Les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (espagnol : Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo), généralement appelées FARC, le sigle exact étant FARC-EP, étaient la principale guérilla communiste impliquée dans le conflit armé colombien.
L'organisation est placée sur la liste officielle des organisations terroristes des États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, et de l'Union européenne. Pour les Nations unies, les guérillas colombiennes seraient responsables de 12 % des assassinats de civils perpétrés dans le cadre du conflit armé, les paramilitaires de 80 % et les forces gouvernementales des 8 % restants.
Après quatre années de négociations, leurs représentants signent le 26 septembre 2016 un accord de paix avec le gouvernement visant à mettre en œuvre leur démobilisation définitive. À la suite de cet accord, les FARC fondent le 31 août 2017 un parti politique légal sous le même acronyme, appelé Force alternative révolutionnaire commune (Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común, FARC).
Au cours des années 1930 et 1940, la concentration de la terre entre les mains de quelques grands propriétaires favorise le développement d'un puissant mouvement paysan visant à l'obtention d'une réforme agraire. Ce mouvement débouche sur la dislocation de plusieurs grandes haciendas en particulier dans le Cundinamarca et le Tolima et sur la création de zones d'autodéfenses paysannes, souvent de sensibilité communiste, pour défendre les terres prises aux haciendas dans des zones reculées du pays. Entre 1945 et 1948, plus de 15 000 paysans sont assassinés par des groupes armés soutenus par les propriétaires terriens. Les FARC sont habituellement considérés comme le produit de ces luttes et de leurs violentes répressions.
Le 9 avril 1948, le principal meneur de la gauche colombienne Jorge Eliécer Gaitán, figure très populaire auprès de la population pauvre et probable futur président du pays, est assassiné. Son homicide marque une profonde blessure dans la société colombienne, et provoque plusieurs jours d'émeutes à Bogotá (le Bogotazo, qui fera des centaines de morts). La période qui suit, jusqu'au début des années 1960, dite La Violencia, reste la plus violente de l'histoire de la Colombie. Elle fera entre 100 000 et 300 000 victimes. Le dirigeant conservateur Laureano Gómez prend ses fonctions à la présidence du pays le 7 août 1950 (élu le 26 novembre 1949 au cours d'une élection qui se tient dans un climat d'extrême violence politique et de laquelle s'était retiré le candidat libéral Darío Echandía), mène une politique résolument conservatrice, marquée notamment par l'interdiction du parti communiste et une critique récurrente de la démocratie majoritaire. Devenu extrêmement impopulaire, son maintien à la tête du pays accentue un peu plus le climat de violence. Afin de rétablir l'ordre, l'armée, sous le commandement du général Gustavo Rojas Pinilla, prend le pouvoir en 1953 à l'appel des deux partis dominants. Le nouveau gouvernement militaire offre l'amnistie aux bandits et aux guérilleros, en échange de la livraison de leurs armes, ce que la plupart font. Cependant, certains groupes, dont les communistes, refusent de rendre leurs armes tant que le gouvernement ne se décidera pas à accéder aux revendications sociales des ouvriers et paysans pauvres, autrefois portées par Gaitán. Ils se retirent dans des zones isolées où ils cessent leurs actions armées contre les soldats gouvernementaux et organisent le partage des terres. Le conflit reprend toutefois dès que, au milieu des années 1950, Rojas Pinilla lance d'importantes attaques contre les zones d'autodéfense constituées par les guérillas communistes dans le Sud du Tolima et le Sud du Cundinamarca.
Le pouvoir militaire cesse en 1958 à la faveur d'un accord entre conservateurs et libéraux, avec le soutien de dissidents du pouvoir militaire. Ces derniers mettent sur pied un accord de partage du pouvoir connu sous le nom de Front national, ne mettant pas fin aux zones d'autodéfense qui subsistent dans des zones reculées du pays, en particulier dans le département de Huila et le Sud du Tolima, dans un contexte où le parti communiste prône officiellement la « combinaison de toutes les formes de lutte », y compris la lutte armée, depuis son congrès de 1961. En 1964, sous la pression de députés conservateurs qui dénoncent depuis 1961 la présence de seize « républiques indépendantes » où l'autorité de l'État est bafouée, dont la république de Marquetalia, le président Guillermo León Valencia prend la décision de reprendre ces zones par la force avec l'appui des États-Unis.
