François Furet, né le 27 mars 1927 à Paris 7e et mort le 12 juillet 1997 à Toulouse (Haute-Garonne), est un historien français, spécialiste de la Révolution française et de son héritage idéologique.
Son ouvrage La Révolution française, co-écrit avec Denis Richet, constitue une étape importante de l'évolution de l'historiographie de la Révolution française au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
Jeunesse, vie privée, formation
François Furet est issu d'une famille bourgeoise. Son père, Pierre Furet, né en 1892 à Rueil-Malmaison (département des Hauts-de-Seine), mort en 1957 à Paris (16e arrondissement), fils de médecin, est dirigeant de la Banque des pays de l'Europe centrale. Il est réformé durant la Grande Guerre. En 1924, il épouse Marie Rose Zélie Monnet. Sa mère, née en 1902 à Rambouillet (département des Yvelines), morte en 1945 à Paris (16e arrondissement), est la fille d'Albert Monnet, procureur de la République de Seine-et-Oise, et la sœur d'Henri Monnet, sénateur sous la Quatrième République, et de Georges Monnet, député et ministre sous la Troisième République qui s'abstint lors du vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain. Il a pour cousine germaine Menie Grégoire.
Élève du lycée Janson-de-Sailly, il commence des études à la faculté de lettres et à la faculté de droit de Paris mais, atteint de tuberculose, il doit les interrompre en 1950. Il passe plusieurs mois en sanatorium dans les Alpes puis, convalescent, poursuit ses études jusqu'en 1954 au centre de post-cure de la Fondation de France, 4 rue de Quatrefages à Paris.
Sa seconde épouse, Jacqueline Nora, est la sœur du haut fonctionnaire Simon Nora et de l'historien Pierre Nora et la belle-sœur de l'historienne de l'art Françoise Cachin, petite-fille du député communiste Marcel Cachin et du peintre libertaire Paul Signac.
Furet est, très tôt, un militant politique, adhérant au Parti communiste (PCF) en 1949. Sous son impulsion très énergique, voire sectaire, Quatrefages devient, à partir de 1950 et le début de la guerre de Corée, le centre de la cellule des étudiants communistes engagés pour la décolonisation et recrute tout ce que le Quartier latin produit de plus brillant, depuis les normaliens tels Emmanuel Le Roy Ladurie et la future femme de celui-ci, jusqu'aux étudiants étrangers, tel le docteur Vinh, futur ministre des plantations de la république socialiste du Viêt Nam, le peintre turc Neşet Günal mais aussi Alain Besançon, Annie Kriegel, etc. Avec cette dernière et d'autres, il publie en 1947 dans La Nouvelle critique un article dénonçant Ernest Labrousse comme le complice de Léon Blum, « plat valet des Américains », sous le pseudonyme de Jacques Blot.
Brillamment reçu en 1954 à l'agrégation d'histoire, dont le jury est présidé depuis 1950 par Fernand Braudel, professeur au Collège de France, François Furet est nommé professeur de lycée à Compiègne où il enseigne jusqu'en 1955, avant d'être muté à Fontainebleau. En 1956, il entre au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) comme attaché de recherche afin d'entreprendre des recherches sur la bourgeoisie parisienne au XVIIIe siècle. Il publie quelques-uns de ses résultats en collaboration avec Adeline Daumard, dans un Cahier des Annales (Structures et relations sociales à Paris au milieu du XVIIIe siècle, Paris, A. Colin), sorti en 1961.
En 1959, il quitte le PCF, puis participe à la fondation du Parti socialiste unifié (PSU) en 1960. Il est aussi en parallèle journaliste à France-Observateur, devenu plus tard Le Nouvel Observateur, puis Le Nouvel Obs.
En 1961, Furet entre comme chef de travaux à la sixième section de l'École pratique des hautes études. Maître de conférences en 1964, il est nommé directeur d'études en 1966.
Après mai 1968, il devient conseiller du ministre de l'Éducation nationale, Edgar Faure.
La sixième section de l'École pratique des hautes études étant devenue en 1975 l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il en est élu président en 1977 et succède alors à Jacques Le Goff. Au même moment, il dirige un séminaire qui est à l'origine de la création de l'Institut Raymond Aron. Participent à ce séminaire des figures comme Cornelius Castoriadis, Claude Lefort, Pierre Manent, Pierre Rosanvallon, Marcel Gauchet ou Vincent Descombes. En 1985, à la fin de son mandat de président de l'EHESS, il commence à enseigner aux États-Unis, notamment à l'université de Chicago. Il reçoit un diplôme honoris causa de l'université Harvard.
En février 1979, il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson.
Fondateur, avec d'autres, de la fondation Saint-Simon, Furet préside aussi l'Institut Raymond-Aron ; autant d'activités qui lui permettent d'élargir son champ de recherche et de réflexion. La variété et le volume de ses travaux lui valent d'obtenir de nombreux prix : le prix Alexis-de-Tocqueville en 1991, le prix européen d'Amalfi pour la sociologie et les sciences sociales et le prix Hannah-Arendt de la pensée politique en 1996.
Élu à l'Académie française, le 20 mars 1997, au fauteuil 1 où il succède à Michel Debré (mort le 2 août 1996), il meurt peu après à Toulouse à la suite d'une chute survenue lors d'un match de tennis. Sa disparition l'empêche d'être officiellement reçu à l'Académie française où il est remplacé un an plus tard par René Rémond. C'est ce dernier qui prononce l'éloge de ses deux prédécesseurs. François Furet repose au cimetière de Saint-Pierre-Toirac, dans le Lot.
En complète rupture avec l'historiographie marxiste d'Albert Mathiez, Albert Soboul ou Michel Vovelle, l'œuvre de François Furet apporte un nouvel éclairage fondateur sur les phénomènes majeurs qui ont transformé l'histoire mondiale : la Révolution française, la Grande Guerre et les régimes totalitaires.
Très critique envers l'historiographie socialiste qui, dans la lignée de Jean Jaurès, voit dans la Révolution française la première étape d'un processus linéaire conduisant au socialisme et dans la révolution d'Octobre une continuité logique, François Furet entend déconstruire « l'illusion rétrospective classique qui consiste à voir dans l'événement une nécessité à l'œuvre et à inscrire également le futur dans cette même nécessité ». Dans cette perspective, les acteurs de l'histoire deviendraient de simples maillons pris dans un engrenage historique écrit d'avance. Ne niant pas certaines similitudes, François Furet entreprend donc de repenser la Terreur à la lumière des événements de 1917, les Jacobins représentant cette minorité préfigurant le parti bolchévique qui règne sur un peuple terrorisé : « La fonction épuratoire du club est centrale : ainsi se met en place une démocratie directe inédite où les Jacobins figurent in vivo la fiction révolutionnaire du peuple : c'est-à-dire un peuple unanime, donc en état d'auto-épuration permanente puisque l'exclusion a pour fin de purger la souveraineté de ses ennemis cachés et de rétablir ainsi l'unité menacée. On vote à main levée, par définition le secret ne convient qu'aux complots. La décision du coup doit être prise avant la réunion du club dans les conciliabules des chefs et ratifiée par le fanatisme ou le suivisme des troupes ».
Pour François Furet, le jacobinisme et la Terreur constituent l'anticipation du totalitarisme stalinien.