François Gaston de Lévis, né le 20 août 1719 à Ajac (Languedoc, aujourd'hui dans le département de l'Aude), mort le 26 novembre 1787 à Arras, chevalier, puis duc de Lévis, est un militaire français qui s'est notamment illustré en Nouvelle-France. Il est élevé en 1783 à la dignité de maréchal de France pour l'ensemble de sa carrière au sein des armées.
François Gaston de Lévis descend de la Maison de Lévis, une ancienne famille noble du village de Lévis, dans l'actuel département des Yvelines, dont l'origine remonte au XIIe siècle. Son ancêtre Guy de Lévis se rend célèbre, notamment pour ses faits d'armes lors des croisades contre les Albigeois. En récompense de quoi son beau-fère Simon de Montfort le nomme maréchal de l'armée des Croisés (dite Armée de la Foi), titre dont la famille s'honore encore au XVIIIe siècle. On lui fait également cadeau de la baronnie de Mirepoix. La maison de Lévis acquiert alors une prospérité toujours grandissante depuis cette acquisition. Le cousin de François-Gaston de Lévis, Gaston Pierre de Lévis, duc de Mirepoix sera, lui aussi, maréchal de France. La famille rend de nombreux services au royaume de France. Au total, elle fournit deux maréchaux, trois lieutenants-généraux, huit chevaliers des ordres du Roy, des ambassadeurs, des pairs de France, un grand maitre des Eaux et des Forêts, un cardinal, six archevêques et cinq évêques.
La famille se divise en un nombre considérable de branches. La branche aînée, dite des marquis de Mirepoix, s'éteint en 1757. La branche suivante, dite des marquis de Gaudiès, s'éteindra en 1870. La troisième, dite des marquis de Léran, devient alors la branche ainée. De cette branche est issu le rameau qui, en 1593, forme la lignée des seigneurs d'Ajac, dont descend François-Gaston de Lévis.
Ce dernier nait le 20 août 1719 au château d'Ajac, près de Limoux. Il est le fils de Jean de Lévis, baron d'Ajac, mort en 1720, et de Jeanne-Marie de Maguelonne.
Il épouse en 1762 Gabrielle Augustine Michel de Tharon (1744-1794), fille de Gabriel Michel, écuyer, seigneur de Doulon, Tharon, Champs-sur-Marne, conseiller-secrétaire du Roi, riche armateur nantais, directeur de la Compagnie des Indes, et d'Anne Bernier. La maréchale de Lévis, ses deux plus jeunes filles et sa sœur, la marquise de Marbeuf, dame de Champs-sur-Marne, seront toutes quatre guillotinées pendant la Terreur, en 1794. De cette union naissent :
Augustine Gabrielle Françoise de Lévis (Paris, 22 décembre 1762 - 1802), mariée en 1780 avec Christophe Dominique Vincent, marquis de Spinola, ambassadeur de la république de Gênes près du Roi de France, dont deux filles ;
Pierre-Marc-Gaston de Lévis, duc de Lévis, pair de France, membre de l'Académie française (Paris, 7 mars 1764 - Paris, 18 février 1830), marié en 1785 avec Pauline Charpentier d'Ennery. Dont postérité ;
Marie-Gabrielle de Lévis (Arras, 12 octobre 1765 - guillotinée à Paris, 10 juillet 1794), mariée en 1783 avec Charles Félix René de Vintimille, marquis du Luc, petit-fils du Roi Louis XV, émigré, général. Dont postérité ;
Henriette-Françoise de Lévis (Paris, 22 avril 1767 - guillotinée à Paris, 10 juillet 1794), mariée en 1785 avec Charles Raymond Ismidon de Bérenger, comte du Gua, émigré, sert dans l'armée des princes, colonel en 1814. Dont postérité.
Devenu orphelin de père alors qu'il était enfant, il entre en qualité de lieutenant au régiment de la Marine en 1735, à l'âge de 16 ans. Durant 20 ans, il participe à toutes les opérations militaires qui ont lieu sur les frontières orientales du royaume. Il combat sur les rives du Rhin, en participant à la guerre de Succession de Pologne et à l'âge de 17 ans, il est élevé au grade de capitaine. En 1741, il sert au sein du corps auxiliaire français dans l'armée bavaroise qui envahit la Bohême durant la guerre de Succession d'Autriche. C'est durant cette même période qu'il participe à la prise, puis à la défense de Prague. Durant la même année, il se bat à Dettingen et sert avec son régiment en Haute-Alsace, sous les ordres du maréchal François de Franquetot de Coigny. Il est alors rapidement remarqué et distingué parmi les officiers au cours des campagnes militaires dans le sud-est de l'Allemagne, durant de nombreux sièges et batailles.
