François-Xavier Garneau (né le 15 juin 1809 à Québec et mort le 3 février 1866 dans la même ville) est un historien, poète, journaliste et notaire canadien, également greffier de la Ville de Québec. Proche des Patriotes, notamment de Louis-Joseph Papineau et Edmund Bailey O'Callaghan, il est communément reconnu comme ayant contribué à façonner l'identité collective canadienne-française et celle de la nation québécoise d'aujourd'hui.
Son Histoire du Canada français fait de lui le plus influent historien canadien-français du XIXe siècle. On dit que son œuvre avait pour but de faire mentir les propos du rapport de John George Lambton (communément appelé Lord Durham), qui qualifiait les Canadiens français de « peuple sans histoire et sans littérature ». François-Xavier Garneau est reconnu personnage historique national autant par le gouvernement du Canada que par celui du Québec.
François-Xavier Garneau est né le 15 juin 1809 dans le quartier du faubourg Saint-Jean, à Québec. Il est le premier enfant de Gertrude et François-Xavier Garnault, un journalier originaire de Saint-Augustin-de-Desmaures, un village situé à une vingtaine de kilomètres en amont de Québec. Lors de son baptême à l'église Notre-Dame, le petit François-Xavier se voit octroyer le patronyme de Garneau, plutôt que Garnault. Cette erreur passe inaperçue et il conservera cette dénomination toute sa vie.
Modeste, la famille Garnault survit des fragiles emplois du père de famille. Sans formation ni métier, François-Xavier Garnault est tantôt charretier, tantôt cabaretier ou logeur. En 1813, il tente sa chance dans le commerce et affrète une goélette pour descendre le fleuve : il perd tout dans un naufrage. Les choses semblent s'être améliorées en 1821 puisqu'il se déclare propriétaire de son foyer et d'un cheval. Entre-temps, la famille Garnault s'est agrandie avec la naissance de sept autres enfants, dont certains ne survivent pas aux conditions difficiles de l'époque : Marie-Louise (1811), David-Bénoni (1813), Eugène (mort-né en 1815), Catherine-Émélie (1816), Honoré (1820), Édouard (né et décédé en 1822) et, finalement, un enfant mort-né en 1824. Fidèle aux normes de son temps, Gertrude Garnault, en bonne mère de famille, est chargée des nombreuses corvées du foyer, veillant notamment à l'hygiène et l'éducation des enfants, à l'entretien ménager et à la gestion des poules et des vaches.
À une époque où la ville de Québec est le centre névralgique du Bas-Canada, le petit François-Xavier grandit dans un quartier populaire à majorité francophone. Il apprend tout de même quelques rudiments d'anglais au contact de voisins anglophones. Il naît dans un contexte politique quelque peu trouble, alors que la colonie est à l'aube d'une guerre contre les États-Unis. Garneau grandira également marqué par les récits sur la Conquête de 1760. À cinq ans, il intègre l'école du professeur Joseph Parent, où il apprend à lire et à écrire. Son parcours scolaire se heurte toutefois aux manques de moyens familiaux et il peine à poursuivre sa scolarité malgré la détermination de ses parents à lui offrir une éducation.
La chance lui sourit toutefois en 1821, alors que l'homme d'affaires et fonctionnaire Joseph-François Perrault met en place des écoles destinées aux enfants issus de milieux modestes. Mobilisant des prêtres catholiques, des marchands et des fonctionnaires, Perrault s'inspire de la méthode d'« enseignement mutuel » de Joseph Lancaster. Le potentiel de François-Xavier Garneau s'épanouit rapidement dans ce milieu : il est remarqué par la direction, qui lui fait tenir l'office de moniteur général.
Joseph-François Perrault s'avèrera être crucial au parcours de François-Xavier Garneau. Outre le fait de lui avoir offert l'accès à l'éducation, il le prend sous son aile à quatorze ans, alors qu'il le fait travailler dans son bureau de greffier à la Cour du banc du roi. Garneau y fera l'apprentissage de la culture juridique, maniant le vocabulaire légal au contact des enjeux du droit civil hérité de la Nouvelle-France. La relation de Garneau avec son mentor dépasse les frontières du bureau. Le jeune François-Xavier a la chance de passer du temps au domaine de Joseph-François Perrault, où il s'initie au débat politique et goûte aux plaisirs de la littérature. À la lecture du Canadien, il est mis au fait des tensions politiques qui animent le Bas-Canada de l'époque et tend l'oreille aux revendications politiques et identitaires des dirigeants du Parti canadien comme Louis-Joseph Papineau.
