François Darlan, né le 7 août 1881 à Nérac (Lot-et-Garonne) et mort assassiné le 24 décembre 1942 à Alger, est un amiral et homme d'État français.
Chef de la Marine française au début de la Seconde Guerre mondiale, il est ministre de la Marine du premier gouvernement du régime de Vichy puis, en février 1941, chef du gouvernement vichyste où il s'investit dans la politique de collaboration du maréchal Pétain avec l'Allemagne nazie.
Remplacé par Pierre Laval en avril 1942, Darlan reste commandant en chef des forces de Vichy. Présent fortuitement à Alger lors du débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, il se rallie avec réticences et hésitations aux Alliés. L'amiral exerce dès lors le pouvoir sur une partie des colonies africaines de la France, avant d'être assassiné quelques semaines plus tard par Fernand Bonnier de La Chapelle.
Né à Nérac, sous-préfecture du Lot-et-Garonne, il est le fils de Jean-Baptiste Darlan (1848-1912), notaire puis avocat, devenu maire de la ville un an avant sa naissance puis député républicain progressiste et garde des Sceaux. François Darlan a grandi en milieu républicain et franc-maçon. Orphelin de mère (comme Philippe Pétain) dès son plus jeune âge, il est placé en pension à l'âge de dix ans.
Par sa famille paternelle, il est issu d'une lignée maritime : son grand-père, Sabin Morlan, fut capitaine au long cours et armateur, son arrière-grand-père, Antoine Darlan, servait comme quartier-maitre canonnier à bord du Redoutable lors de la bataille de Trafalgar (1805) et le père de celui-ci commandait un voilier au long cours en 1792. Par sa famille maternelle, il descend d'une famille clairacaise, les Espagnac.
Entré à l'École navale en 1899, François Darlan en sort en 1901 et part servir l'année suivante en Extrême-Orient. De 1902 à 1904, il participe à la campagne de Chine, naviguant successivement sur quatre croiseurs : Le Châteaurenault, le D'Entrecastreaux, le Bugeaud et le Montcalm. Nommé enseigne de vaisseau en octobre 1904, il entre à l'école de canonnage à Toulon. Il en sort premier après 17 mois de formation et est réaffecté, à sa demande, en Extrême Orient.
Il navigue alors sur différents navires, parcourant même sur une jonque chinoise 2 000 km sur le Yang-Tsé-Kiang. Il est rappelé en France en 1908 et va assurer des formations au pilotage sur l'aviso Chamois puis est affecté comme canonnier sur le croiseur-cuirassé Waldeck-Rousseau. Lieutenant de vaisseau en 1912, il est affecté comme instructeur des élèves-officiers sur le croiseur et navire-école Jeanne d'Arc avec laquelle il effectue deux campagnes en Atlantique, en Méditerranée et dans l'océan Indien.
Canonnier à terre pendant la Première Guerre mondiale
Se portant volontaire au début de la Première Guerre mondiale pour combattre sur le front, François Darlan va servir comme canonnier, à terre, pendant tout le conflit. Il est affecté en septembre 1914 sur une batterie d'artillerie de marine longue portée à proximité de Toul en Meurthe-et-Moselle. Puis il prend le commandement de la 7e batterie du 1er régiment de canonniers marins se battant sur la Meuse et en Haute-Alsace. Il reçoit deux citations à l'ordre de l'armée et est décoré de la Légion d'honneur pour faits de guerre en mai 1915. En 1916, il installe des batteries de marine à Salonique avec l'armée française d'Orient. En 1917, il se bat à Verdun, en Champagne puis en Belgique, commandant les canonniers marins de la Première armée. En 1918, il se bat à différents endroits du front dont Compiègne et l'Argonne. Le 30 juillet il est promu capitaine de frégate avec la citation « Officier de tout premier ordre ayant les qualités du chef : énergie, sang-froid et esprit de décision ».
