Nicolas-François Blondel, plus couramment appelé François Blondel (Ribemont, baptisé 15 juin 1618 - Paris, 21 janvier 1686) est un architecte français.
Il ne doit pas être confondu avec l'architecte Jacques François Blondel (1705-1774), neveu de l'architecte Jean-François Blondel (1683-1756).
Nicolas-François Blondel est passé à la postérité grâce à son Cours d'architecture, où il développe pour la première fois le calcul des escaliers. L'énoncé est resté sous la dénomination de « formule de Blondel » :
(pour de plus amples explications, voir ici).
Naissance en 1618, à Ribemont dans l'Aisne (contesté), de Nicolas-François Blondel. Cette année-là marque le début de la Guerre de Trente Ans.
Après avoir appris les langues anciennes ainsi que l'espagnol, l'italien, le portugais et l'allemand, puis les mathématiques, il participe à la « Guerre de Trente Ans ». En 1640, le cardinal de Richelieu lui confie des missions au Portugal, en Espagne et en Italie. Pendant cette période, il étudie les fortifications. Richelieu le nomme ensuite sous-lieutenant d'une de ses galères « la Cardinale ». Il commande, en 1641, l'attaque du môle de Tarragone et exerce un temps la fonction de gouverneur de Palamos. En 1647, Blondel commande l'artillerie de l'expédition navale qui doit opérer devant Naples, contre les Espagnols. Le 26 novembre 1652, il reçoit son brevet de maréchal des camps et met fin à sa carrière militaire.
L'homme de sciences et le diplomate
Il devient alors le précepteur du fils du secrétaire d'État Loménie de Brienne et voyage avec lui à travers toute l'Europe, mêlant missions diplomatiques et - sans doute - espionnage. Son itinéraire est le suivant : Langres, Besançon, Bâle, Alsace (Brisach), Strasbourg (où il admire le mécanisme de l'horloge), Philippsburg, Mannheim, Mayence, La Haye, Hambourg, Lübeck, Kiel, Danemark, Suède (Frederiksborg : voir poème), Stockholm, Uppsala, Finlande, Estonie, Riga, Königsberg, Dantzig, Cracovie, Presbourg, Vienne, Prague, Venise, Rome, Florence et Toulon. Ses voyages lui serviront pour quelques exemples donnés dans le Cours d'Architecture…. Dans les années 1660, Blondel refera un voyage avec le fils de Colbert, dont le détail de l'itinéraire est moins connu.
En 1656, il est nommé lecteur de mathématiques au Collège royal, où il est censé enseigner les mathématiques et la fortification, mais - du fait de ses (très) nombreuses absences -, il sera souvent suppléé par l'astronome Picard. De 1662 à 1668, Blondel exerce la fonction de syndic du Collège.
De 1657 à 1663, Mazarin l'envoie en mission diplomatique. Il voyage alors en Italie, Égypte, Grèce, Turquie, Allemagne, Pologne, Russie (Moscou, en regrettant de n'être pas passé par Kazan, ni d'avoir vu la défense des frontières contre les Tartares et constatant que les places maritimes sont fortifiées à la Hollandaise…), Prusse, Livonie (Riga fortifiée par les Suédois), Lituanie… Il rencontre, au cours de son voyage, Paul Wurz qui est à l'origine de sa première publication, F.B. (Blondelle) Epistola ad P.W. (Paulum Wurzium), in qua famosa Galilei propositio discutitur, circa naturam lineæ qua trabes resistentia et in qua lineam illam non quidem parabolicam, ut ipse Galilaeus arbitratus est, sed ellipticam esse demonstratur Parisiis soit une discussion sur la résistance et la flexion des poutres dans laquelle il prend parti contre Galilée, lequel tenait pour une flexion parabolique (à l'imitation de la chute des graves), Blondel la tenant pour elliptique (ce qui est faux). Cette question sera reprise en 1673 dans la Résolution des quatre principaux problèmes d'Architecture…
En 1659, lors de son voyage à Constantinople, il dessine un des aqueducs de Sinan « qui, par sa grandeur, sa hauteur & la magnificence de sa structure, ne cede en rien à celuy du Pont du Gard…" avec ses trois ordonnances superposées… (Cours d'Architecture, V-II, ch. 10, p. 666…). La même année, il est nommé résident (ambassadeur) au Danemark, poste qu'il occupe jusqu'en 1663, avant de revenir en France et d'être nommé conseiller d'État.
L'ingénieur du Roy pour la Marine et l'architecte
En 1664, Colbert le nomme Ingénieur du Roy pour la Marine, ce qui lui vaut de superviser différents travaux de fortification en Normandie (Cherbourg, Le Havre), en Bretagne et aux Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue), ce qui nous vaut dans son Cours… (V-I-9) le récit de son expérience d'un cyclone tropical dont il a vu les effets prodigieux à l'ile Saint-Christophe… De nombreux mémoires présentés à l'Académie des Sciences sont issus d'observations faites au cours de son périple aux Antilles.
« Ses talents pour l'architecture ne se développèrent qu'en 1665 […] » (Quatremère de Quincy) alors que, se trouvant à Rochefort pour la construction de la Corderie royale, Blondel fut chargé de la reconstruction du pont de Saintes.
En 1669, Blondel fait son entrée à l'Académie des Sciences comme associé géomètre. Cette année-là, au cours d'un voyage à Londres avec Du Hamel, alors secrétaire de l'Académie, il aurait assisté au spectacle du martyr de la Royal Society, un fou que l'on aurait transfusé pour le guérir de sa folie. Mais si les passions passaient alors par le sang, elles ne se guérissaient pas par ce moyen, original… Si François Blondel n'est pas le plus réputé des académiciens, c'est incontestablement celui dont la littérature sera la plus répandue dans le public, cf. Cours de Mathématiques, Art de jetter les Bombes, Cours d'Architecture, Nouvelle manière de fortifier les places, […]. Pour la plupart de ces ouvrages, il convoque pour l'illustration le graveur et ingénieur Gilles Jodelet de La Boissière.
La même année, il est désigné pour s'occuper des embellissements de Paris, ce qui consiste pour l'essentiel à reconstruire les portes Saint-Denis et Saint-Bernard, et au levé du plan de la ville, toutes tâches qu'il accomplira avec l'aide de l'architecte Pierre Bullet.
« Un autre abus de ce genre, a consisté à mêler les deux types, de manière que l'objet n'est plus ni pyramide ni obélisque. On doit dire que c'est le reproche qu'on peut faire à l’architecte Blondel dans la décoration de son arc triomphal de la porte Saint-Denis. Sont-ce des obélisques ou des pyramides manquées qu'il a couverts d'ailleurs fort habilement de trophées ? C'est surtout dans les ouvrages qui se recommandent par de grandes beautés et par la célébrité du nom de leur auteur, qu'il faut faire remarquer ces défauts de convenance, tant est contagieuse l'influence d'un mauvais exemple donné par un habile homme ; tant il est vrai que ce qu'on imite le plus facilement des grands hommes, c'est leurs défauts. Rien de plus important, en architecture surtout, que de respecter les significations de chaque forme. »
— Quatremère de Quincy, Dictionnaire d'Architecture…, § Obélisque