Fernand Dumont ( né a Montmorency, Québec le 24 juin 1927, décédé au Québec le 1er mai 1997) est un sociologue de la culture, professeur, essayiste, poète, théologien et philosophe québécois.
Considéré comme une référence en son domaine, une figure marquante pour la sociologie, la philosophie et l'épistémologie des sciences sociales, il a obtenu de nombreux prix et distinctions en sciences humaines et en philosophie. Bien qu’il soit avant tout connu pour son apport dans les sciences humaines, son œuvre poétique a fait l’objet d’études savantes.
Titulaire d'une maîtrise en sciences sociales de l'Université Laval, il a également étudié la psychologie à La Sorbonne. Il a complété un doctorat en sociologie à Paris ainsi qu'en théologie à l'Université Laval en 1986.
Il est l'auteur du rapport Dumont, qui diagnostique un état de crise religieuse au Québec en 1968.
En 1960, il fonde la revue Recherches sociographiques avec Jean-Charles Falardeau et Yves Martin.
Professeur titulaire au département de sociologie de l'Université Laval en 1965, il a également été le président-fondateur de l'Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC). L’IQRC sera rattaché à l’Institut national de la recherche scientifique en 1994.
Toujours en 1965, Dumont devient le directeur d'études associées à l'École des hautes études de Paris.
Il va également collaborer à la conception de la loi 101 (Charte de la langue française) en 1977 avec le ministre Camille Laurin et le sociologue Guy Rocher.
Les écrits sociologiques de Fernand Dumont peuvent être abordés à la lumière d'une théorie générale de la culture. C'est notamment dans des œuvres comme Dialectique de l'objet économique (1970), Les Idéologies (1974), L'Anthropologie en l'absence de l’homme (1981), mais surtout dans Le Lieu de l'homme (1968) que Dumont expose sa théorie générale de la culture.
Sa sociologie de la culture se construit à partir de la « crise de la culture », qui coïncide avec l'avènement de la modernité.
Le point de départ du raisonnement dumontien tente de répondre à cette question triviale, mais centrale pour une sociologie de la culture : « Comment nos sociétés réussissent-elles à sortir de l'impasse où les a laissées la liquidation de l'unanimité des valeurs jadis traduites en un discours culturel cohérent? » Pour tenter d'y répondre, Dumont propose une ontologie de la culture qui prend acte de cette crise de la culture, laquelle semble être aux fondements de la société moderne. Cette ontologie de la culture se fonde dans la distance que se donne l'individu dans sa culture et dans le dédoublement de celle-ci. Selon Fernand Dumont, la culture « existe seulement de manière dialectique, en opposition constante avec elle-même, comme la lumière se mêle à l'ombre pour que les objets nous apparaissent. » Dans ce dédoublement de la culture, Dumont conçoit ainsi une solidarité « initiale » qui se réalise dans une médiation dialectique s'opposant directement au positivisme moderne.
Distance et dédoublement de la culture
Selon Fernand Dumont, la culture est en soi dialectique, car elle se comprend à la lumière d'un dédoublement entre la culture dite « première » et la culture dite « seconde ». Ce dédoublement dans la culture est un constat ontologique chez Dumont, « parce que l'homme a besoin de se donner une représentation de ce qu’il est en se mettant à distance de lui-même. » La culture première, Dumont le dit directement, est un donné. Cependant, l'individu qui est submergé par la culture première a besoin d'effectuer une synthèse, de bien comprendre la distance qu'il peut construire avec cette culture, pour se révéler à lui-même d'abord et au monde ensuite, qu'il appartient à une culture singulière. Dumont le dit carrément : « il me serait impossible de dresser l'inventaire et de dégager la synthèse de cette culture première. C'est la culture elle-même qui, sans se livrer dans sa transparence mais en créant des objets seconds privilégiés, me permet à la fois de prendre distance vis-à-vis d'elle et d'avoir conscience de sa signification d'ensemble. » Pour Dumont, alors que la culture première est un donné et semble être « solidarité de la conscience avec elle-même et avec le monde », la culture seconde est un construit et « s'infiltre [pour sa part] par les fissures que la première veut masquer, elle suggère que la conscience ne saurait être enfermée ni dans le monde ni en elle-même ; de ce malaise, elle fabrique les fragments d'un autre monde. »
Entre ces deux cultures va ainsi se créer une distance dans laquelle est possible, pour Dumont, le processus de stylisation. En d'autres termes, « la stylisation, c'est donc aussi, en définitive, le rapport essentiel des deux cultures que nous avons distinguées. » Dans la conception dumontienne de la culture, cette distance est surtout envisageable par des « objets » insérés entre l'individu et le monde. La conception de deux mondes, de deux cultures est clarifiée dans ce passage : « si le journal m’apporte de l' information, comme on dit, ce n'est pas parce qu'il est le reflet du monde, mais parce qu'il est un objet inséré entre ma conscience et le monde et que, par là, il devient générateur d’un autre monde. » Désormais, cette distance entre les deux cultures permet de concevoir la pratique significative, soit en tant qu’événement, en s'inscrivant dans cette distance, soit en tant qu'avènement, en accentuant ou en rompant la distance. D'ailleurs, cette distinction entre événement et avènement est centrale pour la théorie générale de la culture de Dumont. Suivons-le un moment : « le mythe se masquait, comme la société où il (l'homme archaïque) régnait, la portée de l'action et de l'événement : il croyait recevoir d'un ailleurs le sens du monde. Désormais l'histoire est brisée en deux, selon les deux voies par lesquelles son sens peut lui advenir, et c'est sans doute pourquoi les avènements sont aussi pluralistes que les événements. »
Enfin, la conception de la culture chez Fernand Dumont engage directement vers une pensée dialectique qui se construit dans la distance entre la culture première et la culture seconde ; c'est d'ailleurs là qu'on peut situer le fondement de la théorie de la culture chez ce sociologue.
La mémoire collective comme solidarité ontologique
Une des manières d'aborder le concept de mémoire collective chez Fernand Dumont est certainement de le faire par le biais de sa conception de la culture développée dans L'avenir de la mémoire (1995).
Engageant une véritable visée synthétique, cet ouvrage écrit à la fin de sa vie permet d'aborder la culture directement dans la distance, de même que par la solidarité initiale entre l'individu et le monde qui en découle. Suivons-le dans cette étonnante page de ce petit livre : « Qu'en est-il de la culture? Celle-ci, tout au moins, ne devrait-elle pas être le lieu où l'histoire prend un sens pour les hommes ? De soi, elle est un héritage ; d'elle, nous recevons des moyens d'expression et d'action, un imaginaire et des croyances où nous nous reconnaissons une identité en même temps qu'une appartenance à la commune humanité. La culture est un legs qui nous vient d'une longue histoire et un projet à reprendre ; en un certain sens, elle n’est rien d’autre qu’une mémoire. »