François-André Danican Philidor, surnommé « le Grand », né le 7 septembre 1726 à Dreux et mort le 31 août 1795 à Londres, est un compositeur et joueur d'échecs français.
Philidor « le Grand » est passé à la postérité pour avoir mené de front avec succès ses deux activités toute sa vie.
Fils d'un second lit d'André Danican Philidor dit « l'Aîné », François-André Danican est issu d'une dynastie de musiciens célèbres au XVIIe et au XVIIIe siècle, qui portèrent tous le surnom de Philidor, et le frère d'Anne, également musicien.Le plus ancien d'entre eux, Michel, hautboïste virtuose, avait enthousiasmé Louis XIII qui, en l’entendant, s’était exclamé : « J’ai trouvé un second Filidori ». Toujours prêts à renchérir encore sur les éloges du souverain, les courtisans n’appelèrent plus Danican que Philidor.
Il épouse le 13 février 1760 en l'église Saint-Sulpice de Paris Elisabeth Richer (Riché), née à Versailles en 1741 d'une famille de musiciens (François Joseph Riché 1714-1757, musicien compositeur du duc de Chartres, et Marie Elisabeth Leroy). Cantatrice et claveciniste, son épouse s'est notamment distinguée par ses interprétations du Concert spirituel.
Les époux habitent successivement rue de Cléry, rue Montmartre (au coin de la rue des Jeûneurs), et, en 1783, rue de La Michodière, à l'angle de la rue Neuve-Saint-Augustin.
Vivant des pensions du roi et partisan d'une monarchie constitutionnelle, il s'exile en Angleterre en 1792. Il est inscrit sur la liste des suspects et, malgré les efforts de sa femme et de son fils aîné, restés en France, un passeport pour rentrer lui est refusé après Thermidor. Il meurt le 31 août 1795 à son domicile londonien et est inhumé à l'église Saint-James de Piccadilly. Son épouse meurt le 15 septembre 1809, à Paris, au 139 rue Montmartre dans le quartier du Contrat social.
À dix ans, Philidor est page à la Chapelle royale de Versailles où il est l'élève d'André Campra. Il compose son premier motet à l'âge de douze ans. À quatorze ans, il donne des leçons de musique à Paris et exerce le métier de copiste. Il rencontre Jean-Philippe Rameau pour lequel il a une grande admiration. Mais ce dernier lui reproche de dévoyer la musique française avec des formes italiennes. De son côté, Jean-Jacques Rousseau apprécie sa collaboration pour parachever les Muses galantes. À dix-huit ans, il a des démêlés avec la police pour des propos audacieux sur la liberté d'expression. Il est même incarcéré pendant deux semaines.
Échaudé, il accompagne une troupe de musiciens avec Francesco Geminiani et Lanza en Hollande, puis se rend à Londres (1745) où il se lie avec le comte de Brühl, ministre de Saxe à Londres, qui deviendra, avec Diderot, son ami le plus fidèle. Haendel se montre plus favorable à sa musique que Rameau. C'est à Londres qu'il est initié franc-maçon, il sera membre de la « Société Olympique » à Paris en 1786. Rentré en France en 1754, il ne peut pas obtenir le poste vacant à la Chapelle de Versailles.
Ses œuvres sacrées, teintées d'italianisme, sont fraîchement accueillies par le public français. Il se résout à diriger sa carrière vers les voies de la musique dramatique et devient l'un des créateurs de l'opéra-comique français. Il y fait preuve de réelles qualités musicales : écriture orchestrale soignée, souvent descriptive ; écriture vocale aisée et témoignant d'une verve légère, parodique, pouvant s'élever jusqu'à une expression déjà dramatique ; les chœurs sont abondants dans une écriture audacieuse. Ses nombreux opéras-comiques montrent de l'inventivité, et le premier d'entre eux, Blaise le Savetier, créé à l’Opéra-Comique de la Foire le 9 mars 1759, est un éclatant succès. L'opéra Ernelinde est son chef-d'œuvre et lui permet d'obtenir une pension de Louis XV.
Il a également composé de la musique de chambre, un oratorio, Carmen seculare et un Te Deum, qui fut exécuté lors des funérailles de Rameau.
Aujourd'hui, le nom de Philidor reste davantage associé au jeu d'échecs. Très jeune, il fréquente le Café de la Régence où il rencontre Jean-Jacques Rousseau. Dans Le Neveu de Rameau, Denis Diderot donne une description de ce café : « Paris est l'endroit du monde, et le café de la Régence est l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce jeu ; c'est chez Rey que font assaut Legal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot ».
Philidor montre une grande maîtrise dans la pratique (démonstration de jeu à l'aveugle) et se montre très en avance sur la théorisation du jeu. Il surclasse rapidement Legal, meilleur joueur du café de la Régence.
À Londres, il dispute un match en 1747 contre le Syrien Philippe Stamma fixé à Londres depuis 1742. Il le bat 8 à 2 et il est dès lors considéré comme le plus fort joueur du monde.
En 1771, il retourne à Londres, où il séjourne jusqu’en 1773. Il y fréquente le St. James Chess Club, gagnant sa vie en faisant des parties d'exhibition.
En 1783, il bat le fameux Turc mécanique.
En 1749, Philidor publie « L'Analyze des Échecs » à l'âge de 22 ans, un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre. L'ouvrage sera édité une centaine de fois et traduit rapidement dans de nombreuses langues : anglais (Analysis of the Game of Chess, 1790), allemand, espagnol (Análisis del juego de ajedrez, 1827), russe, yiddish, etc.
Cet ouvrage est le seul témoignage des conceptions échiquéennes de Philidor, les parties qu'il a jouées à l'apogée de sa carrière n'ont pas été conservées. Ne rencontrant jamais d'adversaires de son niveau, il pouvait battre les plus forts joueurs de son temps avec un handicap d'un pion et du trait.
Le terme d'« analyse » marque d'entrée la rupture avec les conceptions antérieures. Alors que le jeu reposait essentiellement sur des qualités d'intuition et d'imagination, Philidor l'élève au statut de science et constitue un système rationnel dont il fournit le premier les lois essentielles. Il insiste sur l'importance des pions, et notamment des chaînes de pions. Richard Réti qualifie Philidor de « grand philosophe des échecs, trop en avance sur son temps pour être compris ».