François L'Hermite du Solier, dit Tristan L'Hermite ou Tristan, né en 1601 au château du Solier près de Janaillat (Marche) et mort le 7 septembre 1655 à Paris, est un gentilhomme et écrivain français. D'abord page dans l'entourage d'Henri de Bourbon-Verneuil, fils naturel du roi Henri IV, puis homme d'épée au service de Louis XIII et de son frère Gaston, duc d'Orléans, il est passé à la postérité comme auteur polygraphe — en s'illustrant comme poète, dramaturge et romancier.
Son nom de plume fait référence à Louis Tristan L'Hermite, qui avait servi les rois de France de Charles VI à Louis XI et dont sa famille se considérait parente, au même titre que de Pierre l'Ermite qui prêcha la première croisade populaire au XIe siècle.
Auteur de cinq tragédies, d'une tragi-comédie, d'une comédie et d'une pastorale, de cinq recueils de vers galants, héroïques et religieux, d'un roman (Le Page disgracié) et de Lettres mêlées, Tristan aborde tous les genres. La publication des Plaintes d'Acante, en 1633, le révèle comme le successeur de Malherbe et de Théophile de Viau dans le domaine de la poésie amoureuse, élégiaque et lyrique. Le succès remporté en 1636 par sa première pièce de théâtre, La Mariane, où l'acteur Montdory fait sensation avant de jouer Le Cid, l'impose comme l'un des meilleurs auteurs dramatiques autour de Corneille.
Tristan accompagne les débuts de l'Illustre Théâtre de Molière, et offre un grand succès à Madeleine Béjart dans La Mort de Sénèque. Membre de l'Académie française en 1649, il protège également Quinault, dont il encourage la carrière en proposant les premiers éléments du droit d'auteur.
Son œuvre tombe dans l'oubli avec le triomphe du classicisme. Le XVIIIe siècle des Lumières et le XIXe siècle du romantisme semblent l'ignorer, malgré les influences ou les résonances que son œuvre suggère. Des professeurs, des érudits et des poètes proches du symbolisme redécouvrent Tristan, à partir de 1870, comme « un précurseur de Racine ». La thèse de Napoléon-Maurice Bernardin soutenue en 1895 entraîne la réédition de son Page disgracié, ainsi que de nouvelles représentations de ses pièces, dans le cadre de conférences universitaires et mondaines.
En 1955, Amédée Carriat inaugure un courant d'études tristaniennes qui se développe bientôt en Italie, en Allemagne, au Canada et aux États-Unis. L'association Les Amis de Tristan L'Hermite, créée en 1979, assure la diffusion des travaux entrepris en littérature française du XVIIe siècle autour de l'écrivain creusois. Antoine Adam voit en Tristan « la plus noble figure de poète que puisse nous offrir l'époque de Louis XIII ».
La Mort de Sénèque est reprise à la Comédie-Française en 1984. Tristan figure dans trois anthologies de la Bibliothèque de la Pléiade, à partir de 1986, pour son œuvre dramatique, romanesque et poétique. Ses œuvres complètes sont publiées en 2002.
Solitaire, indépendant, mélancolique, nostalgique et passionné, Tristan est le poète des amours, de la nuit et des rêves. Son œuvre la plus célèbre, Le Promenoir des deux amants, a été mise en musique par Debussy sous la forme de trois mélodies publiées sous le même titre en 1910.
François L'Hermite, gentilhomme
Gentilhomme de vieille lignée, François L'Hermite reste « en marge d'une société qui s'embourgeoise, où il se sent mal à l'aise », jusque dans « les compromissions de sa carrière d'écrivain ».
La maison de L'Hermite se déclarait issue de Pierre l'Ermite, prédicateur de la première croisade populaire au XIe siècle. Contesté au XIXe siècle, cet usage adopté par l'écrivain « ne prouve pas assez qu'il est son descendant, mais ses adversaires ne peuvent pas prouver qu'il se trompe ». Les L'Hermite du Solier représentent la branche aînée de la famille, tandis que leurs cadets, ayant pris parti contre les Armagnacs, ont suivi les ducs de Bourgogne aux Pays-Bas en créant les branches de Caumont et de Bétissart. Le premier château de L'Hermite est détruit pendant la guerre de Cent Ans. Bernard d'Armagnac autorise Jean L'Hermite, sieur du Solier, à ériger en 1424 le château où naîtra François L'Hermite.
