Fernand Contandin, dit Fernandel, né le 8 mai 1903 à Marseille et mort le 26 février 1971 à Paris 16e, est un acteur, humoriste, chanteur et réalisateur français.
Issu du music-hall, il est durant plusieurs décennies l'une des plus grandes vedettes du cinéma français. Véritable champion du box-office, il parvient au cours de sa longue carrière à attirer plus de 200 millions de spectateurs dans les salles.
Comique emblématique du cinéma d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, il joue dans nombre de films devenus des classiques, parmi lesquels on note Angèle, Regain, Le Schpountz, La Fille du puisatier, Topaze, L'Auberge rouge, Le Mouton à cinq pattes, Ali Baba et les Quarante Voleurs ou La Cuisine au beurre, au même titre que plusieurs de ses personnages récurrents, à l'image de celui de la série de films Don Camillo. Il tient également avec succès certains rôles plus dramatiques, notamment dans Naïs puis La Vache et le Prisonnier en 1959, Le Voyage du père en 1966, ou encore, à la fin de sa vie, Heureux qui comme Ulysse en 1970.
Chanteur populaire, il laisse une discographie importante, parsemée là aussi de célèbres chansons faisant souvent partie de la bande originale de ses films ou de ses apparitions à la télévision ou à la radio, parmi lesquelles : On m’appelle Simplet, Ignace, Félicie aussi, Aujourd'hui peut-être, La Bouillabaisse ou Le Tango corse. Reconnaissable à ce qu'il désigne lui-même sa « gueule de cheval », il acquiert une popularité internationale, au point que le 3 mai 1968, le général de Gaulle déclare lors d'une réception à l'Élysée que cet acteur est « le seul Français qui soit plus célèbre que [lui] dans le monde ».
Origines familiales et enfance
Fils des Marseillais Denis Charles Contandin, comptable, né en 1871, et de Désirée Françoise Bédouin, couturière-tailleuse, née en 1879, Fernand Joseph Désiré Contandin naît au 70, boulevard Chave. L'un de ses arrière-grands-pères paternels, Thomas Contandin, né en 1796, est originaire du Piémont, de la vallée occitane du Cluson (val Chisone), dans la province de Turin, précisément du hameau de Passoir, du village de Méan/Meano (aujourd'hui subdivision de la commune de Pérouse/Perosa Argentina), où on peut toujours voir la maison de ses ancêtres. Douanier de profession, il arrive en France dans les années 1810-1820. La forme Contandin (au lieu de Coutandin) est due à une erreur de transcription des actes italiens.
Un autre de ses arrière-grands-pères, Mathieu Maglione, originaire de Ligurie, arrive à Marseille où il exerce la profession de portefaix.
Son père, Denis Contandin, est employé comme comptable mais il est aussi comédien-chanteur amateur sous le pseudonyme de « Sined » dénomination inversée ou anacyclique de « Denis », et sa mère Désirée Bédouin, également comédienne amatrice, remarquent rapidement le talent du jeune Fernand. Il suit son père lors des concerts que celui-ci organise dans la banlieue de Marseille, montant lui-même sur les planches. À l'occasion d'un concours pour petits chanteurs amateurs, il remporte le premier prix des enfants prodiges au théâtre du Châtelet de Marseille.
Andrex, comédien et ami d'enfance de l'acteur, raconte : « Fernandel, qui n'était alors que Fernand, fit ses débuts sur scène à cinq ans en chantant le répertoire militaire avec son frère aîné, Marcel. Il connut son premier grand succès à sept ans, un jour où, paralysé par le trac, il fut propulsé sur la scène par son père, d'un grand coup de pied au derrière ; il s'empêtra dans son sabre et s'étala de tout son long sous une tempête de rires. Par la suite, il n'eut plus peur d'affronter le public. »
Fernandel a deux frères : Auguste-Marcel (1897-1961), son aîné de six ans (avec lequel il se produit un temps sous les noms de Marcel et Fernand Sined) et Francis dit Fransined (1914-2012), plus jeune que lui de onze ans, ainsi qu'une sœur, Marguerite (1910-2006).
