François Faber, né le 26 janvier 1887 à Aulnay-sur-Iton dans l'Eure et mort tué à l'ennemi le 9 mai 1915 à Carency ou à Mont-Saint-Éloi selon les sources, dans le Pas-de-Calais, est un coureur cycliste de nationalité luxembourgeoise. Il compte à son palmarès un Tour de France, un Tour de Lombardie, un Paris-Roubaix, deux Paris-Tours, un Bordeaux-Paris et un Paris-Bruxelles. Sa réussite sportive est indissociable de la figure d'Alphonse Baugé qui fut son directeur sportif au sein de plusieurs équipes. Durant la seconde partie de sa carrière, une certaine rivalité sportive a opposé Faber à Octave Lapize.
Engagé volontaire dans la Légion étrangère dès le début de la Première Guerre mondiale, il disparaît le 9 mai 1915 au combat lors de la bataille de l'Artois (son corps ne sera jamais retrouvé). Il est officiellement déclaré mort par le tribunal de la Seine, le 10 mai 1918. Le Grand Prix François-Faber, organisé au Luxembourg depuis 1918, lui rend hommage annuellement.
Il est le demi-frère d'Ernest Paul, également coureur cycliste et surnommé parfois « Faber ».
Jeunes années et débuts cyclistes
La mère de François Faber, nommée Marie Paul, originaire de Moselle a eu deux enfants lors d'une première vie conjugale avec Michel Schlepp, terrassier de profession. Le premier se nomme Jules Schlepp et le second Ernest Paul. Quelques années après sa séparation d'avec Michel Schlepp, Marie Paul rencontre Jean-Pierre Faber, terrassier originaire de Wiltz au Luxembourg, venu chercher du travail en France. De leur union naît François Faber le 26 janvier 1887. Il est alors a priori de nationalité française en vertu de la loi du 26 juin 1889 sous réserve qu'il ne décline pas cette qualité avant l'atteinte de sa majorité. La famille composée de Jean-François Faber, de Marie Paul, d'Ernest Paul et de François Faber s'installe alors à Colombes en 1891 où le besoin en main-d'œuvre est alors très fort. En 1895, la famille s'installe dans un petit pavillon situé à proximité du pont d'Argenteuil. François Faber arrête assez prématurément l'école (vers l'âge de 13 ans, en 1900) et accumule ensuite les petits emplois : garçon de café, commissionnaire, ouvrier de construction navale, manœuvre ou encore débardeur.
En 1904, à 17 ans, il se fait embaucher comme docker au port de Courbevoie où travaillent déjà ses deux demi-frères Jules et Ernest. C'est alors qu'il travaille sur le port, qu'il monte pour la première fois sur une bicyclette prêtée quelque temps par un collègue. Cette expérience lui plaît tellement qu'il achète au printemps 1906, son premier vélo, un Labor, au magasin de cycles Dufayel situé boulevard Barbès.
Muni depuis peu de sa bicyclette Labor, c'est sans aucune expérience de la course cycliste que François Faber s'inscrit en tant qu'indépendant au Tour de France 1906. Il est engagé avec le dossard numéro 70 dans la catégorie dite « des poinçonnés », ce qui lui interdit tout changement de machine au cours de l'épreuve. Il termine honorablement la première étape à Lille avec 25 minutes de retard sur le vainqueur Émile Georget. Lors de la seconde étape, il parvient à faire partie d'une échappée de six coureurs (dont Lucien Petit-Breton) mais il chute à Cambrai. Il est tout de même dixième au classement général à l'issue de l'étape, à Nancy ce qui fait écrire à un éditorialiste de L'Auto du 7 juillet 1906 :
« Ce garçon, qui doit posséder une réelle valeur, manque encore un peu de l'habitude de ces courses folles. »
La troisième étape entre Nancy et Dijon est pour lui la découverte de la moyenne montagne avec le franchissement du ballon d'Alsace. L'expérience est particulièrement difficile puisqu'il perd plus de six heures sur le vainqueur du jour René Pottier. À l'issue de la quatrième étape à Grenoble, il est seizième au général sur vingt-cinq coureurs toujours en course. Épuisé, François Faber termine la sixième étape à Marseille le 15 juillet 1906 à 9 h du matin, plus de sept heures après la fermeture du dernier contrôle officiel ; il est donc disqualifié. Il décide toutefois de poursuivre le Tour avec deux autres coureurs dans la même situation face au règlement, Serres et Morel. Si cette déconvenue lors de ce premier Tour a probablement entraîné des doutes chez François Faber sur sa capacité à devenir coureur cycliste, il est bien inscrit pour l'édition 1906 de Paris-Tours organisée le 30 septembre. Sa prestation au Tour de France n'est d'ailleurs pas passée totalement inaperçue puisque l'édition du 29 septembre de L'Auto le place parmi les « jeunes routiers qui déjà se sont distingués et espèrent vivement démontrer qu'il ne sont pas moins valeureux que leurs aînés. » Le lendemain, dans ce même journal, Charles Ravaud considère qu'il fait partie des « routiers de valeur » au départ de l'épreuve. Il finit treizième de ce Paris-Tours à trente cinq minutes du vainqueur Lucien Petit-Breton.
