François Bigot, né et baptisé le 30 janvier 1703 à Bordeaux (Saint-André), décédé le 12 janvier 1778 à Neuchâtel (Suisse), et inhumé au Château Janjaquet dans la commune de Cressier (canton Neuchâtel), est un administrateur colonial français. Il est commissaire ordonnateur à l’Île-Royale et dernier intendant de la Nouvelle-France. Il passe à l’histoire comme un symbole de corruption et comme l’un des principaux responsables de la chute de la Nouvelle-France.
François Bigot naît le 30 janvier 1703 à Bordeaux. Il est le fils de Louis-Amable Bigot et Marguerite Lombard. Son grand-père, Louis Bigot, fait fortune au XVIIe siècle dans le commerce maritime bordelais. Il participe ainsi au financement de plusieurs aventures commerciales maritimes vers Terre-Neuve et Québec. Dans la France de l’Ancien Régime, la richesse permet d’acheter un poste de conseiller au Parlement de Bordeaux. Cette charge lui confère l’anoblissement et ouvre la voie l’ascension sociale de la famille Bigot. Son fils, Louis-Amable Bigot, suit les pas de son père et s’engage également dans la magistrature. Il obtient même le poste de vice-doyen du Parlement, titre dont le jeune François tire une grande fierté. La famille se lie avec plusieurs lignées importantes du royaume de France. Le marquis de Montcalm rapporte dans une lettre qu’il est «même attaché à monsieur Bigot, grand travailleur, homme d’esprit, proche parent de monsieur de Puisieulx et de monseigneur le maréchal d’Estrée». Le marquis de Puisieulx, ministre des Affaires étrangères de Louis XV, est un personnage important de l’entourage du roi. Le jeune François est éduqué dans cette famille et prend la voie de la magistrature. Il fait son apprentissage dans divers postes en France.
Malgré les aléas de la vie de fonctionnaire sur la côte atlantique du royaume de France, Bigot obtient une promotion comme commissaire ordonnateur de l’Île-Royale. Il s'agit d'un poste important, car la forteresse de Louisbourg, clé de voûte de la défense de la Nouvelle-France, s'y trouve. Cette carrière coloniale n’est pas le premier choix de Bigot, qui ambitionne l’intendance d’un des ports de France, mais il l’accepte dans l’espoir de se faire un nom. Il reçoit l’annonce de sa nomination le 1er mai 1739 et arrive à Louisbourg le 9 septembre de la même année, en compagnie du nouveau gouverneur, Isaac-Louis de Forant. Il met immédiatement en place les bases d’une vie fastueuse, s’attirant même des réprimandes du ministre Maurepas. Il ne s’en met pas moins au travail, développant l’économie de la colonie confiée à ses soins. Soucieux d’éviter les conflits de personnalités si courants dans l’administration de l’Ancien Régime, il s’assure de la collaboration des autres fonctionnaires en place, tel Antoine Sabatier, contrôleur de la Marine et de Jacques Rondeau, agent de la trésorerie de la Marine. Plus important encore, il cultive ses relations avec ses supérieurs, les gouverneurs de Louisbourg : Forant puis Duquesnel et Du Pont Duchambon. Il prend d’ailleurs sous sa protection le jeune Louis Du Pont Duchambon de Vergor.
Décidé à accroître sa fortune, Bigot sollicite régulièrement le ministère pour faire augmenter ses appointements. Il met alors de l’avant les réels résultats obtenus dans le développement de l’économie de Louisbourg. Son efficacité est rapidement remarquée alors qu’il tient sous un contrôle strict les dépenses importantes consenties par le roi pour construire à Louisbourg une forteresse en pierre aux normes européennes, la plus importante du genre en Amérique. Il développe la pêche, le commerce et l’agriculture. Le service public n’empêche pas Bigot d’investir discrètement, par le biais de noms d’emprunts, dans le commerce et la course. Alors que la guerre de succession d’Autriche plonge l’Europe dans la guerre, France et Angleterre sont dans des camps opposés. Les combats s’étendent vite à l’Amérique où les navires corsaires affrétés par Bigot obtiennent bientôt de rentables succès.
Néanmoins, la situation de Louisbourg est précaire. Mal logés, mal nourris et mal payés, les soldats de Louisbourg se mutinent au mois de décembre 1744. Certains meneurs accusent les fonctionnaires de voler leurs soldes et prévoient de piller la ville avant de passer à l’ennemi. Prévenues par Bigot de la mutinerie, les autorités françaises réagissent vite, trois vaisseaux de ligne sont dépêchés à la forteresse avec des renforts et des vivres. Les navires sont bloqués par la Royal Navy, qui capture même l'un d'eux, le Vigilant, le 30 mai. Une nouvelle escadre est formée à Brest avec sept navires de guerre. Mais il est déjà trop tard : la forteresse de Louisbourg est tombée aux mains des Anglais.
