Ce Jour-là

Frédéric Ozanam

Professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, historien et essayiste catholique français

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Antoine-Frédéric Ozanam, né le 23 avril 1813 à Milan et mort le 8 septembre 1853 à Marseille, est un professeur des universités, historien et essayiste catholique français.

Fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ; il a été béatifié par le pape Jean-Paul II le 22 août 1997. Proche des doctrines de Lamennais, il fut l’un des principaux penseurs d’une théorie néocatholique de l’art et de l’esthétique chrétiens après la Révolution française.

Origine familiale, enfance et jeunesse lyonnaises (1813-1831)

Une famille entre la Bresse, l'Italie et Lyon

Le père de Frédéric Ozanam, Jean-Antoine-François Ozanam, originaire de la Dombes, était fils d'un notaire royal, « châtelain », de Chalamont ; après des études de droit à Bourg-en-Bresse et à Lyon, il est clerc de notaire à Pont d'Ain ; « soldat de l'an II », il intègre le 1er régiment des hussards, devient sous-lieutenant en 1796 et participe jusqu'en 1799, en officier de cavalerie, à la campagne d'Italie. Revenu à la vie civile en 1800, il se place dans une maison de commerce de soierie à Lyon (Maison Dantoine), se marie avec Marie Nantas (1781-1839), fille d'un négociant en soie de Lyon, Mathieu Nantas de qui Jean-Antoine-François devient l'associé avant de s'installer à Paris où il s'associe à la maison de l'un de ses beaux-frères (Haraneder Frères) mais fait faillite en 1803.

L'Italie l'attire ; il y part en 1807 et finit par se fixer en 1809 à Milan, alors capitale du royaume d'Italie. C'est là que Jean-Antoine-François devient médecin en 1810 et que son fils Frédéric naît. À la chute de l'Empire, le royaume d'Italie disparaît et Milan devient autrichienne tandis que la maison de Bourbon retrouve le trône de France.

Jean-Antoine-François Ozanam rentre en 1816 à Lyon où il est nommé à l'Hôtel-Dieu comme médecin suppléant en 1818 puis comme titulaire de 1823 à 1834. Le docteur Ozanam est domicilié avec sa famille au 5 rue Pizay. Une plaque, apposée sur la façade de l'immeuble, indique : « Frédéric Ozanam 1813-1853, historien et littérateur, fondateur des conférences Saint-Vincent-de-Paul, vécut dans cette maison ».

Un élève brillant, disciple de l'abbé Noirot

Frédéric Ozanam poursuit des études classiques au collège royal de Lyon où il entre en 1822. Il a pour condisciples Joseph Arthaud, Hippolyte Fortoul, Louis Janmot, Antoine Bouchacourt, Hugues-André Rambaud (qui épousera sa cousine Coralie Coste) etc. avec lesquels il noue de forts liens d'amitié. Son professeur de philosophie est le célèbre abbé Noirot. C'est un élève brillant, troublé pendant quinze mois par une crise de doute religieux. C'est l'enseignement de ce professeur qui, selon Frédéric lui-même, « mit dans mes pensées l'ordre et la lumière, je crus désormais d'une foi rassurée, et, touché d'un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paix ».

Déjà il aime écrire, participant dès l'âge de quinze ans au journal L'Abeille Française fondé par Legeay et l'abbé Noirot. Sa collaboration se poursuit jusqu'en janvier 1832 et son apport représente plus de 250 pages. Cette vocation pour le journalisme se poursuit : il n'a que dix-huit ans, ses Réflexions sur la doctrine de Saint Simon, parues dans Le Précurseur les 11 et 14 mai 1831, reçoivent les éloges de Lamartine, Lamennais, Chateaubriand et Tocqueville. Devenu bachelier ès lettres en 1829, selon la volonté de son père qui souhaite le voir entrer dans la magistrature, il entre d'abord en stage chez un avoué lyonnais avant de partir en octobre 1831 poursuivre ses études à l’École de droit de Paris juste avant les émeutes ouvrières lyonnaises.