À l'aube de ses 16 ans, François-Xavier Garneau se fait conseiller par Joseph-François Perrault de poursuivre des études en notariat. Au printemps 1825, Perrault le présente alors à Archibald Campbell, un éminent notaire d'origine écossaise. Garneau passe cinq ans sous l'égide de ce fils de loyaliste américain, que le biographe Patrice Groulx décrit comme un « francophile déterminé ». Campbell est alors le notaire le plus en vue de Québec, multipliant les contrats auprès des puissants de la bourgeoisie d'affaires et de la Couronne, cette dernière lui conférant d'ailleurs le titre exclusif de « notaire royal ». S'il prend François-Xavier Garneau sous son aile, c'est qu'il cherche à l'époque à développer une clientèle auprès de la petite bourgeoisie francophone et il considère que ce jeune garçon de Québec inspire confiance. Pour François-Xavier, c'est une occasion inespérée d'apprendre le métier de notaire et de voir le monde : accompagnant un ami de Campbell, il passera un mois à New York, Buffalo et dans les Grands Lacs (notamment à Niagara) à l'été 1828. Le 23 juin 1830, après cinq années d'étude et de travail au poste de clerc, François-Xavier Garneau réussit son examen de notariat et peut officiellement exercer la profession.
Débuts professionnels et engagement nationaliste
Après son assermentation, François-Xavier Garneau continue de pratiquer le notariat auprès d'Archibald Campbell. Il peut alors profiter de l'important réseau de contacts de son mentor, qui lui donne accès à une prestigieuse clientèle composée notamment de propriétaires immobiliers, de commerçants et d'armateurs. Son nouveau salaire lui permet de louer un local et de payer une pension à ses parents. Il arrive même à mettre de l'argent de côté. Sa fructueuse collaboration avec Campbell s'étendra jusqu'en 1842. Garneau aura alors cosigné des centaines d'actes au bureau de cet éminent notaire royal.
Entre-temps, le nouveau statut de François-Xavier Garneau lui offre accès à des cercles socioculturels auxquels il n'aurait même pas pu rêver quelques années plus tôt. Il fréquente alors les bibliothèques, notamment celle de la Chambre d'assemblée, et s'intéresse à la littérature et aux revues mensuelles (il lit probablement la Bibliothèque canadienne de Marcel Bibaud). En 1831, il intègre la Société littéraire et historique de Québec (fondée sous le nom de Literary and Historical Society of Quebec). Il constate alors la quasi-absence de publications historiennes écrites d'une perspective canadienne-française. Peu à peu, il cultive l'idée de mettre sa plume au service d'une telle cause. Entre-temps, il s'initie à la poésie, ébauchant « La coupe », un poème d'inspiration bonapartiste mettant en scène un Napoléon vaincu et en exil. Ayant fait la connaissance d'Étienne Parent, nouveau rédacteur en chef du Canadien, il publiera plus tard, anonymement, des poèmes d'inspiration nationaliste.
Au début des années 1830, il parcourt l'Europe à la manière des jeunes de l'élite anglo-saxonne de l'époque. Il visite alors la France, dans laquelle il entrevoit ses racines : « J'avais hâte de fouler cette vieille terre de France dont j'avais tant entendu parler par nos pères, et dont le souvenir, se prolongeant de génération en génération, laisse après lui cet intérêt plein de tristesse qui a quelque chose de l'exil ». Après avoir visité les grandes institutions parisiennes, il quitte la France pour Londres. Il devient alors le secrétaire de Louis-Michel Viger, député bas-canadien du Parti patriote, qui est de passage en Angleterre (il est le cousin de Louis-Joseph Papineau). Pendant près de deux ans, il sera le bras droit londonien de cette éminente figure politique du Bas-Canada, se rapprochant de plus en plus du combat des Patriotes. Il rentre à Québec le 30 juin 1833.