L'attaque de l'armée sur la république de Marquetalia commence le 27 mai 1964, jour considéré depuis par les FARC comme celui de leur fondation. Les guerrilleros, sous la direction de Manuel Marulanda Vélez et de Jacobo Arenas (ce dernier missionné par le Parti communiste colombien), résistent quelques semaines mais doivent fuir la zone. De petits groupes de guérilla provenant des « Républiques » vaincues se réorganisent sous le nom de Bloc sud (Bloque Sur). Ils forment un premier « État-major conjoint », sous la direction de Ciro Trujillo, Manuel Marulanda et Jacobo Arenas. Les FARC ne sont réellement fondées qu'en 1966 sous ce nom, lors de la « deuxième conférence de la guérilla ».
Le groupe le plus important de la guérilla, placé sous le commandement de Ciro Trujillo dans les départements du Quindío et du Caldas, est pratiquement anéanti par l'armée, et Ciro Trujillo est abattu en 1967. Cette défaite coûte aux FARC les deux tiers de leurs effectifs. Pour se remettre de ces coups sévères, la guérilla se replie vers ses bases traditionnelles du Huila et du Tolima, dans le prolongement des « républiques indépendantes », là où elle dispose d'une certaine base sociale. Cela lui permet de se remettre progressivement sur pied. Au cours de cette période se tiennent la troisième (1968) et la quatrième (1970) conférence des FARC, cette dernière consolidant la notion de « front », qui sera par la suite à la base de l'organisation des FARC.
En 1974, la cinquième conférence des FARC décide la création du « secrétariat de l'État-major », leur instance dirigeante jusqu'à aujourd'hui. Le secrétariat était composé de Manuel Marulanda, Jacobo Arenas, Martin Villa, Nestor Arenas et Rigoberto Lozada, tous des anciens de Marquetalia. Les FARC « grandissent en silence », et comptent alors six fronts. Elles parviennent à se substituer à l'État dans des zones reculées où celui-ci est absent, surtout en périphérie du territoire colombien dans des zones nouvellement colonisées.
La marginalisation des FARC est aussi politique : le parti communiste, qui dirige toujours les FARC, ne pensait pas que les conditions de la prise de pouvoir par les armes soient réunies et privilégie la lutte urbaine. En 1978, date à laquelle se tient la sixième conférence de la guérilla, les FARC comptent environ 900 combattants. Politiquement, la lutte armée (menée par les FARC mais aussi par l'ELN et l'EPL) empêche la gauche, qui peine à prendre ses distances avec la voie des armes, de dépasser 3 % ou 4 % dans la plupart des élections.
Expérience de l'Union patriotique (1982-1990)
L'année 1982 marque un tournant dans l'organisation des FARC, avec la tenue de leur VIIe conférence suivie d'un « plenum amplifié » quelques mois plus tard. Considérant que la situation leur est favorable, les FARC décident de doubler le nombre de leurs fronts (de 24 à 48 fronts) en s'implantant sur tout le territoire national, et se donnent huit ans pour prendre le pouvoir. Cette ambition est symbolisée par l'ajout à leur sigle des lettres EP : Ejército del Pueblo (Armée du peuple). Les années 1980 marquent également un tournant avec le trafic de drogue et le début des enlèvements contre rançon.
Malgré les ambitions renforcées des FARC, un processus de négociation s'engage entre le gouvernement de Belisario Betancur et les mouvements armés, aboutissant en 1984 à la signature d'un cessez-le-feu entre le gouvernement et les FARC, les accords de La Uribe, signés le 28 mars 1984. Ces accords prévoyaient une cessation complète des hostilités entre les FARC et le gouvernement dans un délai de deux mois. À la suite de ces accords, les FARC créent en 1985 l'Union patriotique (UP), aux côtés du Parti communiste colombien. Mais malgré le cessez-le-feu et l'accord de La Uribe, les membres de l'UP sont tués massivement : de 1985 à 1994, entre 3 000 et 5 000 membres ou sympathisants de l'UP ont été assassinés, notamment les candidats aux élections présidentielles Jaime Pardo Leal (1987) et Bernardo Jaramillo Ossa (en) (1990), ainsi que neuf autres parlementaires de la même formation de gauche. Les coupables de ces assassinats seraient, selon les cas, les forces de l'ordre, des politiciens, des narcotrafiquants, mais aussi les paramilitaires qui commencent à émerger. Cet épisode a parfois été qualifié de génocide politique, et renforce les FARC dans leur conviction que la lutte armée est la seule voie possible vers la prise du pouvoir. Les FARC ont également, pendant cette période, tué des représentants de partis gouvernementaux[réf. nécessaire]. Dès 1987, le cessez-le-feu est en pratique rompu, les liens se distendent entre les FARC et l'Union patriotique, et les FARC reprennent leur confrontation avec le gouvernement, dans un contexte de violence généralisée dans le pays, non seulement par l'affrontement entre les guérillas et l'État, mais aussi par l'essor de la criminalité organisée et du narcotrafic.