L'étudiant parisien (1831-1836)

Frédéric Ozanam découvre alors la capitale qui le déçoit et l'effraie : il regrette Lyon et cherche la compagnie de ses amis étudiants lyonnais. Deux personnalités lyonnaises l'influencent : André-Marie Ampère chez qui il trouve un temps un logement et Pierre-Simon Ballanche dont il admire l'esprit de liberté et de solidarité. Il suit ses études de droit, fréquente assidûment la bibliothèque de l'Institut, continue l'étude de l'hébreu et du sanskrit commencée à Lyon et son goût pour les lettres s'affirme de plus en plus. Il passe sa licence en droit en 1834 et son doctorat en 1836, il obtient aussi en 1835 sa licence ès lettres.

Un catholique heurté par le rationalisme et le voltairianisme

L'atmosphère d'incrédulité qu'il rencontre dans le milieu universitaire heurte ce fervent catholique. Il n'hésite donc pas à intervenir à la fin des cours pour protester contre les attaques que certains professeurs rationalistes prononçaient contre l’Église et le christianisme. Il aime la fréquentation des intellectuels catholiques libéraux, Lamennais, Lacordaire, Montalembert et Lamartine. Il est reçu dans le salon d’Elisa de Lamartine et, accompagné de Jean-Jacques Ampère, dans celui de Juliette Récamier. Il participe à la Conférence d'Histoire fondée par Emmanuel-Joseph Bailly de Surcy où les jeunes étudiants catholiques, parmi lesquels La Villemarqué et Francheville, retrouvaient des incroyants pour discuter de sujets divers. C'est là qu'il entend cette critique de la part d'un jeune saint-simonien : « Le christianisme a fait autrefois des prodiges, mais aujourd'hui, il est mort. Vous vous vantez d'être catholiques, que faites-vous ? Où sont les œuvres qui démontrent votre foi et qui peuvent nous la faire respecter et admettre ? ». C'est ce qui le détermine à s'orienter vers l'aide aux plus démunis : le 23 avril 1833, il fonde avec des amis étudiants, paroissiens comme lui de l'église Saint-Étienne-du-Mont, une petite société vouée au soulagement des pauvres, qui prend le nom de "Conférence de la charité".

Un des fondateurs de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

La conférence se place peu après sous le patronage de saint Vincent de Paul. Les familles visitées sont signalées à la conférence par sœur Rosalie Rendu, une fille de la Charité très active dans les quartiers pauvres de Paris, principalement des 5e et 13e arrondissements. Bailly de Surcy aide la nouvelle société à s'organiser, lui prêtant notamment le bureau de son journal, la Tribune Catholique, situé au no 18 de la rue du Petit Bourbon-Saint-Sulpice (aujourd'hui no 38 de la rue Saint-Sulpice), et il en est le premier président. L'action entreprise a un triple but, exercer la charité chrétienne envers les pauvres, préserver moralement les jeunes gens contre « les tentations du monde » et fortifier leur foi, enfin faire une action à caractère social : « La question qui agite aujourd'hui le monde autour de nous […] est une question sociale ; c'est la lutte de ceux qui n'ont rien et de ceux qui ont trop ; c'est le choc violent de l'opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas. » Toute sa vie, Frédéric Ozanam reste attaché à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, participant à son développement et à son rayonnement mais refusant toujours la fonction de président.

À l'origine des « Conférences de Carême de Notre-Dame de Paris »

Parallèlement à la fondation de la Conférence de charité, Frédéric Ozanam, convaincu qu'« il faut que, quelque part, une parole de croyant soit dite, qu'un enseignement religieux soit donné, à un niveau de compétence et de notoriété qui fasse pièce aux doctrines rationalistes que diffusent les maîtres des chaires officielles », fait parvenir, dès 1833, avec deux de ses camarades étudiants, à Hyacinthe de Quélen, archevêque de Paris, une pétition signée d'une centaine d'étudiants catholiques pour que soient organisées des conférences à Notre-Dame de Paris avec un prédicateur prestigieux. La pétition est renouvelée l'année suivante, elle a près de 200 signatures et elle reçoit satisfaction : ces conférences ont lieu pour la première fois au Carême 1834. En 1835, prêchées par Lacordaire, elles obtiennent un immense succès.

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