François de Laval (baptisé François-Xavier) ou François de Montmorency-Laval, connu dans l'histoire de la Nouvelle-France comme Mgr de Laval, né le 30 avril 1623 à Montigny-sur-Avre (France) et mort le 6 mai 1708 à Québec, est le premier évêque et le fondateur du Séminaire de Québec.
À titre de membre du Conseil souverain créé par Louis XIV en avril 1663, François de Laval est par deux fois gouverneur de la Nouvelle-France à titre provisoire (en 1663 et 1682).
Il est proclamé saint le 3 avril 2014 par le pape François. On le fête le 6 mai, anniversaire de sa mort.
Les Montmorency, « premiers barons du royaume »
Né le 30 avril 1623 à Montigny-sur-Avre, François de Montmorency-Laval est le fils de Hugues de Montmorency-Laval, seigneur de Montigny, et de Michelle de Péricard. Il est un membre de la haute noblesse française. Apparentés au roi et ayant leurs entrées à la cour, les Montmorency sont dits « premiers barons du royaume ». Son père est un descendant du baron de Montmorency. François a six frères et sœurs.
Appartenant à la branche cadette de la deuxième maison de Montmorency-Laval, les Laval-Montigny, le prélat lui-même n'utilise pas le nom de Montmorency, signant simplement, dans les registres ou ailleurs, « François de Laval ».
François de Laval est baptisé le 30 avril 1623, dans l'église Saint-Martin de Montigny-sur-Avre, du nom de « l'apôtre des Indes », François Xavier, canonisé l'année précédente, en 1622, par le pape Grégoire XV. L'historien canadien Auguste-Honoré Gosselin note que le choix de ce prénom « était de bon augure pour celui qui devait être l'apôtre du Canada et faire revivre sur ce vaste théâtre de l'Amérique du Nord les vertus des premiers pasteurs de l'Église ». François de Laval gardera toute sa vie une grande dévotion pour son glorieux patron et voudra même que ce dernier soit honoré au Canada comme le second saint patron du pays. Il a aussi une grande dévotion pour François d'Assise.
Adolescent, François de Laval fréquente le collège des Jésuites de La Flèche, nouvellement créé sous l'impulsion de Henri IV. Il y restera dix ans (1631–1641). À partir de 1641, il étudie la théologie au collège de Clermont (à Paris), autre institution des Jésuites. Il est ordonné prêtre le 1er mai 1647 en la cathédrale d’Évreux par son oncle, François Péricard, évêque d’Évreux. Chanoine de la cathédrale d’Évreux, il est archidiacre d’Évreux de 1646 à 1653.
L'attrait de François de Laval pour les missions est éveillé au cours de ses études au collège de La Flèche, où il rencontre un jésuite missionnaire de la première heure en Nouvelle-France, le père Énemond Massé, et où il a comme surveillant le père Gabriel Lalemant, futur martyr, que son zèle pousse vers la Nouvelle-France. Un événement déclencheur survient en 1653 : la visite du père Alexandre de Rhodes au groupe de jeunes prêtres dont fait partie François de Laval depuis son ordination en 1647. Elle le marquera pour toujours et imprégnera profondément sa vie de prêtre et d’évêque. La rencontre avec le père de Rhodes a lieu en février 1653. Arrivé à Paris le 27 janvier 1653, le père Alexandre de Rhodes est reçu à la cour et dans les milieux proches de la compagnie du Saint-Sacrement. C’est ainsi qu’il est invité par le groupe des « Bons Amis » du père Bagot, dont fait partie François de Laval, qui boivent ses paroles. À la suite d’un entretien donné au groupe, François de Laval et quelques amis s’offrent pour les missions d’Asie. Dès le 7 mars 1653, sur proposition des pères Bagot et de Rhodes, François de Laval, archidiacre d’Évreux, François Pallu, chanoine de Saint Martin de Tours et Pierre Picques, bachelier en théologie de la faculté de Paris, sont choisis dans le groupe des jeunes prêtres pour aller dans les pays lointains, au Siam et au Tonkin comme vicaires apostoliques.