L'écrivain emprunte son nom de plume à Louis Tristan L'Hermite, grand maître de l'artillerie et prévôt des maréchaux qui avait servi les rois de France de Charles VI à Louis XI. Contrairement à une idée reçue, il ne le comptait pas parmi ses ancêtres, mais seulement dans sa parenté. La généalogie familiale a été faussée par son frère Jean-Baptiste, généalogiste « entiché de noblesse » qui a multiplié les prétentions — bien inutiles, puisque Tristan et son frère appartiennent incontestablement à une ancienne famille de la Marche.
Cependant, lorsque naît leur père Pierre, le partage des biens entre neuf enfants, trente ans après un partage entre six, a beaucoup diminué leur patrimoine. En mai 1591, Pierre L'Hermite et ses oncles sont accusés du meurtre de Jacques Voisin, vice-sénéchal de Guéret retiré d'un étang près de Pontarion, « tout botté, avec une pierre au cou et une autre aux jambes, la tête trouée d'un coup de pistolet ». Détenus pendant 22 mois, les trois hommes sont renvoyés devant le parlement de Paris. Pierre plaide l'alibi, mais il est condamné à être décapité en place de Grève. Gabrielle d'Estrées intervient alors auprès de Henri IV pour obtenir sa libération.
Napoléon-Maurice Bernardin soutient que « c'est à son procès que Pierre L'Hermite doit son mariage. L'énergie et l'habileté de sa défense, le courage dont il a fait preuve, l'élégance de sa tournure et l'agrément de sa conversation » intéressent Pierre Miron, sieur de Malabry et descendant d'une ancienne famille : « Toute l'influence que Pierre Miron avait par lui-même, par sa parenté, par ses alliances, il la met au service du jeune Pierre L'Hermite » et lui propose d'épouser sa fille Élisabeth. Le mariage est célébré à la fin de l'été 1597.
François L'Hermite, sieur du Solier, est né en 1601, mais cette date « n'est donnée qu'approximativement ». Divers indices sont présents pour la confirmer, dans les Lettres mêlées de l'écrivain et Le Page disgracié : « Parlant du petit duc de Verneuil, fils naturel d'Henri IV, né le 6 novembre 1601, Tristan dit : Nous étions presque d'un âge et de même taille ». Dans son édition de l'Histoire de l'Académie Françoise établie par Paul Pellisson, l'abbé d'Olivet mentionne, en 1729, que le poète est mort « âgé de cinquante-quatre ans, le 7 septembre 1655 ». Une lettre où il parle de la « noble étoile qui l'a vu naître » laisse supposer qu'il est né sous le signe du Lion ou celui de la Balance, c'est-à-dire dans la seconde partie de l'année 1601.
L'écrivain évoque son enfance « avec une discrétion inouïe dans le nom du pays natal, lorsqu'il écrit Guéret au centre de la carte du monde imaginaire qu'il trace, avec des mots seuls, dans la section « Éléments de géographie » de ses Principes de cosmographie. Cette signature cachée définit la fidélité de Tristan pour sa terre du Limousin : ni possessive, ni ostentatoire, ni distante ». Le lieu de sa naissance est « une des provinces les plus accidentées et les plus pittoresques, mais aussi les plus sauvages et les plus pauvres de France ». Édouard Fournier suggère que Scarron fait allusion à son ami Tristan dans un poème où il décrit
Le château du Solier, qui a disparu avant la fin du XIXe siècle, était « une solide forteresse » située entre Bourganeuf et Guéret, « composée d'un grand corps de logis haut de cinq étages, avec quatre grosses tours, l'escalier au milieu, partout crénelé, entouré de fausses braies, flancs, basses-cours et vieux fossés ». Tristan a deux frères, Jean-Baptiste et Séverin. Ce dernier meurt prématurément lors du siège de Royan, en 1622 — « raison de plus pour le peu de goût que témoigne le poète pour la guerre ».
À sa mort, en 1632, Pierre L'Hermite laisse une succession embarrassée à la suite de procès intentés par ses cousins dès son mariage et le paiement de fortes indemnités à la famille de Jacques Voisin. Ses fils perdent alors le château du Solier.