Frédéric III de Montefeltro, ou Frédéric III de Montefeltre, en italien Federico III da Montefeltro ou plus généralement Federico da Montefeltro (Gubbio, 7 juin 1422 - Ferrare, 10 septembre 1482), duc d'Urbino et comte de Montefeltro de 1444 à sa mort, est l'un des plus célèbres condottieres de l'histoire et un des principaux princes mécènes de la Renaissance.
Il finança de nombreux artistes et contribua grandement au développement de la ville d'Urbino, aujourd'hui classée au titre du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Frédéric III était connu dans l'Europe entière comme le prince humaniste par excellence, deux cents ans avant le début des Lumières. Baldassare Castiglione, célèbre écrivain né en 1478, déclarait, dans son important ouvrage Le Livre du courtisan, que Frédéric III "fut en son temps la lumière de l'Italie".
Son immense palais considéré comme l'une des oeuvres majeures de la Renaissance, son studiolo mais aussi sa collection de peintures ou de livres, l'une des plus importantes d'Europe après celle du Vatican, constituent des témoignages de l'influence et du rayonnement culturel du duc d'Urbin.
Outre le mécénat, le duc d'Urbino, grâce à son talent militaire est devenu l'un des condottieres les plus puissants de toute l'Italie. Servant tout à tour la papauté, Florence, Milan et Naples, Frédéric III joua un rôle central dans l'équilibre politique de l'Italie au XVè siècle. On le retouve notamment à la tête de différentes armées lors de la guerre de Ferrare ou encore à la bataille de la Riccardina.
Les revenus tirés de ses campagnes militaires firent de lui l'un des princes les plus riches d'Italie, lui permettant d'entretenir une armée permanente et de transformer Urbino en une cour princière de premier plan.
Il fut l'un des premiers étrangers à recevoir le prestigieux Ordre de la Jarretière.
Son fils Guidobaldo continua le mécénat en soutenant notamment le peintre Raphaël, né à Urbino en 1483, un an seulement après la mort de Frédéric III.
Frédéric nait à Gubbio, fils illégitime de Guidantonio da Montefeltro, seigneur d'Urbino, de Gubbio et Casteldurante, et duc de Spolète et de Elisabetta degli Accomandugi. Le pape Pie II rapporta la rumeur selon laquelle il était le fils du capitaine Ubaldini Carda, substitué à celui du souverain à la naissance. Ce passage fut ensuite supprimé de la version publiée des Commentarii de Pie II. L'enfant est élevé par Giovanna degli Alidosi, veuve de Bartolomeo Brancaleone, dont il est, très jeune, fiancé à la fille.
À l'âge de 11 ans, son père l'envoya comme otage à Venise. Fuyant la peste qui se répandit dans la ville, il se réfugia à Mantoue. Il y fit ses études dans la célèbre Ca Zoiosa dirigée par l'humaniste Vittorino da Feltre, auprès des enfants du marquis de Gonzague, bénéficiant ainsi du meilleur enseignement humaniste de l'époque. En 1437, il fut armé chevalier à Mantoue par l’empereur Sigismond qui séjournait en Lombardie. À 15 ans, il rejoignit sa mère adoptive et épousa, la même année, le 2 décembre 1437, à Gubbio, Gentile Brancaleoni.
À seize ans, il commence une carrière de condottière sous le commandement de Niccolò Piccinino qui dirige alors les armées milanaises contre Venise. En 1439, il vient en aide à son père qui est attaqué par les Malatesta de Rimini, ennemis traditionnels des Montefeltro, s'emparant de la Rocca San Leo au prix d'une escalade spectaculaire. Dans les années 1442-1444, il combattait toujours aux côtés de son père contre les Malatesta.