Pour Rome, le moment est venu de reprendre en main les missions confiées jusque-là au patronage (« Padroado ») des rois d’Espagne et du Portugal. C’est pourquoi la congrégation De Propaganda Fide, fondée en 1622, décide d’envoyer directement des évêques en pays de mission. Pour ménager les susceptibilités royales, on ne créera pas de nouveaux diocèses pour ces évêques : on les nommera évêques « in partibus infidelium » (« dans les régions infidèles »), c’est-à-dire évêques d’un diocèse aujourd'hui occupé par des infidèles. Ces vicaires apostoliques seront chargés par le pape d’aller organiser le clergé local en Asie et en Amérique septentrionale. Sur les conseils du père de Rhodes, Rome, après quelques hésitations, avait opté pour des candidats français. Le projet de nomination de François de Laval en Asie, au Tonkin plus précisément, va tarder pour diverses raisons, dont l’opposition des Portugais et la mort du pape Innocent X en 1655, ce qui permet à Louis XIV, le 26 janvier 1657, de proposer, à la demande des jésuites, que François de Laval soit nommé en Nouvelle‑France plutôt qu’au Tonkin.
François de Laval est nommé évêque de Pétrée (aujourd’hui Pétra en Jordanie) le 11 avril 1658, son ami François Pallu, évêque d'Héliopolis (de) (aujourd'hui Baalbeck) le 29 juillet et Pierre Lambert de la Motte, évêque de Bérythe (de) (aujourd’hui Beyrouth) le même jour à la place de Pierre Picques qui entre-temps avait pris la cure de St-Josse à Paris. Un quatrième vicaire apostolique s’ajoutera en 1660, Ignace Cotolendi, qui mourra en route vers la Chine en 1662. L’évêque de Pétrée est nommé vicaire apostolique en Nouvelle-France, l’évêque d’Héliopolis au Tonkin et l’évêque de Béryte en Cochinchine. Les nouveaux vicaires apostoliques ainsi que quelques autres membres des « Bons Amis » signent le 1er juillet 1658 une demande envoyée aux cardinaux de la congrégation De Propaganda Fide où ils font valoir qu’« il y a en France plusieurs ecclésiastiques désireux de se consacrer à la conversion des infidèles et que, d’autre part, il est nécessaire pour la conservation et l’accroissement des missions de commencer au plus tôt dans le Canada, la Chine, le Tonkin et la Cochinchine, suivant l’ordre de Sa Sainteté et conformément aux décrets de vos Éminences ».
Le 8 décembre 1658, il est nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France et sacré évêque in partibus de Pétra dans la chapelle de la Vierge (aujourd'hui disparue) de l'église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris ; il arrive à Québec le 16 juin 1659, après avoir fait escale à Percé le 16 mai ; le vicaire apostolique profitera de ce passage pour célébrer sa première messe en Nouvelle-France et confirmer 140 personnes, dont 55 Micmacs.
Dans la ligne du concile de Trente, qui s'est clôturé un siècle plus tôt en décembre 1563, il fonde la communauté des prêtres du Séminaire de Québec le 26 mars 1663 à laquelle il confie le Grand séminaire de Québec et en 1668, le Petit séminaire de Québec. En 1665, il rattache le groupe au Séminaire des Missions étrangères de Paris et la communauté prend le nom de Séminaire des Missions étrangères établi à Québec sous le patronage de la Sainte-Famille. Elle existe encore aujourd'hui et est connue maintenant sous le nom de Séminaire de Québec. À cette époque, toutes les paroisses sont rattachées au Séminaire de Québec. François de Laval les considère comme des missions et les prêtres qui les desservent comme des missionnaires. Il ne veut pas de cure fixe et inamovible. Il désire que son clergé soit mobile et disponible en tout temps pour le ministère.
Pour doter la communauté des prêtres du Séminaire de Québec des moyens financiers nécessaires à sa mission, il acquiert de 1664 à 1668 la seigneurie de Beaupré avec ses ressources personnelles. Dans le même but, il obtient du roi Louis XIV, en 1664, l'abbaye de Méobecq), dans le Berry, en France, et devient, à ce titre, prieur d'Esves-le-Moutier. Comme abbé commendataire, il utilise les revenus de l'abbaye de l'Estrée pour son vicariat apostolique avant d'être obligé de la supprimer en 1673 par lettre patente, conformément aux décrets du concile de Trente qui exige la présence physique des abbés dans leurs abbayes.