Frederic Mompou i Dencausse, né le 16 avril 1893 à Barcelone et mort le 30 juin 1987 dans la même ville, est un compositeur et pianiste espagnol.
Frederic Mompou est né à Barcelone le 16 avril 1893, dans une Barcelone artistique et industrielle en pleine mutation, que ce soit en poésie (Sagarra), en architecture (Gaudí) ou en peinture (Picasso, Miró). Il étudie le piano à Barcelone, au conservatoire du Liceu avec le professeur Pedro (Pere) Serra. Il donne son premier récital en 1908. C'est en 1909, à la suite d'un concert donné par Gabriel Fauré, qu'il décide de devenir compositeur.
Son premier contact avec les études musicales est difficile. En 1911, il arrive à Paris avec une lettre de recommandation d'Enrique Granados afin d'entrer au conservatoire, alors dirigé par Gabriel Fauré, afin d'étudier principalement la composition. Mais sa timidité le pousse à s'enfuir avant son tour. Il s'engage alors comme auditeur libre au conservatoire et assiste aux leçons de Louis Diémer (piano) et Émile Pessard (composition), qu'il juge trop formel et incapable de rendre possible son épanouissement.
Il se présente ensuite à Isidor Philipp, qui le recommande à Ferdinand Motte-Lacroix, avec qui une amitié réciproque va s'établir. Parallèlement, il prend des leçons d'harmonie avec Marcel Samuel-Rousseau, mais, là encore, l'enseignement trop rigide le rebute et il décide de ne pas continuer dans cette direction.
En 1913, le service militaire le contraint à rentrer à Barcelone, où il reste jusqu'en 1920. C'est à cette période qu'il compose ses premières œuvres pour piano : Impresiones íntimas, Cants Màgics, Scènes d'Enfants, Pessebres, Suburbis, Fêtes lointaines, Charmes, Trois variations et L'Hora grisa et la première « chanson et danse ». C'est également durant cette période que ses idées esthétiques prennent forme. Il s'oppose au « cérébralisme » et cherche la clarté, le naturel, la sincérité et le dépouillement. Il utilise beaucoup de quintes répétées au caractère primitiviste.
Il revient à Paris en 1921, où il donne sa première audition le 15 avril. Le jour suivant voit la publication d'un article enthousiaste d'Émile Vuillermoz dans Le Temps. En 1923, il s'installe à Paris où il restera jusqu'en 1941 sans pour autant changer son mode de vie ni mener une existence mondaine. Il est cependant en relation avec la « haute société » et des personnalités des arts et des lettres comme Paul Valéry, dont il utilisera les textes dans certaines de ses compositions, ou Heitor Villa-Lobos, Francis Poulenc et Darius Milhaud.
Durant ce séjour, sa production se ralentit, mais il compose néanmoins les Chansons et danses no 1 à 4, les Préludes no 1 à 6, Dialogues, Souvenirs de l'Exposition, les Variations sur un thème de Chopin, Cançoneta incerta, Trois comptines et Quatre mélodies.
En 1941, il retourne définitivement à Barcelone où il termine son œuvre à la suite d'une nouvelle période de création liée notamment à sa rencontre avec la pianiste catalane Carmen Bravo, qu'il épousera en 1957. En 1978, une hémorragie cérébrale le contraint à cesser de composer. En 1980, il reçoit la Médaille d'or du mérite des beaux-arts par le Ministère espagnol de l'Éducation, de la Culture et des Sports.
Federico Mompou meurt le 30 juin 1987 à l'âge de 94 ans. Son épouse meurt en 2007.
