petite cohorte de femmes (Jovette Bernier, Aliette Brisset-Thibaudeau et Jean Desprez) qui commence une carrière d’écrivaine pour la radio à la fin des années 1930.
En 1938, elle coécrit d'abord avec Robert Choquette Le vieux raconteur pour CBF-FM, la radio de Radio-Canada. Forte de cette première expérience, Loranger coécrit avec lui Dans ma tasse de thé (1938-1939), toujours pour la radio de Radio-Canada (CBF).
De 1940 à 1942, Françoise Loranger travaille également pour Paul L’Anglais à CKAC où elle traduit de l’anglais quelques émissions de la série Ceux qu’on aime, aussi publié en feuilleton dans la revue Radiomonde. En 1941, pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle signe à Radio-Canada et à CKAC La victoire par l’épargne. Il s'agit d'un radio-feuilleton. Puis, de 1942 à 1943, Françoise Loranger-Simard - elle s'est mariée entre-temps -, scénarise La vie commence demain à la radio de CKAC.
À la fin des années 1940, elle écrit quelques sketches pour L’école des parents (1947) ainsi que le radio-roman Les Mercier (1949) à Radio-Canada. Ce dernier est réalisé par Judith Jasmin.
Le 17 mai 1941, Françoise Loranger épouse Paul Simard, alors lieutenant dans la Marine royale canadienne, à la basilique de Québec. Elle aura une fille avec lui : Puck Simard, née le 29 décembre 1941. Avec lui, Françoise Loranger a habité un temps à Ivry Nord. Le couple y gérait L'Auberge Barbe Rousse. Elle a également vécu dans un camp de chasse et pêche, administré par M. Simard, situé à Lac La Pêche en Mauricie. Paul Simard décède et est inhumé à La Martinique à une date indéterminée.
Elle épouse en deuxièmes noces Jean Michaud, architecte, le 4 juin 1953. Une fille, Danièle, naît de cette union le 29 juillet 1953. Le couple habitera Saint-Marc-sur-Richelieu pendant 20 ans. Ils résideront aussi à Montréal de 1963 à 1970. Comme M. Michaud enseigne à l'Université Laval, ils éliront domicile à Saint-Nicolas à partir de 1973, avant d'occuper un appartement à Québec. Le couple s'installe finalement à Montréal à la retraite de M. Michaud.
En 1949, elle présente son roman Mathieu au prix du Cercle du livre de France. Bien qu'elle obtienne le plus de votes de la part du jury, le prix n'est pas attribué cette année-là, étant donné qu’aucune œuvre n’est jugée méritoire. Françoise Loranger souffre de cet échec qui la décourage d’écrire d’autres romans. Elle reviendra sur ce moment dans plusieurs entrevues.
Malgré la décision du jury, l’éditeur décide de publier tout de même l’ouvrage de Françoise Loranger la même année. Elle s’y distingue par son style théâtral (les dialogues et une division tripartite). Elle se démarque également par l’analyse psychologique de ses personnages. Selon André Gaulin, « Avec Mathieu, roman de l’intérieur, contestataire d’une société destructive des individus, négatrice de la vie et dont la religion vorace et l’esprit d’échec interdisaient le bonheur, Françoise Loranger s’inscrivait dans l’imaginaire romanesque de son temps. »
Le roman met en scène le personnage de Mathieu Normand, qui est fils unique. Son père ayant quitté le foyer familial afin de refaire sa vie aux États-Unis avec une autre femme, Mathieu habite avec sa mère dans un appartement de l’Est de Montréal. Femme aigrie, elle rabaisse constamment son fils et dilapide son argent à la recherche de son mari.
En 1952, avec l’arrivée de la télévision au Québec, la carrière de Loranger prend une nouvelle tournure. Elle est ainsi rapidement appelée à y œuvrer, écrivant plusieurs dramatiques théâtrales pour Radio-Canada. Elle est en outre scripteure pour Sophie-Magazine, une série destinée aux adolescentes.
Françoise Loranger est l’autrice du téléthéâtre Madame la Présidente, présenté à la télévision de Radio-Canada le 11 mars 1956. La réalisation est assurée par Gérard Robert. Parmi les comédiens figurent Denise Pelletier, Jean Duceppe, Paul Dupuis, Gabriel Gascon, Thérèse Cadorette et Ginette Letondal. Prenant place dans une famille québécoise issue de la bourgeoisie, il s'agit d'une satire de la psychanalyse et une caricature de Sigmund Freud.
Le critique du Devoir souligne : « Aussi la qualité primordiale de Françoise Loranger est l’habileté de certaines grandes scènes: des personnages denses, humains, font face à des questions réellement angoissantes et le texte atteint parfois une émotion dramatique (ainsi l’accent de désespoir de la femme de 50 ans) et ces personnages qui sont prêts à accepter les solutions de facilité que l’auteur tourne en dérision; et cette satire directe malgré la précaution du placard du tout début; et ces exagérations que nous nous surprenons soudain à ne pas croire aussi irréelles que notre bon sens nous incline à le prétendre. Françoise Loranger réussit là de très belles scènes où l’action est bien la conséquence des caractères créés. Nous reconnaissons ici les qualités mêmes de la romancière ». Pour d’autres chroniqueurs, comme Clément Fluet, la satire porte plutôt « sur la femme de 50 ans en disponibilité, sur le mari réaliste, sur le milieu bourgeois d’une petite cité, sur les écoles de familles, sur tout ce qu’on voudra, mais certes pas sur Freud lui-même ».
La comédie satirique d’une heure et demie avait d’abord été conçue pour la scène, six ans plus tôt, sous le titre L’École des familles. L'autrice avait insisté sur le fait qu'elle cherchait surtout à dresser le portrait critique de la femme bourgeoise cinquantenaire qui, en se cherchant une vocation, risque de se faire tromper.« Avec “l’École des familles”, Françoise Loranger aborde un problème original: celui des femmes de cinquante ans. Cet âge, dit-elle, est l'âge de l'effacement. Le rôle de la mère passe au second plan, car les enfants se marient; celui de l’épouse diminue graduellement. Mais quel va être le sort de la femme? Elle sent, en elle, encore mille possibilités. Elle ne veut pas se résigner à n’être qu’un rouage accessoire et puisque, dans son foyer, elle n'occupe plus la situation centrale, elle va s’échapper, élargir son horizon et se consacrer désormais à des tâches d'un ordre plus général, sociales ou politiques. Résultat: elle empoisonne tout son entourage. »L'année suivante, elle livre le téléroman À moitié sages. Celui-ci est diffusé sur les ondes de Radio-Canada pendant la saison estivale, soit entre le 5 juin et le 25 septembre 1957. Parmi les comédiens, nous retrouvons Gisèle Schmidt, Dyne Mousso, Solange Harbeau, Marthe Mercure et François Rozet. La réalisation est de Denys Gagnon.