Flavia Domitilla ou Flavie Domitille, plus simplement appelée Domitille, est un membre de la famille impériale romaine des Flaviens, morte après 95, mentionnée par des historiens des trois premiers siècles. Fille de Domitille la Jeune, et donc petite fille de l'empereur romain Vespasien (69–79) et nièce des empereurs Titus (79–81) et Domitien (81–96), elle épouse son cousin le consul romain Titus Flavius Clemens (vers 50 – 95). Dion Cassius dit qu'elle fut accusée d'« athéisme » (accusation qui visait les adeptes du christianisme, du point de vue païen officiel) et exilée sur l'île de Pandateria.
L'historien ecclésiastique Eusèbe de Césarée (vers 265 – 339) parle de Flavia Domitilla, non comme épouse mais comme nièce du consul, reléguée sur une île parce qu'elle a confessé sa foi chrétienne. Les historiens divergent sur le fait qu'il s'agisse de la même personne.
Les Actes des saints Nérée et Achillée du Ve ou VIe siècle, au récit sans doute plus légendaire qu'historique, parlent d'une Flavia Domitilla, vierge et martyre, identifiée avec la nièce présumée de Domitien, sans qu'il y ait cependant de preuve historique formelle. Concernant celle-ci, voir Flavia Domitilla (fille de Plautilla).
Il y a également une tradition juive relative à Flavia Domitille.
Tant l'Église catholique que les Églises orthodoxes vénèrent sainte Domitille et la célèbrent respectivement les 7 et 12 mai. Pour les Églises orthodoxes, la sainte est l'épouse du consul. Pour l'Église catholique, la sainte est sa nièce.
Flavia Domitilla, fille de Domitille la Jeune et donc petite fille de Vespasien et nièce de Titus et Domitien épouse son cousin Titus Flavius Clemens, un petit-neveu de Vespasien. Ils ont sept enfants dont deux fils, tous deux appelés Titus Flavius, nés vers 88 et 90, qui sont éduqués par Quintilien (35–96). On suppose que c'est pour cette raison que les ornamenta consularia ont été décernés à Quintilien. Selon Suétone dans la Vie des douze Césars, Domitien les a ouvertement reconnus, alors qu'ils étaient très jeunes, comme ses successeurs, changeant leur nom, l'un en Vespasien et l'autre en Domitien.
Titus Flavius Clemens est consul en 95 avec Domitien, mais ce dernier le fait exécuter dès la fin de son consulat, qui se termine le 1er mai 95 pour ce que Suétone (vers 70 – vers 122) appelle une raison futile. L'historien grec Dion Cassius (vers 155 - après 235) dit que c'est parce que Flavius Clemens et sa femme étaient accusés « d'athéisme, accusation qui fit condamner également beaucoup d'autres personnes convaincues de s'être laissées entraîner aux coutumes des Juifs », que le premier a été exécuté et sa femme, Flavia Domitilla, « parente » (συγγενῆ) de Domitien, a été exilée à l'île de Pandateria.
Suétone, dans sa Vie de Domitien, dit que Stephanus/Στέφανος/Étienne, l'assassin principal de l'empereur le 18 septembre 96, était intendant d'une Domitille, dame si bien connue par les lecteurs que pour Suétone il suffit de la nommer sans en dire rien de plus.
Dans sa Vie d'Apollonios de Tyane, Philostrate d'Athènes (mort vers 244/249) dit que Clemens a eu pour femme une sœur de Domitien — et donc de Titus — :
« Le moment était venu où les dieux allaient précipiter Domitien du haut de sa puissance. Il venait de faire périr Clément, personnage consulaire, auquel il avait donné sa sœur en mariage; et trois ou quatre jours après, il avait donné l'ordre de mettre à mort la veuve de Clément. Étienne, affranchi de cette matrone, qui était désigné par le signe céleste, soit pour venger la première victime, soit pour sauver les survivants, conçut contre le tyran un projet aussi hardi que celui des plus fiers citoyens d'Athènes (Vie d'Apollonios de Tyane, livre VIII, chapitre 25) »
Il semble que Philostrate se soit trompé, car nous savons par Suétone que Domitille la Jeune, la sœur de Domitien, mourut avant que son père Vespasien ne parvînt à l'empire. Et par Quintilien nous savons que Domitien lui confia les petits-fils de sa sœur, les fils de Flavius Clemens. Donc l'épouse de celui-ci est la fille de la sœur de l'empereur, non pas sa sœur.
