Alfred Bessette, né le 9 août 1845 à Saint-Grégoire-le-Grand et mort le 6 janvier 1937 à Saint-Laurent, est un religieux québécois frère convers de la Congrégation de Sainte-Croix, à qui sont attribuées de nombreuses guérisons miraculeuses. Il est reconnu comme saint par l'Église catholique, ayant été canonisé le 17 octobre 2010 par le pape Benoît XVI et appelé alors saint André Bessette ou saint frère André. Sa fête liturgique est le 7 janvier.
Dès son enfance, Alfred Bessette est frêle et souvent malade. Bien qu'il soit très pieux, rien ne laisse présager qu'il puisse vivre longtemps et qu'il devienne l'homme religieux le plus célèbre du Québec au XXe siècle. À partir de la fin des années 1870, bien qu'il soit presque illettré, sa réputation de saint et de thaumaturge grandit.
Son envergure dépasse même les frontières pour s'étendre partout en Amérique puis en Europe et dans le reste du monde. À Montréal, il a réussi à faire construire l'oratoire Saint-Joseph, une imposante basilique dédiée à saint Joseph.
Un enfant fragile qui cherche sa voie
Alfred Bessette est né dans une petite maison (aujourd'hui disparue) du rang Grand-Bois, à Saint-Grégoire-le-Grand, un village situé 40 kilomètres au sud-est de Montréal, dans Le Haut-Richelieu, au Canada Est (aujourd'hui au Québec). Sa famille provient d'un milieu francophone pauvre. Son père, Isaac Bessette (né Isaac Valentin Bessette le 13 février 1807 à Sainte-Marie-de-Monnoir et marié à 24 ans), est un bûcheron, tandis que sa mère, Clothilde Foisy (née le 9 août 1814 et mariée à Saint-Mathias le 27 septembre 1831 à 17 ans), élève ses enfants, tenait maison et cultive le potager. Alfred Bessette est le huitième d'une famille de 13 enfants (dont 4 morts en bas âge).
Son père meurt le 20 février 1855, victime d’un fatal accident en forêt, alors qu'Alfred est âgé de neuf ans, la famille réside depuis 5 ans à Farnham. À Saint-Césaire, où déménage sa famille, sa mère trouve la mort des suites d'une tuberculose, le 20 novembre 1857, à l'âge de 43 ans : Alfred devient ainsi tout à fait orphelin à 12 ans. Une de ses tantes maternelles, Rosalie Foisy Nadeau, l'héberge de 1857 à 1860.
Il y suit des leçons de catéchisme, puis fait sa « première communion » à l'âge de 12 ans (comme c'était l'usage avant 1910, un usage changé par le pape Pie X) et reçoit la confirmation de Jean-Charles Prince, premier évêque de Saint-Hyacinthe, le 7 juin 1858. Il tente d'exercer divers métiers, mais aucun ne lui offre un avenir intéressant, en raison de ses nombreux problèmes de santé et de sa petite taille.
Il loge ensuite chez la famille de Louis Ouimet et son épouse Zoé Neveu. Louis était alors le maire de Saint-Césaire, quand son oncle Nadeau part avec sa famille chercher de l'or en Californie. Alfred exerce ensuite divers métiers à Farnham, puis à Saint-Jean-sur-Richelieu, à Waterloo et à Chambly. En 1862, de retour à Saint-Césaire, il y est apprenti boulanger et cordonnier.
Ces multiples expériences de travail n'améliorent pas son état, lui qui ne digère rien, mais il prie toujours, disent des témoins. D'ailleurs, depuis sa tendre enfance à Farnham, Alfred a des comportements qui inquiètent son entourage : malgré sa santé fragile, il se prive de dessert et porte à la taille une ceinture en cuir avec des pointes de fer. Ses stations de prière à genoux sont longues, fréquentes et intenses : on le trouve les bras en croix, devant un crucifix, à l'église, dans sa chambre ou dans une grange.