À la mort de Guidantonio en 1443, son fils Oddantonio lui succède. Afin de sceller l'alliance entre la papauté et les Montefeltro, le pape lui conféra le titre de duc d'Urbino. Le jeune duc provoqua, du fait de sa morgue et de ses dépenses somptuaires, un rapide mécontentement parmi ses sujets. Le 22 juillet 1444, il fut assassiné par des conjurés qui pénétrèrent dans le château à la suite d'un complot. La ville se souleva contre la Seigneurie des Montefeltro. Frédéric se trouvait à Pesaro où il luttait contre les Malatesta. À l'annonce de la mort de son demi-frère, il revint aussitôt à Urbino où il dut négocier avec la population révoltée et concéder une charte en vingt articles pacifiant les rapports entre le seigneur et sa ville pour s'emparer du pouvoir. Sa probable participation à la conjuration n'a jamais été éclaircie.
Dès son accession au pouvoir, Frédéric accorde une amnistie à ceux qui avait assassiné son demi-frère et leur promit un gouvernement moins tyrannique.
Dans les années 1450, Frédéric combat pour le roi de Naples et son allié le pape Pie II pour le compte de Florence, puis passe un accord avec Francesco Sforza. En 1451, Frédéric passe au service du roi de Naples contre Florence. De 1447 à 1451, son principal employeur est toutefois le pape Pie II qui est son allié contre Sigismond Malatesta. La paix de Lodi, qui amène en 1454 un semblant de paix dans la péninsule, mit en péril ses ressources mais lui permit de se consacrer à la lutte contre son ennemi héréditaire Malatesta.
Sa première épouse, Gentile, meurt en 1457 sans lui avoir donné d'enfant. Il épouse en 1460 Battista Sforza, issue de la célèbre famille de condottieres maîtres de Milan, renforçant ainsi l'alliance qui le liait à Francesco Sforza comme condottiere depuis 1444. Dans l'accord avec les Sforza — Frédéric ne combat jamais pour rien — il leur transférait le contrôle de Pesaro et recevait en échange Fossombrone, se faisant par là même un ennemi définitif dans les Marches en la personne de Sigismondo Pandolfo Malatesta, seigneur de Rimini. Lorsqu'il devient seigneur de Milan, Sforza offrit à Frédéric le bâton de capitaine général de la ville.
À partir de 1459, il combat en Romagne pour le pape Pie II, à nouveau contre Malatesta, à qui il inflige une sévère défaite sur le fleuve Cesano, près de Senigallia (1462), et prend d'assaut la ville de Santarcangelo di Romagna qu'il met à sac. Le pape le nomma vicaire des territoires conquis avec le droit de les transmettre à son fils Guidobaldo, mais lorsque Pie II veut reprendre personnellement le contrôle de l'ancienne capitale des Malatesta à Rimini, Frédéric se retourne contre lui et combat à la tête d'une alliance des villes formée contre la puissance papale.
En juillet 1467, à la tête de la ligue contre Venise, il bat le grand capitaine Colleoni. En 1472, il est chargé par Florence de réduire la ville de Volterra qui s'est révoltée. Il laisse ses troupes saccager la cité, crime qu'il ne cesse de se reprocher, mais dont ses employeurs florentins le félicitèrent en organisant un triomphe à l'antique. Il reçoit en signe de gratitude un casque en argent doré d'une valeur de 500 ducats, orné d'émaux et surmonté d'une aigrette représentant Hercule terrassant un griffon, le symbole de Volterra, et provenant de l'atelier du grand maître Antonio Polluaiolo.
Le 21 août 1474, le duché d'Urbino est confirmé à Frédéric, par extension aux illégitimes, du titre accordé à son demi-frère par le pape Sixte IV qui marie son neveu favori Jean della Rovere (Giovanni) à la fille de Frédéric III, Jeanne (Giovanna). Dans le même temps, il fut nommé gonfalonnier de l'Église catholique romaine et ajouta, de ce fait, les attributs dits Gonfalone pontificio (Gonfalon pontifical) ou Basilica, obtenant le droit de porter la bannière blanche de la papauté avec ses deux clés croisées.En août 1474, il fut nommé chevalier de l'Ordre de la Jarretière par le roi d'Angleterre Edouard IV, et le roi de Naples Ferrante lui octroya l'ordre de l'Hermine.