Si les autorités françaises de Louisbourg ont repris le contrôle de la garnison grâce à des mesures d’apaisement, celle-ci reste trop faible pour s’opposer efficacement aux 8000 miliciens des colonies américaines qui débarquent le 11 mai 1745 pour assiéger Louisbourg. Le commandant de la place, Du Chambon, ne peut aligner sur les murs de la forteresse que 455 soldats, soutenus par 800 miliciens. Malgré tout, la résistance se révèle tenace. Les Français remportent même un succès à l’île de l’Entrée, capturant un grand nombre de soldats ennemis. Bigot remplit ses fonctions de son mieux durant les jours du siège, assurant que le ravitaillement et les munitions ne manquent pas aux troupes. Les 47 jours du siège s’achèvent le 27 juin 1745 avec la reddition française. Bigot réussit à vendre aux Britanniques les marchandises entreposées dans la ville et réalise ainsi un joli profit personnel tout en diminuant les pertes du roi. Les conditions de la capitulation ne sont pas respectées par les miliciens de Boston et un grand nombre de colons français sont déportés contre leur gré vers le Massachusetts.
Selon les termes de la capitulation, un navire anglais, le Lauceston, doit conduire les administrateurs français et la garnison dans un port français. Ils arrivent à Belle-Île le 13 août. Du port, Bigot part vers Versailles afin de faire son rapport au ministre Maurepas. Satisfait du travail de son fonctionnaire et convaincu par ses justifications sur son rôle lors du siège de Louisbourg, le ministre confie à Bigot le mandat d’organiser des missions de ravitaillement vers Québec afin de soutenir les troupes qui défendent la Nouvelle-France. Basé à Rochefort, il s’acquitte de sa mission jusqu’à la réception de nouveaux ordres de la Cour, tout en contribuant à l’enquête et aux procès de la mutinerie de Louisbourg.
À la fin de 1745, la situation des colonies françaises d’Amérique devient suffisamment préoccupante pour que la Cour décide de frapper un grand coup outre-Atlantique. D’autant plus que, sur le continent européen, la France enchaîne les victoires dont celle de Fontenoy. Elle a donc les moyens de se concentrer sur la Nouvelle-France. Le ministre de la Marine, Maurepas, organise une grande expédition qu’il place sous le commandement du duc d’Anville. L’objectif est triple : reprendre Louisbourg, contrer une expédition anglaise possible vers le Canada puis reprendre l’Acadie. Bigot est nommé commissaire général et a la charge de veiller à la logistique de l’expédition. Il doit notamment préparer suffisamment de rations pour nourrir pendant plusieurs mois tant les soldats des quatre bataillons que les marins des 54 navires de l’expédition. C’est donc 1 100 000 rations qui doivent être achetées et emmagasinées dans les cales des navires du duc d’Anville, avec les munitions et tout le matériel de siège. Bigot doit également faire préparer les approvisionnements, régler les consommations, administrer les fonds engagés par l’État dans la préparation des navires et établir les comptes des dépenses. Il doit en plus assurer, une fois en Nouvelle-France, la liaison avec les autorités coloniales et en premier lieu avec l’intendant Hocquart. Il a également mission de rester dans les territoires libérés afin de réorganiser l’administration et l’économie.
L’expédition secrète compte 14 navires de ligne, 5 frégates, 3 corvettes, une galiote à bombes, 2 brûlots, 2 flûtes, 1 navire-hôpital, 15 transports de troupes, 11 transports de vivres. Ces navires, qui comptent 3666 matelots, transportent 3339 soldats. Partis de plusieurs ports différents pour ne pas alarmer l’ennemi, les navires de l’expédition doivent se rejoindre en mer avant de cingler vers Louisbourg. Une telle synchronisation à l’époque de la marine à voile et de la communication par lettre comporte son lot de difficultés. Bigot se démène pour assurer le chargement des navires à temps pour profiter de vents favorables. Malgré tout, les retards s’accumulent, mettant en péril l’expédition avant même son départ. De plus, la maladie se déclare dans les troupes en attente. Les navires ne mettent les voiles que le 22 juin. La flotte arrive en vue des côtes américaines le 10 septembre et y subit une tempête du 13 au 15. Les approvisionnements si soigneusement rassemblés par Bigot étant périmés, l’expédition doit demander du secours aux Acadiens qu’elle est supposée pourtant libérer. L’abbé Le Loutre, à la tête des forces acadiennes, ne peut espérer nourrir une flotte dont les soldats et les matelots comptent pour la moitié des habitants de l’Acadie en entier.