Frédéric H. Fajardie, nom de plume de Ronald Moreau, né le 28 août 1947, à Paris, et mort dans la même ville le 1er mai 2008, est un écrivain et scénariste français, auteur de romans dans la veine du néo-polar, de romans historiques, de scénarios et de nouvelles.
Ronald Moreau naît le 28 août 1947, fils d'une ancienne capitaine de l'équipe de France de basket-ball et d'un père qui s'établit libraire après avoir « connu des fortunes diverses. » Selon les sources, il aurait été victime d'un accident, malade, ruiné au jeu, ou aurait tout plaqué. Sa scolarité interrompue, Ronald Moreau tâte de différents métiers, gratte-papier, jardinier, peintre en bâtiment, puis effectue son service militaire en Allemagne. En Mai 68, il vend La Cause du peuple, se bat sur les barricades, et milite ensuite dans les mouvements communistes pro-chinois, au comité Vietnam, à la Gauche prolétarienne et au Secours rouge.
Il passe le bac philo en candidat libre puis obtient une licence de Lettres modernes, une maîtrise de Sociologie et un DEA d'Histoire à l'École Pratique des Hautes Études. Il suit ainsi les cours de Julia Kristeva, Emmanuel Le Roy Ladurie et Pierre Vidal-Naquet.
Il commence à écrire très jeune — Charles Vildrac l'avait intronisé écrivain — mais son premier roman, Tueurs de flics, publié sous le pseudonyme de Frédéric H. Fajardie, ne paraît qu'en 1979 et le situe d'emblée dans le genre — nouveau à l'époque — du néo-polar.
Extrêmement prolixe, il ne cesse de publier romans et nouvelles. Il écrit des scénarios de cinéma, tient des chroniques littéraires dans L'Humanité et dans Charlie Hebdo, avant de se fâcher avec Philippe Val pour avoir fait l'éloge de livres d'Alphonse Boudard et de Drieu La Rochelle.
Il publie en 1993 Chronique d'une liquidation politique, « pamphlet impitoyable contre la social-démocratie au pouvoir », passant « à la sulfateuse bernanosienne la gauche mitterrandienne au pouvoir ». Cet ouvrage lui aurait valu « une véritable interdiction professionnelle dans les domaines du cinéma et de la télévision », ainsi que le boycott de ses livres par Télérama et Libération.
À partir de 2001, il dirige des ateliers d'écriture pour des CFA, près d'Orléans, et devient parrain du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras.
En 2003, il chronique la liquidation de l'entreprise métallurgique Metaleurop, « mélange de désenchantement, de combativité, de ferveur et de fierté », trois ans après avoir commencé une série de romans historiques qu'il continue jusqu'à sa mort.
Il meurt en 2008, « moi!ns méconnu ou rejeté qu'il ne l'affirme » s'étant situé entre l'anarchisme, « pour l'élégance » et le marxisme, « pour l'efficacité ».
En 1979 paraît Tueurs de flics, dans lequel le commissaire Padovani — personnage de plusieurs romans — doit « arrêter des tueurs qui se plaisent à découper ses collègues. » L'ouvrage est porté aux nues pour « son plein d’énergie. » « C’était un bouquin, je vous jure, si ourlé violence et fureur que nous en restâmes cois », déclare Jean Vautrin. Les romans qui suivent, La Nuit des chats bottés (1979), Sniper (1980), La Théorie du 1% (1981), Polichinelle mouillé (1984), lui valent l’admiration à la fois de jeunes royalistes et de jeunes gauchistes, tout en donnant lieu à des critiques relevant un cantonnement à des thèmes simples comme la vengeance, une répétition et une surenchère dans la description des actes de violence, un manichéisme sous-jacent.
En 1986, dans son recueil Mort d'un lapin urbain, « Fajardie, n'ayant rien oublié des petites et grandes trahisons qui, depuis 1968, ont accompagné le retour à l'ordre, règle ses comptes. Ses tableaux très courts, portraits et situations sont autant de cris de guerre contre la connerie humaine. Entre les opportunistes et les floués de l'histoire, Fajardie choisit résolument les seconds. Avec une tendresse et une violence désespérées. " Un homme, dit-il, c'est très exactement la distance entre ses exigences morales et sa pratique.". »
Jeunes femmes rouges toujours plus belles (1988) est en partie autobiographique et relate, vingt ans après, les événements de mai 1968.
À la fin des années 1980, Fajardie infléchit sa ligne. Si le regard reste implacable, la discipline, la retenue et la violence contenue impératives pour structurer l'écriture, il se laisse peu à peu gagner par une nostalgie et une empathie pour les victimes de contradictions inhumaines, qui courent de ses romans "classiques" à sa veine historique.
Un homme en harmonie (1990), inspiré du personnage d'André Grandclément, est une méditation sur les contours flous et la définition fluctuante des notions de héros, de trahison, de choix. Quadrige (1990) s'inspire de l'affaire Philippe Daudet, Ciao, Bella, Ciao (2000) célèbre les résistants communistes italiens.
En 2000, Fajardie commence avec Les Foulards rouges, son succès le plus important, une série historique qui se déroulera jusqu'à la Révolution. La Fronde, selon lui, c'est la noblesse qui pactise avec l'ennemi espagnol. C'est déjà de la collaboration.
Outre ses romans, Fajardie ne cesse de publier des nouvelles. Ce genre littéraire lui permet de « quadriller au plus près le terrain social, d’isoler et de circonscrire une névrose, une nostalgie, un fait divers ou une détresse dans la mesure où tout cela est révélateur de l’époque. » Ainsi, dans le recueil des Neuf cercles de l'enfer, l'on croise tour à tour « Monsieur Henri », le patron de la Gestapo française de la rue Lauriston, des vieux militants ouvriers blanchis sous le harnais des luttes, un ancien volontaire de la LVF ainsi que d'innombrables demi-soldes du maoïsme français des années soixante-dix et une jeune femme brune aux cheveux coupés droit à la Louise Brooks et portant de troublants dessous de soie noire. S'y retrouve « la touche Fajardie : une noblesse anachronique, un romantisme sans niaiserie, une énergie jubilatoire, une noirceur lucide. »
Qualifiée d'« authentiquement subversive, de critique sociale au lance-flammes » l’œuvre de Fajardie, continuation de la politique par d'autres moyens, porte un regard douloureusement lucide, quoique de plus distancié, sur la France de la fin du XXe siècle. Elle est nourrie de sa propre expérience révolutionnaire qu’il analyse avec lucidité comme participant autant d’un désir légitime de changer le monde que de l’illusion lyrique.
La vision de Fajardie conjugue un gauchisme flamboyant et l'illustration de valeurs aristocratiques, honneur, fidélité, compassion envers les vaincus, fraternisation entre hommes de bien par-delà les oppositions idéologiques.