Frédéric Curie (20 février 1906 - 16 décembre 1956) fut un pompier membre de la Résistance intérieure française durant la Seconde Guerre mondiale.
Officier du régiment de sapeurs-pompiers de Paris, il fut l'adjoint au chef de corps. Résistant français de la première heure, il fut arrêté et jugé par les Allemands en 1940. Emprisonné durant 15 mois, il mit sur pied dès le début de l’année 1942 le seul réseau de résistance intrinsèquement lié au régiment de sapeurs-pompiers de Paris. Ce réseau sera officiellement baptisé Sécurité parisienne en janvier 1944.
Après la guerre, Frédéric Curie fut l’un des jurés militaires du procès d’Otto Abetz, ex-ambassadeur du Reich en France et du procès de l’aviateur Dieudonné Costes.
Créateur et premier directeur du Centre national d’Instruction et de Protection contre l’incendie (CNIPCI), sorte d’embryon de l’École nationale des sapeurs-pompiers, il s’intéresse également dès 1949 à l’utilisation de l’hélicoptère dans le domaine du sauvetage. Il est le pionnier du Groupement hélicoptères de la sécurité civile.
L’instituteur de la République
Né à Étupes (Doubs) le 20 février 1906 dans une famille de paysans athées et républicains, le jeune Curie est un pur produit de l’école de la République. Certificat d’études en poche en 1918, il poursuit son cursus : brevet élémentaire puis brevet supérieur.
L’éducation des jeunes le tente. Il entre alors à l’École normale de Mirecourt dans les Vosges. Il en sort en 1925 comme instituteur.
Il effectue son service militaire au 10e bataillon de chasseurs à pied à partir du 12 novembre 1926. Le chasseur de deuxième classe Curie obtient rapidement le titre d’élève officier de réserve. Il est nommé lieutenant de réserve au 30e bataillon de chasseurs en 1927. Il est rayé des contrôles le 17 avril 1928 après avoir effectué deux mois et demi en Allemagne, principalement à Euskirchen, lors de l’occupation des territoires rhénans.
Mais la vie militaire lui plaît et le 9 mai 1928, il retourne, avec l’uniforme du 30e bataillon alpin de chasseurs à pied, en Allemagne. Il ne reviendra en France que le 27 octobre 1929 Il est alors nommé au 23e bataillon de chasseurs alpins et est admis en juillet 1930 à l’École militaire de l’infanterie et des chars de combat à Saint-Maixent. Il y entre comme sergent.
Sous-lieutenant d’active il est nommé lieutenant au 46e régiment d’infanterie jusqu’à son incorporation au régiment de sapeurs-pompiers de Paris le 1er février 1934.
Frédéric Curie fut initié le 21 avril 1933 à la loge « Les Amis éprouvés » de Montbéliard rattachée au Grand Orient de France.
Titulaire du 18e grade du Rite écossais ancien et accepté (chevalier Rose-Croix) qui en comprend 33, il a été membre de plusieurs loges parisiennes : Voltaire, mais aussi Étoile polaire, sans oublier à partir de 1945, l’un des ateliers les plus connus du Grand Orient de France : « La Clémente Amitié ». Frédéric Curie a d’ailleurs participé à sa reconstruction après la fin de la guerre. Sa qualité maçonnique et l’idéal maçonnique vers lequel il tend sont primordiaux dans ses actions futures qu’elles soient de résistance ou de sauvetage.
C’est sur sa demande que Frédéric Curie va intégrer le régiment de sapeurs-pompiers de Paris le 1er février 1934.
Le lieutenant Curie sert d’abord à la 10e compagnie (Château-Landon) puis quelques mois à la 25e compagnie (Drancy). Le 1er septembre 1939, il est nommé à la 4e compagnie (Vieux-Colombier), sous les ordres du capitaine Lucien Sarniguet, lui aussi issu de Saint-Maixent.
Dès l’armistice signé le lieutenant Curie avec le capitaine Lucien Sarniguet, dissimule des caisses d’armes provenant de la caserne du Vieux-Colombier.
De caractère bouillant, le capitaine Curie, n’hésitera pas, en juillet 1940, en pleine rue et devant les civils passant là, à obliger un soldat de la Wehrmacht à le saluer. Ce dernier avait, semble-t-il oublié les règles militaires de base.
Toujours en compagnie de son chef Lucien Sarniguet, Frédéric Curie met également sur pied une technique habile permettant de venir en aide à des soldats français fait prisonniers et échappés des colonnes allemandes : « Au début de juillet 1940, pendant une semaine environ, des réservistes ont été démobilisés directement par les commandants de compagnie. Cette situation donna l’idée au capitaine Sarniguet et au lieutenant Curie de procéder de même au profit des prisonniers ayant pu s’évader des colonnes ou des camps en raison du désordre du moment. Il s’agissait de se procurer des livrets militaires de disparus ou autres. Sur ces livrets étaient porté les mentions suivantes : Incorporé au régiment de sapeurs-pompiers le… avec cachet aménagé d’un bureau de recrutement, puis la mention : Démobilisé le… avec le cachet et la signature de la 4e compagnie. » Plusieurs actions furent réalisées au profit d’officier et d’hommes de troupe. Les livrets militaires étaient récupérés auprès d’un médecin et d’un infirmier.
« La nommée L., femme d’un infirmier de l’hôpital Lariboisière, maîtresse de l’Allemand Ralph inspecteur de police, dénonça son mari pour recel de prisonniers évadés, en fait des deux chasseurs alpins évadés dont l’un était le cousin de L. et venait d’être, par les soins de Sarniguet et Curie, pourvu d’un livret faux et d’un laissez-passer. Sur cet homme, la police allemande trouva l’adresse du lieutenant Curie. Il fut aisé aux policiers allemands de découvrir le pot-aux-roses à la caserne du Vieux-Colombier grâce au livret et au laissez-passer destinés au deuxième prisonnier que le lieutenant Curie avait chez lui tout préparés et à des brouillons qui se trouvaient par négligence dans la corbeille à papier du capitaine Sarniguet. »