Puis, Alfred se joint à plusieurs Québécois qui émigraient vers les États-Unis pour travailler dans les filatures de coton de la Nouvelle-Angleterre. De 1863 à 1867, il « gagne sa vie » aux États-Unis, au Connecticut (à Moosup, Putnam, Hartford et Killingly), au Massachusetts (à North Easton) et au Rhode Island (à Phenix) entre autres. Il y apprend l’anglais, lui qui a peu d’instruction, ne sachant pratiquement pas lire et pouvant à peine signer son nom.
Lorsqu'en 1867 la nouvelle confédération canadienne est proclamée, il retourne comme certains autres au pays natal. Il s'installe d'abord à Sutton, où vivent sa sœur Léocadie et son frère Claude. Alfred va ensuite demeurer un temps chez le curé de Farnham, l’abbé Édouard Springer, qui lui confie des tâches lui semblant plus ou moins bizarres : le soin du cheval, le jardin et les gros travaux physiques de la cure, au grand dam silencieux d’Alfred qui, de toute façon, n’était à l’aise nulle part. À Farnham, il va prier sur la tombe de ses parents puis, en 1868, quand le curé de Farnham est muté ailleurs, il retourne chez le maire de Saint-Césaire. Là, Alfred rend visite à l'abbé Joseph-André Provençal, curé de Saint-Césaire qui, remarquant le dévouement et la générosité du jeune homme de bientôt 23 ans, le prêtre décide de le présenter à la Congrégation de Sainte-Croix de Montréal, à laquelle le curé a confié en 1869 la direction du collège de Saint-Césaire, le collège Saint-Joseph, qu'il vient fonder et diriger.
À l'âge de 25 ans, Alfred Bessette se présente, le 22 novembre 1870, au Collège Notre-Dame, à Côte-des-Neiges (aujourd'hui Montréal), où la Congrégation de Sainte-Croix vient d'installer son noviciat. Le mois précédent, le curé Provençal écrit une lettre de recommandation au maître des novices, Julien-Pierre Gastineau, lui disant qu'il envoie « un saint » à sa communauté. Il se trouve que peu après, le 8 décembre 1870, le pape Pie IX déclare saint Joseph « patron de l'Église universelle ». Avec un autre postulant, Alfred Bessette prend l'habit religieux le 27 décembre. Puisqu'il s'agit d'une communauté qui demande à chaque novice de se choisir un nom de saint, Alfred adopte le nom d'André : il sera désormais le « Frère André », en l'honneur du curé Joseph-André Provençal.
Après un noviciat plus long que prévu (qui durera trois ans), la congrégation qui jusque-là hésite à garder le jeune homme en raison de ses problèmes de santé et de son éducation restreinte, décide finalement de l'accepter dans ses rangs. L'évêque de Montréal, Ignace Bourget, est intervenu, rassurant le frère André. Peu après, le nouveau maître des novices, Amédée Guy, le recommande en disant : « Si ce jeune homme devient incapable de travailler, il saura au moins bien prier ». Admis à prononcer ses vœux temporaires le 22 août 1872 à l'âge de 27 ans, le frère André fait sa profession perpétuelle à 28 ans, le 2 février 1874.
On lui confie la fonction de portier du collège Notre-Dame, une fonction qu'il exerce jusqu'à la mi-juillet 1909 : c'est lui qui accueille les gens à l'entrée du collège. Plus tard, il en fera une plaisanterie, en disant qu'à son entrée en communauté on lui a « montré la porte » et qu'il l'a gardée durant presque 40 ans.
Il doit aussi assurer la propreté des lieux, faire les courses, donner l'aumône aux pauvres. Il fait de plus office de barbier des élèves et d'infirmier auprès des collégiens malades, et s'occupe du courrier, du transport des colis des élèves, qu'il accompagne parfois les jours de promenade.
Il est heureux de pouvoir continuer à offrir ses menus services d'« homme à tout faire », et de pouvoir prier à sa guise, ce faisant : avant, pendant et après, seul ou avec des membres de sa communauté, ou avec des visiteurs.
L'accueil des malades et les premières guérisons
Il faut remonter à 1877 pour découvrir sa première guérison, celle du frère Aldéric de sa propre communauté religieuse, qui souffre d'une blessure à la jambe. Il y a ensuite celle d'un élève fiévreux collé au lit par le médecin et que le frère André avait envoyé jouer dehors apparemment en pleine forme.