Deux ans plus tard, il sert dans les armées du Bas-Rhin sous le commandement de Louis-François de Bourbon, Prince de Conti. En 1746, le régiment de Lévis se joint à l'armée d'Italie, dans laquelle il sert en tant qu'aide-major général des logis au sein du corps commandé par son cousin, Gaston Pierre de Lévis-Mirepoix, devenu lieutenant-général. Il se distingue également à la bataille de Montalban, en désarmant un bataillon piémontais, et assiste aux sièges de Valence, de Cazal, de Ville-France et du château de Vintimille. Alors que, un an plus tard, son régiment aide les défenseurs de la Provence, Lévis quitte son commandement en échange d’un brevet de colonel surnuméraire, et continue jusqu’à la fin de la guerre de servir à titre d’aide-major général des logis. La même année, durant la bataille de Plaisance, son cheval est tué sous lui et plus tard, près de Bieglis, un coup de feu l'atteint à la tête. Malgré tout, les honneurs sur sa personne se multiplient en raison de ses exploits : il est fait colonel en 1746 et chevalier de Saint-Louis en 1748.
Remarqué pour sa bravoure et son sang-froid, il est nommé brigadier et commandant en second de l'armée française en Nouvelle-France aux côtés du général Louis-Joseph de Montcalm en avril 1756. Ses relations avec le général et le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil sont cordiales, même s'il se range davantage du côté du gouverneur en ce qui concerne les questions militaires. Dès son arrivée dans la colonie, il a ordre de déplacer les compagnies de La Sarre sur les eaux et celle de Royal-Roussillon sur terre de Québec à Montréal, afin d'assurer la défense du sud de la colonie contre les troupes britanniques. Peu de temps après, il est affecté à la défense du lac Saint-Sacrement. Alors que Montcalm s'occupe de renforcer les défenses du Fort Carillon, Lévis et un détachement militaire se dirigent vers le nord-ouest, afin de constater si l'ennemi peut se servir du chemin des Agniers pour attaquer ce fort ainsi que celui de Saint-Frédéric. Plus tard, il prend le commandement de la défense de la forteresse de Carillon, alors que Montcalm doit retourner à Montréal préparer un raid sur le Fort Chouaguen. C'est au moment où il s'occupe de peaufiner la défense du fort que le jeune militaire juge que le meilleur endroit pour engager un combat avec les troupes ennemies serait au nord du lac Saint-Sacrement, où les Britanniques auraient à débarquer, et donc seraient plus vulnérables. Cependant, ces derniers n'attaquent point la forteresse, puisque les troupes anglaises préfèrent rester sous la protection du Fort Edward. Lévis en profite donc pour détruire des établissements des colonies anglaises et faire des prisonniers.
Désireux de faire avancer sa carrière personnelle, il n'hésite pas à écrire à ses supérieurs en France afin d'attirer leur attention sur ses succès militaires. Par exemple, apprenant la réussite de l'expédition contre Chouaguen commandé par Montcalm, il écrit au comte d'Argenson, ministre de la guerre, en affirmant qu'il serait désagréable si le marquis de Montcalm devait recevoir tous les honneurs et pas lui. En même temps, il n'hésite pas à faire valoir le mérite de ses collègues, notamment Vaudreuil. Responsable également de la défense du lac Champlain jusqu'en 1758, il participe à la Bataille de Fort Carillon au côté de Montcalm, en rejoignant ce dernier avec des renforts de 3 000 hommes. Il est ainsi en grande partie responsable de la victoire des troupes françaises malgré la supériorité numérique de l'ennemi. Ce succès a pour conséquence d'arrêter la marche des Britanniques sur Montréal, et de les rejeter sur la défensive vers le lac Saint-Sacrement. Durant l'été 1759, il repousse les troupes de James Wolfe, alors qu'elles tentent de prendre Québec en aval de la rive du côté de la ville. Un grand nombre de soldats britanniques est tué dans cette escarmouche . La même année, Lévis est fait maréchal de camp et est envoyé sur ordre de Montcalm défendre Montréal avec un important détachement militaire, car l'on craint une attaque des Anglais. Il y arrive le 11 août 1759, mais Québec est alors moins bien défendu.