Ferdinand-Philippe d'Orléans, né le 3 septembre 1810 à Palerme et mort le 13 juillet 1842 à Neuilly-sur-Seine, duc de Chartres puis (1830) duc d’Orléans et prince royal de France , est le fils aîné de Louis-Philippe Ier, roi des Français et de Marie-Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles.
Né à Palerme pendant l’exil de ses parents, il est prénommé Ferdinand, prénom inusité dans la maison d’Orléans, en hommage au roi de Sicile, Ferdinand Ier des Deux-Siciles, son grand-père, et porte à sa naissance le titre de duc de Chartres.
Le jeune prince, qui a trois ans au moment de la chute de Napoléon Ier, vient en France pour la première fois en 1814 et s'y installe définitivement en 1817. Son père le confie d’abord aux soins d’un précepteur, M. de Boismilon. À cinq ans, ses facultés intellectuelles semblent plus développées qu'elles ne le sont ordinairement : il parle et écrit en français et allemand, a des notions d'arithmétique, d'histoire et commence le latin. Puis son père le place au collège Henri-IV en 1819, voulant qu’il reçoive une éducation libérale, sur le pied de la plus complète égalité avec les autres élèves. Parmi eux, Alfred de Musset et Georges-Eugène Haussmann, avec qui il se lie d’amitié.
Après un voyage en Angleterre et en Écosse en 1819, il va rejoindre à Lunéville le 1er régiment de hussards, dont il vient d’être nommé colonel par Charles X (1824) et qui prend pour l’occasion la dénomination de hussards de Chartres.
En 1828 entre dans son administration Adolphe Asseline, son futur secrétaire qui deviendra celui de la duchesse d'Orléans et le conseiller de ses deux fils.
Un prince libéral et populaire
En 1830, le prince, qui n'a pas encore vingt ans, est en garnison à Joigny pendant les Trois Glorieuses. Il fait arborer la cocarde tricolore à son régiment, le 1er régiment de hussards (Hussards de Chartres) et l’amène en toute hâte au secours des Parisiens insurgés. Arrêté provisoirement à Montrouge, et bientôt relâché, il entre le 3 août dans Paris à la tête de ses hussards de Chartres.
Avec l'avènement de la monarchie de Juillet, il prend le titre de duc d’Orléans et devient prince royal. Son père le fait entrer au Conseil. De tempérament bouillant, le duc d'Orléans critique vertement le temps perdu à écouter palabrer les ministres (appelés familièrement babasses dans le cercle familial) et a de fréquents accrochages avec les doctrinaires, qu’il n’aime pas et vis-à-vis de qui il se veut l’interprète des sentiments de la jeunesse révolutionnaire. C’est pourquoi Casimir Perier exige, lorsqu’il accède à la présidence du Conseil en mars 1831, que le duc d’Orléans soit exclu du Conseil, auquel il cesse dès lors de participer.
En novembre 1831, le prince royal est envoyé, aux côtés du maréchal Soult, pour réprimer l’insurrection ouvrière de Lyon. Il s’acquitte de cette tâche difficile sans violence et parvient à apaiser rapidement les oppositions. Il y gagne une popularité certaine, que renforce son attitude lors de l’épidémie de choléra de 1832. Il n’hésite pas à se rendre auprès des malades les plus contagieux à l’Hôtel-Dieu, prenant des risques réels puisque Casimir Perier, qui l’accompagne, contracte quant à lui la maladie et en meurt.
Aux yeux du peuple et de la presse, il passe dès lors pour un prince généreux, sincèrement préoccupé du sort des plus démunis, et devient une sorte d’icône pour l’opposition dynastique d’Odilon Barrot, qui voit en lui le seul prince capable de concilier les aspirations démocratiques de la France moderne et l’héritage du passé monarchique.
Une brillante carrière militaire
En 1831, le duc d’Orléans part avec son jeune frère le duc de Nemours, pour aller faire ses premières armes sous les ordres du maréchal Gérard ; cette campagne ne fut guère qu’une promenade militaire. Entrés en Belgique en 1831, les princes s'empressent de visiter la plaine de Jemappes, où leur père a combattu en 1792.
L’année suivante, le duc d’Orléans rentre en Belgique avec le commandement de la brigade d’avant-garde de l'armée du Nord. Le 20 novembre 1832, il est devant la citadelle d'Anvers ; il commande la tranchée dans la nuit du 29 au 30 novembre. À l’attaque meurtrière de la lunette Saint-Laurent, il s'élance sur le parapet au milieu d’une grêle de projectiles de toute espèce pour diriger l’action et stimuler le courage des soldats.
En 1835, lorsque le maréchal Clauzel est renvoyé en Algérie comme gouverneur général, le duc d’Orléans demande à son père comme une faveur de l'accompagner pour combattre l’émir Abd El-Kader. Il participe avec l’armée de Clauzel à la bataille de l'Habrah, où il est blessé, à la prise de Mascara en décembre 1835, puis de Tlemcen en janvier 1836. Il rentre à Paris tout auréolé de gloire militaire.
À l’automne 1839, le duc d’Orléans repart pour l’Algérie pour réaliser, avec le maréchal Valée, la prise de possession par la France de la partie intérieure du pays, entre Constantine et Alger. Partie de Constantine le 16 octobre, trois jours après le deuxième anniversaire de la prise de la ville, la fameuse chevauchée gagne Alger le 2 novembre en passant par Sétif et le défilé des Portes de Fer. Abd el-Kader y voit une violation du traité de Tafna et déclenche la guerre sainte contre les Français. S’enclenche ainsi une escalade qui aboutira à l’occupation totale de l’Algérie par la France.
En mars 1840, le duc d'Orléans part encore une fois pour l'Algérie, emmenant avec lui le duc d'Aumale, son jeune frère, dont il dirige les premiers travaux militaires. Aux combats de l'Affroun, de l’Oued'Ger, du bois des Oliviers, il est chargé de diriger les dispositions d’attaque à la prise du Teniah de Mouzaïa. Il est rappelé en France après cette campagne.
Ce passé militaire brillant ne fait qu’accroître la popularité et le prestige du duc d’Orléans, qui consacre également ses soins à la réorganisation et à l’agrandissement des forces militaires du pays ainsi qu'à l’amélioration physique et morale des soldats. Il est notamment le fondateur des bataillons de chasseurs en créant à titre expérimental le 14 novembre 1838, avec l'aide de Charles d'Houdetot, une unité d’infanterie spéciale, pour expérimenter de nouvelles tactiques d’infanterie légère, la "Compagnie de chasseurs d'essai", casernée au Fort de Vincennes à Paris d'où leur autre dénomination de "Chasseurs de Vincennes" ou "Tirailleurs de Vincennes". L'essai étant concluant et cette unité ayant fait ses preuves lors de la conquête de l'Algérie, dix bataillons de chasseurs à pied non enrégimentés sont créés le 28 septembre 1840. À la suite de la mort prématurée de Ferdinand-Philippe d'Orléans, leur parrain, tous les bataillons de chasseurs à pied sont renommés le 13 juillet 1842 en "chasseurs d’Orléans", dénomination qu'ils garderont jusqu’à l’avènement de la Deuxième République, en 1848, où ils reprendront celle de "chasseurs à pied".
Ferdinand-Philippe d'Orléans jette aussi les bases d’une Histoire des Régiments, entreprise par ordre du ministre de la guerre, et écrit lui-même en partie celle de deux régiments qui s’étaient trouvés sous ses ordres : Le 1er régiment de hussards (Hussards de Chartres) et le Bataillon des chasseurs de Vincennes.