Ce Jour-là

Ferhat Abbas

Homme politique algérien

Anúncio

Ferhat Abbas (en kabyle : Ferḥat Σebbas, en tifinagh : ⴼⵕⵃⴰⵜ ⵄⴱⴱⴰⵙ, en arabe : فرحات عباس) né le 24 août 1899 à Chahna (commune mixte de Taher, actuelle Oudjana) wilaya de Jijel et mort le 24 décembre 1985 à Alger, est un chef nationaliste et homme d'État algérien.

Initialement favorable à l’Algérie française, il change progressivement de position avant de devenir une figure majeure de la cause indépendantiste en Algérie.

Fondateur de l'Union populaire algérienne (UPA), et de l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), rallié au Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d'Algérie, président du premier gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de 1958 à 1961, il est élu président de l’Assemblée nationale constituante après l’indépendance mais démissionne rapidement. Opposant au pouvoir, il subit la répression et publie en 1984 L'Indépendance confisquée.

Ferhat Abbas est né le 24 août 1899 à Ouadjana, faisant alors partie de la commune mixte de Taher, dans la wilaya de Jijel. Son père était le caïd Saïd Ben Ahmed Abbas, qui fut commandeur de la légion d'honneur, et sa mère Maga Bint Ali. Sa famille, originaire de Tizi N'Bechar dans le nord-est de Sétif, a dû quitter la région après l'échec de la révolte menée en 1871 par Mohamed El Mokrani. Le grand-père est alors chassé de ses terres par les autorités françaises et reconduit à la condition de fellah. Condamné à être ouvrier agricole, il descend des Hauts-plateaux pour se rendre sur la côte.

Entré à l’école française à dix ans, Ferhat Abbas fait ses études primaires à Jijel et, bon élève, est envoyé à quinze ans avec une bourse pour poursuivre des études secondaires à Philippeville (actuelle Skikda). De 1921 à 1924, il fait son service militaire et, dès cette époque, écrit des articles pour différents journaux sous divers pseudonymes, dont « Kamel Abencérages ».

Étudiant en pharmacie à l’université d'Alger de 1924 à 1933, il est un membre actif de l’Amicale des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), dont il est vice-président en 1926-1927 et président de 1927 à 1931, date à laquelle il transforme l’amicale en association. Il est également élu vice-président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) lors du congrès d’Alger en 1930

Lutte contre l’idéologie coloniale

À la fin des années 1920, avant de se prendre d'admiration pour Léon Blum, Ferhat Abbas entretient une correspondance avec Charles Maurras. Il espérait que son nationalisme soit ainsi mieux compris par le penseur de l'Action française, qui condamnait la colonisation en vertu de son nationalisme intégral opposé à l'expansionnisme. Il fonde d'ailleurs l'Action algérienne association et journal qui prônent la démocratie dans les instances locales en Algérie.

Dans le cadre de la colonisation de l'Algérie, Ferhat Abbas est d’abord favorable à la politique d’assimilation avec un maintien du statut personnel, il milite activement au Mouvement de la jeunesse algérienne, qui réclame l’égalité des droits dans le cadre de la souveraineté française et développe sa propre pensée.

En 1931, il publie le livre Le Jeune Algérien, regroupant notamment ses articles écrits dans les années 1920, et dont la thèse se rapporte à la lutte contre la colonisation, pour assurer l’entente entre les Français et musulmans. Il dénonce notamment « cent ans de colonisation française ». Dans ce livre, il est aussi question d’« algérianité », de convoitise des colons, d’État algérien et d’islam : « Nous sommes chez nous. Nous ne pouvons aller ailleurs. C’est cette terre qui a nourri nos ancêtres, c’est cette terre qui nourrira nos enfants. Libres ou esclaves, elle nous appartient, nous lui appartenons et elle ne voudra pas nous laisser périr. L’Algérie ne peut vivre sans nous. Nous ne pouvons vivre sans elle. Celui qui rêve à notre avenir comme à celui des Peaux-Rouges d’Amérique se trompe. Ce sont les Berbères qui ont fixé, il y a quatorze siècles, le destin de l’Algérie. Ce destin ne pourra pas demain s’accomplir sans eux. »

Diplômé docteur en pharmacie en 1933, il s’établit à Sétif, où il devient rapidement une importante figure politique en devenant conseiller général en 1934, conseiller municipal en 1935 puis membre des Délégations financières (qui tiennent lieu d’Assemblée algérienne, mais avec des compétences limitées). Il adhère à la Fédération des élus musulmans du département de Constantine et devient rédacteur de son organe de presse, l’hebdomadaire L’Entente franco-musulmane (communément appelé « L’Entente ») ; très vite remarqué par son président, le docteur Bendjelloul, qui, en 1937, le promeut rédacteur en chef du journal.

C’est là que, le 23 avril 1936, il publie un article intitulé « La France, c’est moi », dans lequel il brûle les idoles nationalistes de sa jeunesse et affirme que les destins algériens et français doivent demeurer liés :

« Si j’avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste et je n’en rougirais pas comme d’un crime. Mais je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts, j’ai visité les cimetières, personne ne m’en a parlé. Sans doute ai-je trouvé l’Empire arabe, l’Empire musulman qui honorent l’islam et notre race, mais les Empires se sont éteints. On ne bâtit pas sur du vent. Nous avons donc écarté une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement notre avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays. »

Plus radical dans son combat et dans ses revendications, dénonçant notamment le « code de l’indigénat », Mohamed Bendjelloul fonde son propre parti en 1938, l’Union populaire algérienne. L’Entente devient alors un moyen d’expression politique pour Ferhat Abbas.

La période de la Seconde Guerre mondiale joue un rôle important dans l’évolution de Ferhat Abbas, en mettant un terme à ses espoirs d’« égalité dans le cadre d’une souveraineté française », le convainquant que le colonialisme était « une entreprise raciale de domination et d’exploitation » dans laquelle même les élites républicaines françaises les plus éclairées étaient entièrement impliquées.

Ferhat Abbas est engagé volontaire dans l’armée française en 1939, puis il tente de dialoguer avec le régime de Vichy. Le 16 décembre 1940, il demande, dans une lettre adressée au gouverneur général Jean-Marie Charles Abrial, à faire partie de la commission financière de l'Algérie.

Le 10 avril 1941, il adresse au maréchal Pétain, chef du régime de Vichy, un rapport intitulé « L’Algérie de demain », appelant son attention sur le sort des indigènes musulmans et réclamant prudemment des réformes : Pétain lui répond poliment, mais ne prend aucun engagement. Après le débarquement allié en Afrique du Nord, Abbas se tourne vers l’amiral Darlan, maintenu au pouvoir par les Alliés, mais ce dernier fait, pour le sort des musulmans comme pour celui des juifs d’Algérie, le choix de l’immobilisme.

Ferhat Abbas publie, le 10 février 1943, un manifeste demandant un nouveau statut pour l’Algérie, qui va beaucoup plus loin que ses précédentes requêtes : le « Manifeste du peuple algérien », suivi d’un additif en mai, un « Projet de réformes faisant suite au Manifeste du Peuple algérien » faisant notamment allusion à une « nation algérienne ». Le projet est alors soumis à la Commission des réformes économiques et sociales musulmanes tout juste créée par le gouverneur général Peyrouton. Mais son successeur, le général Georges Catroux, bloque le projet et rejette les initiatives prises par Ferhat Abbas qui est, de septembre à décembre, assigné à résidence à In Salah par le général de Gaulle, chef du Comité français de libération nationale.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Ferhat Abbas | World in Stories