Il est aussi possible que l'erreur ne soit pas de Philostrate mais d'un copiste de son texte, qui aurait changé άδελφιδήν (nièce) en άδελφήν (sœur).
Il semble que les catacombes de Domitilla aient été nommées en référence à Flavia Domitilla. Sur le terrain où ces catacombes ont ensuite été creusées, on a trouvé « deux inscriptions mentionnant des concessions faites en vue de sépulture e beneficio et ex indulgentia Flaviae Domitillae », c'est-à-dire grâce à la générosité de Flavia Domitilla. Dans le voisinage, on avait déjà trouvé au XVIe siècle l'épitaphe en vers du nain phrygien Hector, dévot de Cybèle et d'Attis, d'abord cocher et lutteur, puis, semble-t-il, bouffon au service de Domitille, qu'il remercie, dans son inscription funéraire, d'avoir permis que son petit corps pût reposer dans une terre non exiguë. Flavia Domitilla prit donc une part active à la destination funéraire de sa propriété de la voie Ardéatine, et ces concessions furent le point de départ des catacombes de Ste Domitille, le plus grand cimetière chrétien de la Rome souterraine.
À cette époque, la catacombe n'existe pas encore et les inhumations ont lieu sur le terrain qui dans la terminologie chrétienne va devenir plus tard un des cœmeteria (dortoirs), puisque dans la croyance des premiers chrétiens, les morts étaient seulement endormis jusqu'au retour imminent de Jésus-Christ. C'est aussi sur ce terrain qu'a été enseveli sainte Pétronille, peut-être une descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père de l'empereur Vespasien. Vers 96, c'est à côté de cette tombe que sont ensevelis les saints Nérée et Achillée, associés ensuite légendairement à une sainte Flavia Domitilla.
Une Flavia Domitilla, peut-être la même que la propriétaire du terrain du cimetière, possédait probablement une résidence sur le mont Palatin où on a retrouvé plusieurs tuiles estampillées à son nom.
Le souvenir de Domitille et les catacombes
Encore aujourd'hui, « le souvenir de Flavia Domitilla continue à être lié aux sépultures chrétiennes de la catacombe. » de Domitille composée de 12 kilomètres de galeries souterraines, le plus ancien des réseaux funéraires souterrains de Rome. « Elles fournissent également un aperçu étendu de toutes les phases et phénomènes d'une nécropole paléochrétienne. » On y trouve notamment une fresque de la Dernière Cène datant du IIe siècle. Des tombes païennes isolées et des sépultures anonymes de la communauté chrétienne ont contribué à former un immense réseau de galeries au IVe siècle.
Ainsi le texte de la dalle de fermeture d'un loculus postérieure au IVe siècle mentionne encore le nom de Domitille, plus de deux siècles après sa mort. « Les guides de pèlerins du haut Moyen Âge, ainsi que les légendes hagiographiques » témoignent aussi du lien entre le cimetière et le souvenir de Domitille. Ce sont des éléments significatifs; « en effet, dans la majeure partie des cas, la topographie cémétériale chrétienne de Rome conserve le souvenir de l'évergète qui a offert des lots de terrains pour la création de sépultures destinées aux membres de la communauté chrétienne. » Domitille a donc très probablement fait des séries de donations « d'une part à la communauté chrétienne, et, d'autre-part et surtout, à des particuliers dont certains ne sont devenus chrétiens que plus tard. »