Les bonnes performances de François Faber lors du Tour 1906 lui ont permis de se faire remarquer par les observateurs de la course cycliste. Il est ainsi approché par Alphonse Baugé, ancien chroniqueur pour Le Vélo, auteur d'ouvrages sur le métier de directeur sportif et alors soigneur officiel de l'équipe cycliste Labor. Celui-ci parvient à faire signer Faber chez Labor pour l'ensemble de la saison 1907. La signature a lieu début 1907, au siège de Labor, au 23 avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine, avec Maurice de Clèves (fondateur et directeur de la marque Labor) et en présence de Baugé. La première épreuve à laquelle Faber participe en tant que coureur de Labor est Bordeaux-Paris sur laquelle il se présente en compagnie de trois coéquipiers de chez Labor : Augustin Ringeval, Léon Rabot et Lucien Pothier. Ringeval termine second de ce Bordeaux-Paris à Ville-d'Avray tandis que Faber termine sixième à quatre heures du vainqueur belge Van Hauwaert. En juin 1907, Faber participe également à Paris-Bruxelles, course sur laquelle il termine sixième.
Avant le départ du Tour de France 1907, Alphonse Baugé est promu directeur sportif de l'équipe Labor. Faber entame plutôt bien cette cinquième édition du Tour de France : il se classe troisième de la troisième étape entre Metz et Belfort. Au soir de la quatrième étape à Lyon, il est sixième du classement général et second des « poinçonnés ». Lors de l'étape suivante, François Faber démontre qu'il est un honorable grimpeur contrairement à ce que sa corpulence (88 kg pour 1,78 m) et surtout sa piètre performance dans l'ascension du Ballon d'Alsace en 1906 pouvaient laisser penser. En effet, il est le seul à pouvoir suivre le train imposé par Émile Georget en particulier dans l'ascension du col de Porte. Il termine second de l'étape à quelques minutes de Georget, ce qui est perçu par Baugé comme « presque une victoire ». La seconde partie de son Tour de France est toutefois plus compliquée : une blessure récurrente à la selle, deux chutes le 28 juillet au cours de l'étape Bordeaux - Nantes, puis une autre le 1er août peu après le départ de Brest l'empêchent de se montrer à son avantage. Néanmoins, il termine ce Tour 1907 à la septième place du classement général final.
Le début de cette nouvelle saison est marqué par la volonté d'Ernest Paul, le demi-frère de François Faber, de suivre son exemple et de s'essayer à la course cycliste. Il est également marqué par la décision de Faber de quitter Labor, et donc Alphonse Baugé, et de rejoindre dans un premier temps l'équipe cycliste La Française (seulement pour Paris-Roubaix et pour Bordeaux-Paris). Sur Paris-Roubaix, Faber attaque et parvient à s'échapper : il a trois minutes d'avance à Douai. À 150 mètres du Vélodrome roubaisien, alors qu'il a course gagnée, il chute. Cet accident lui fait perdre deux places et il termine finalement troisième derrière Van Hauwaert et Lorgeou. Sur Bordeaux-Paris, il abandonne à la suite d'une crevaison puis plusieurs chutes. Il abandonne également sur Paris-Bruxelles, consécutivement à une défaillance physique alors que son demi-frère Ernest qui court sa toute première course (sous le maillot d'Alcyon) termine septième. Faber intègre alors l'équipe cycliste Peugeot et est retenu pour courir le Tour de France 1908 ; Ernest Paul également : il s'apprête à courir son premier Tour avec Alcyon.