En 1915, à la fin de l'école primaire, le père de Fernand le place pour un bref passage à l’agence marseillaise de la Banque nationale de crédit, dont il ne tarde pas à se faire congédier.
Il enchaîne ensuite les petits boulots, portant des sacs de sucre dans le port de Marseille, travaillant dans une maison de tissus et dans plusieurs banques dont la SMC (Société Marseillaise de Crédit).
Parallèlement, il court le cachet comme comique troupier dans des noces et banquets ou sur les scènes des cafés-concerts de Marseille (Les Variétés, Le Palais de cristal, Le Grand Casino, L'Eldorado, l'Alcazar). Il a du succès, mais ne se prend pas au sérieux. Son profil chevalin marque les esprits, mais son caractère volage ne lui permet pas de s'assurer une situation stable.
Il prend finalement un emploi à la savonnerie du Fer-à-cheval, qu'il conserve jusqu'à son incorporation sous les drapeaux. Le 4 avril 1925, à 22 ans, il épouse Henriette Félicie Manse (1902-1984), la sœur de son ami, le parolier Jean Manse, avec laquelle il a trois enfants. C'est la mère d'Henriette qui serait à l'origine de son pseudonyme « Fernandel ». Le jeune Fernand est si empressé auprès de sa fille, qu'un jour le voyant arriver dans la rue depuis sa fenêtre, elle dit fort : « Tiens, voilà le Fernand d'elle ! » ; la phrase fait mouche. Elle est alors adoptée par le comédien pour en faire son nom de scène. Il est aussi probable que Fernandel vienne du provençal, qui signifie « petit Fernand ».
Un mois après son mariage, il commence son service militaire au 93e régiment d'artillerie de montagne de Grenoble. Il est libéré le 29 avril 1926.
Trois semaines avant cette date, le directeur de l'Odéon de Marseille l'engage pour remplacer une vedette parisienne, conspuée par le public, en première partie de programme. Le numéro de tourlourou de Fernandel, constitué des succès de Gaston Ouvrard (C'est beau la nature), de Polin (Elle a de la barbe) et quelques créations, dont deux chansons écrites par Jean Manse, est un triomphe. Jean Faraud, le directeur français de la Paramount dont fait partie l'établissement et qui assiste par hasard à la prestation, lui propose immédiatement un contrat pour se produire dans l'ensemble du circuit. Fernandel débute le 19 mars 1927 à Bordeaux où il retrouve Andrex, puis enchaîne avec Toulouse, Nice et Lille.
Le 7 décembre 1928, Fernandel fait ses premiers pas parisiens à Bobino. Grâce au succès de sa prestation, il signe dès le lendemain un contrat de dix-neuf semaines pour le circuit des cinémas Pathé de Paris. Il est également engagé au théâtre de l'Empire par Émile Audiffred. Malgré la mort de son père le 10 mars 1930, il poursuit sa carrière de comique à Paris. Installé dans un modeste hôtel de Ménilmontant, rue Pelleport, il débute à l'Élysée-Palace de Vichy. C'est là qu'Henri Varna, directeur du Casino de Paris et du théâtre Mogador, le voit et l'engage pour la revue d'hiver du concert Mayol, revue déshabillée à succès de l'époque réunissant le tout-Paris. Fernandel et Parisys y interprètent trois sketches intercalés entre les numéros de danse.
Le réalisateur Marc Allégret qui y assiste est frappé par le physique et la personnalité de Fernandel ; il décide de lui offrir le rôle d'un groom dans le film qu'il prépare avec Sacha Guitry Le Blanc et le Noir. L'année 1930 marque ainsi le début de la carrière cinématographique de Fernandel.