Ferdinand Walsin Esterhazy, né le 16 décembre 1847 à Paris et mort le 21 mai 1923 à Harpenden en Angleterre, est un officier français.
Commandant au 74e régiment d'infanterie de ligne, sa trahison a été à l'origine de l'affaire Dreyfus.
Marie Charles Ferdinand Walsin Esterhazy est le fils du général Louis Joseph Ferdinand Walsin-Esterhazy (1807–1857), qui s’est distingué en commandant une division durant la guerre de Crimée, et de son épouse Marie Thérèse Zélie Dequeux de Beauval. Son grand-père paternel, Jean Marie Auguste Walsin-Esterhazy, né à Valleraugue dans le Gard, était le fils naturel de la comtesse hongroise Marie Anne Esterházy de Galántha qui eut une liaison avec Jean André César de Ginestous, maire de la ville du Vigan. Il a été adopté par le Dr Walsin, le médecin français de la famille princière austro-hongroise. Il a utilisé le nom d'Esterházy sans l'accord de la famille qui lui a intenté un procès, mais le tribunal lui a uniquement interdit de porter le titre de comte.
Né à Paris, Ferdinand Esterhazy est élevé en France et fréquente le lycée Bonaparte (devenu par la suite lycée Condorcet). Sans doute inspiré par une famille militaire (son oncle et son père étant généraux), il tente et échoue au concours de Saint-Cyr.
Il rejoint ensuite la Légion d’Antibes où il se mêle aux défenseurs de la papauté. Rapidement il est sous-lieutenant à titre provisoire. Il obtient ce grade de sous-lieutenant sans avoir été ni sous-officier ni être passé par une école militaire, « à titre étranger » avec ce grade dans la Légion étrangère.
Il prend part à la guerre de 1870. En 1874, il est nommé officier d'ordonnance du général Grenier, à Paris, où il s'illustre par ses spéculations boursières et par ses nombreuses liaisons. En 1877, il est affecté au Deuxième Bureau, chargé des renseignements sur les troupes ennemies. Il y fait la connaissance du capitaine Hubert-Joseph Henry et du capitaine Maurice Weil.
C'est à partir de 1894 qu'il commence ses activités d'espion à la solde des Allemands. Lié à l'attaché militaire allemand von Schwartzkoppen, il lui fournit des renseignements, vraisemblablement pour éponger ses dettes.
Le 6 février 1886, à Paris, Esterhazy épouse Anne-Marie de Nettancourt-Vaubécourt, avec qui il a deux filles :
Claire Marie Évérilda Walsin Esterhazy (1887-1963), actrice, connue sous le nom d'Hilda Robesca ;
Marie-Alice Armande Valentine Walsin Esterhazy (1889-1976), professeur de piano.
En 1895, succédant au colonel Jean Sandherr, le colonel Marie-Georges Picquart découvre qu'Esterhazy est l'auteur du bordereau de l'affaire Dreyfus. La hiérarchie militaire tente d'étouffer l'affaire. Quelques mois plus tard, Le Figaro publie des extraits de lettres d'Esterhazy à une ancienne maîtresse, Gabrielle de Boulancy. Dans l'une d'elles, il écrit : « Si un soir on venait me dire que je serais tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais certainement parfaitement heureux ».
En novembre 1897, Mathieu, le frère d'Alfred Dreyfus, écrit au ministre de la Guerre pour dénoncer Esterhazy comme l'auteur du bordereau. En effet, le coulissier Jacques de Castro a reconnu l'écriture de son client, le commandant Esterhazy.
Esterhazy demande alors lui-même à être jugé. Défendu par Me Maurice Tézenas, il comparaît devant un tribunal militaire, le 10 janvier 1898, à huis clos. Le conseil de guerre prononce à l'unanimité son acquittement. Émile Zola riposte à cet affront en publiant alors son fameux J'accuse… !
Remis en liberté le 12 août 1898, et réformé quelques jours plus tard, après la découverte du « faux Henry », Esterhazy s'exile à Londres. La presse et les caricaturistes d'alors s'acharnent sur son cas.
La grande chancellerie de la légion d'honneur l'exclut de l'ordre le 29 octobre 1898 et il est donc rayé des matricules. Il avait été fait chevalier de la légion d'honneur en 1882.
Dans son récit publié par le quotidien Le Matin en 1899, il affirme avoir écrit le bordereau « sous la dictée », en obéissant aux ordres de ses chefs, précisément « sur l'invitation du colonel Sandherr ».
En août 1899, le procès de Rennes s'ouvre, qui condamnera Dreyfus à dix ans de prison avec « circonstances atténuantes ». De 1903 à 1906, Esterhazy est le correspondant en Angleterre du journal antidreyfusard et antisémite La Libre Parole. En 1908, il est exilé dans la ville de Harpenden, dans l'est de l'Angleterre, et dissimule son identité sous le nom du comte Jean de Voilemont. De 1911 à 1917, il rédige des articles pour le journal L'Éclair.
Il meurt en 1923 à Harpenden, où il est enterré au cimetière de l'église St Nicholas, sous sa fausse identité de comte de Voilemont et avec une fausse année de naissance (1849), sans avoir été condamné.