Après l'armistice et jusqu'en décembre 1920, il commande la flottille du Rhin nouvellement constituée. Nommé capitaine de frégate, il repart en Extrême Orient, prenant le commandement de l'aviso Altair et devenant également chef d'état-major des forces navales françaises d'Extrême Orient. En 1922, il est rappelé en métropole, prenant le commandement de l'école de pilotage et des deux navires qui lui sont affectés, le Chamois et l'Ancre. En 1925, il est auditeur au Centre des hautes études navales dont il sort premier de sa promotion avec le satisfecit « Un des chefs de la marine de demain », puis à la fin de l'année, il est nommé chef d'état-major de la 3e division de ligne de l'escadre de la Méditerranée. Il n'y reste que quelques semaines, étant dès décembre, appelé par Georges Leygues qui vient d'être, le mois précédent, renommé ministre de la Marine. Il sera chef adjoint puis chef du cabinet militaire du ministre presque sans interruption de 1926 à 1934. Il va ainsi bénéficier de la protection de cet ami de son père (tous les deux avocats et députés républicains progressistes du Lot-et-Garonne) durant la longue occupation du ministère par Georges Leygues sous la Troisième République.
Opportuniste, il sert des « ministres issus de familles politiques diverses », de centre-droit comme de centre-gauche. Passant dans les cabinets de Georges Leygues et d'Albert Sarraut, il connaît un avancement rapide : contre-amiral en 1929, vice-amiral en 1932. De 1934 à 1936, il commande à Brest l'escadre de l'Atlantique, il prend rang et appellation de vice-amiral d'escadre en 1936 durant son mandat, puis est nommé commandant en chef de la marine nationale en 1937, et il prend rang et appellation d'amiral simultanément.
Au lendemain de l'avènement du Front populaire, son image de républicain le désigne comme candidat aux fonctions de chef d'état-major de la marine. Cet avancement, dû pour une grande part à une carrière dans les cabinets ministériels, lui vaut cette remarque de la part de ses adversaires « La France a trois amiraux : Esteva, qui n'a jamais connu l'amour ; Darlan, qui n'a jamais connu la mer, et le vrai loup de mer qui a bourlingué toute sa vie et qui, lui, n'a jamais connu Darlan. » Le 6 juin 1939, il est fait « amiral de la flotte » (pour pouvoir notamment négocier d'égal à égal avec le chef d'état-major de la Royal Navy, qui avait le grade d'admiral of the fleet).
Agnostique, Darlan est attaché aux valeurs de laïcité (mais n'est pas hostile à l'Église), de petite propriété, de patriotisme et de morale. L'écrivain Simon Epstein affirme que François Darlan était apprécié de Léon Blum et aurait été pendant la guerre d'Espagne favorable aux républicains espagnols.
Dans les conférences internationales de l'entre-deux-guerres, Darlan défend vigoureusement le droit pour la France de disposer d'une marine puissante face aux prétentions des Britanniques.
Au cours de sa carrière, Darlan fait construire de nouvelles unités navales et en profite, à l'occasion des nominations qui en découlent, pour tisser un réseau de relations, composé d'officiers de Marine dont il favorise l'avancement (les proches sont surnommés « ADD », c'est-à-dire « Amis de Darlan », ceux du sérail « ADF », « Amis de François »). En 1939, grâce à Darlan (et surtout aux efforts budgétaires), la France possède l'une des plus puissantes marines de son histoire (même si elle manque de moyens aéronavals). En tonnage, la Marine nationale française occupe le 4e rang mondial derrière la Royal Navy britannique, l'United States Navy des États-Unis et la Marine impériale japonaise, et devant la Regia Marina italienne. Visitant le QG de Darlan durant la drôle de guerre (le 5 mai 1940), Philippe Pétain, reçu avec égard, se serait écrié : « Enfin quelque chose qui marche ! ».
L'Armistice et le régime de Vichy
Le 14 juin 1940, l'amiral Darlan refuse d'envoyer la flotte de Toulon à Bordeaux, pour l'évacuation d'unités militaires constituées pour l'Afrique du Nord, malgré les instructions du chef du gouvernement Paul Reynaud. Après avoir envisagé de continuer la guerre, une fois la défaite consommée, ayant obtenu son entrée au ministère et la sauvegarde de la flotte, il soutient la demande d'armistice. Par la suite, révolté par l'attaque britannique de Mers el-Kébir, il s'estime trahi par ses anciens compagnons d'armes britanniques, et voudrait que la France déclare la guerre au Royaume-Uni, oubliant les multiples demandes britanniques depuis le 11 juin 1940 et le traité d'alliance du 28 mars 1940 qui n'a pas été respecté. Pétain le calme en lui déclarant « Une défaite suffit », et Darlan n'obtient que des représailles françaises purement symboliques, le Conseil des ministres se prononçant pour une rupture des relations diplomatiques, malgré les réticences du Président de la République Albert Lebrun.