François Blanc, surnommé « le magicien de Homburg » ou « le magicien de Monte-Carlo », né le 12 décembre 1806 à Courthézon et mort le 27 juillet 1877 à Loèche-les-Bains, est un homme d'affaires et promoteur immobilier français, organisateur de jeux de hasard. Il est le bâtisseur du quartier de Monte-Carlo, baptisé ainsi en l'honneur du prince Charles III de Monaco, où il fit construire le casino de Monte-Carlo et l'hôtel de Paris.
Originaire du village médiéval de Courthézon dans le Vaucluse en Provence, il est le fils de Claude Agricol Blanc, receveur des contributions directes, et de Marie Thérèse Janin. Il naît le 12 décembre 1806 après son frère jumeau, Louis-Joseph, dit Louis, dans une fratrie de quatre enfants avec Agathe, née en 1797, et Marie, née en 1804.
François mène une jeunesse paisible dans son village natal.
Les grandes étapes de sa carrière
En 1834, François et Louis s'établissent à Bordeaux et créent une société de placement. Elle spécule sur les fluctuations des valeurs de la bourse de Bordeaux, en particulier sur les rentes de l'État. Pour être fructueuse, il leur faut connaître, avant leurs concurrents, l'évolution de la bourse de Paris qui détermine celle de Bordeaux.
Les deux frères utilisent le télégraphe Chappe — une chaîne de sémaphores — en corrompant des fonctionnaires chargés de son fonctionnement. Un complice introduisait dans un message officiel, une « coquille », pour signifier « marché en baisse » ou « marché en hausse ». Un autre, à Bordeaux, se chargeait de prévenir les frères, qui avaient une demi-heure d'avance sur les autres agents de change.
Leur stratagème est découvert après deux ans. Lors du procès, ils reconnaissent que le système est techniquement frauduleux, mais qu'ils n'ont causé aucun tort à un investisseur privé. Ils prétendent que tous les financiers font de même.
En mars 1837, les frères Blanc sont acquittés par la cour d'assises de Tours, au motif qu'il n'existe pas de loi interdisant de recevoir télégraphiquement des informations, quelle qu'en soit la nature. Cet arrêt entraîne la promulgation de la loi du 2 mai 1837, sur le monopole public des télécommunications.
Plusieurs employés des télégraphes furent poursuivis. Les frères Blanc, défendus par Gustave Louis Chaix d'Est-Ange, et le nommé Guibout, employé du télégraphe, sont condamnés tous les trois aux frais du procès. Ils sont également condamnés à une amende pour corruption de fonctionnaires.
Ils quittent Bordeaux et s'installent à Paris.
À Paris, ils fréquentent les galeries du Palais-Royal. Un grand nombre d'établissements de jeux y officient, dont la maison de jeu de Jacques Bénazet (de), un de leurs amis de Bordeaux. Ils comprennent qu'il y a de l'argent à gagner avec le trente-et-quarante, la roulette, le baccara et l'écarté, les nouveaux jeux à la mode.
En l'absence de toute réglementation, ils ouvrent une maison de jeux dans une des galeries en bois du très agité Palais-Royal. Le 21 mai 1836, le roi Louis-Philippe cède aux ligues de vertu, et promulgue une loi prohibant « les loteries particulières et les maisons de jeux ». Le 1er janvier 1838, les 18 maisons de jeux du Palais-Royal sont définitivement fermées, ainsi que toutes celles de France.
Alors que leur ami Bénazet s'installe à Baden-Baden (il y sera surnommé le « roi de Bade »), les frères Blanc s'installent dans le grand-duché de Luxembourg dont la capitale est à l'époque une place forte germanique. Ils reprennent leurs activités autour des jeux de hasard, ouvrent un cercle privé et continuent à s'enrichir.
Le landgrave Louis-Guillaume de Hesse-Hombourg, commandant général de la garnison et gouverneur général de Luxembourg, conçoit les jeux de hasards comme une solution aux problèmes financiers de son petit État, la principauté de Hesse-Hombourg. Il rencontre les frères Blanc et leur propose d'ouvrir ex nihilo une nouvelle station balnéaire avec des jardins, des hôtels et un casino.
En quinze jours, un accord est trouvé. Les deux frères mettent leurs talents au service de ce petit État qui croule sous les dettes. Le 29 juillet 1840, le nouveau landgrave, Philippe succède à son frère. Il signe une concession de 30 ans avec les deux frères. Les projets s'enchaînent : casino, établissement thermal, salle de spectacles, salle de bal pour mille personnes, jardins, restaurants et hôtels luxueux construits par d'autres entrepreneurs.
Les deux frères rajoutent des idées novatrices : un casino ouvert toute l'année, de la publicité dans la presse internationale pour les sources thermales et les distractions en tous genres, et, surtout, leurs roulettes qui ne comportent qu'un zéro au lieu de deux, nouvelle règle du jeu qui favorise les joueurs.
La roulette tourne pour la première fois dans le Kurhaus (salle de jeux) le 23 mai 1841. Les gros joueurs arrivent, suivi d'un public mondain, en provenance de toute l'Europe. Dostoïevski fréquentera leurs tapis verts pendant près de dix ans. Seuls de tous les casinos, ils n'interrompent jamais longtemps un jeu, même si un client fait sauter la banque. Le personnel recouvre la table d'un drap noir et attend que l'argent du casino arrive.
François fait la connaissance de Madeleine-Victoire Huguelin. Ils ont deux enfants, hors mariage : Camille et Charles Blanc, en 1847 et 1848.