Sa musique est principalement dédiée au piano. Son écriture parcimonieuse se situe à l'opposé de la musique grandiose de Richard Wagner, mais plutôt dans les traces de Johannes Brahms et César Franck, et des nationalismes musicaux russes (comme Alexandre Scriabine qui fascinait Mompou) et espagnols (démarrés par Felipe Pedrell, musicologue du folklore, puis repris par Enrique Granados, Manuel de Falla et Isaac Albéniz). Claude Debussy et ses dissonances ainsi que Maurice Ravel et Erik Satie ont également eu une influence importante. Tout comme eux, il n'aime pas le développement et le remplissage. Cependant, il « fuit le plus possible l'impressionnisme », bien que ses pièces composées de 1914 à 1921 aient conduit Émile Vuillermoz à le surnommer « le Debussy espagnol ».
Il ne se définit pas comme un compositeur, mais comme un musicien. Il refuse la musique atonale et la musique sérielle à la mode dans les années 1940 et popularisées par Arnold Schönberg. Au contraire, il compose une musique intimiste de manière instinctive, avec comme idéal esthétique le critère de beauté. Il se décrit également comme un « primitif », et n'hésite pas à supprimer les armatures et les barres de mesure.
Roger Prevel dit de lui qu'il est « sans doute le plus grand musicien espagnol depuis Manuel de Falla. », et que sa musique est « aussi colorée que réduite à l'essentiel. » Vladimir Jankélévitch quant à lui relève plusieurs points communs avec la musique de Déodat de Séverac, en particulier la présence d'accords avec sixte ajoutée ou le thème des paysages. Sa musique joue beaucoup avec la résonance des harmoniques qui dégagent les fondamentales.
Les grands-parents maternels de Mompou, originaires de Tarbes, étaient fondeurs de cloches. On retrouve dans son œuvre de nombreuses allusions à ce thème, comme dans « La fontaine et la cloche », « Música callada » (numéros 5, 8 et 9) ou encore dans le dernier « charme », « Pour appeler la joie ».
Les Impresiones íntimas sont les premières œuvres composées par Frederic Mompou, entre 1911 et 1914, lors de son premier séjour à Paris. Elles sont caractérisées par l'utilisation de la transposition pour éviter la monotonie. On peut y distinguer l'influence d'Erik Satie, particulièrement dans Secreto.
La première, intitulée initialement Adeu (« Adieu ») a été renommée Planys (« Plainte »), est composée d'un thème unique exposé trois fois avec des variations, et ne comporte pas de barres de mesure, contrairement aux pièces suivante du même recueil. Les trois pièces suivantes portent le même nom et sont suivies de Pajaro triste (« Oiseau triste »), inspirée par l'histoire d'un chardonneret, La Barça (« La barque »), rappelant « le balancement sans véhémence d'une embarcation » selon Roger Prevel, puis Cuna (« Berceau »), une berceuse, Secreto, une danse obstinée, et finalement Gitano, qui est la seule pièce du recueil à utiliser le folklore méridional, et est inspirée d'un accident de voiture sans gravité avec un vieil homme bon et résigné.
Les Pessebres (« Crèches »), composées de 1914 à 1917, décrivent une tradition catalane semblable aux santons de Provence. Les trois pièces, constituées d'inflexions modales, sont assez homogènes. La « Danse », soutenue et vive, évoque un motif populaire, alors que le Pastor (« Berger ») est un personnage de la crèche qui avance « d'un pas mesuré [vers] un lieu reposant. » Finalement, l'« Ermitage » est serein et contemplatif, laissant deviner des sons de cloches.
Mompou a composé les Scènes d’enfants entre 1915 et 1918 pour « éterniser ses promenades d'autrefois. » Réminiscences de chansons populaires catalanes, elles sont divisées en trois parties : « Cris dans la rue », « Jeux sur la plage » et « Jeunes filles au jardin », évoquant un monde ludique.
Dans « Cris dans la rue », on retrouve trois thèmes populaires : un mouvement perpétuel rigoureux et obsédant, une chanson des rues et finalement une valse lente sur la mélodie populaire Filla del Marxant. Jeux sur la plage I, II et III évoquent des appels et des balles lancées sur une plage. Finalement, « Jeunes filles au jardin », reprenant le thème Filla del Marxant, évoque un pas de danse en rêvant d'un prince charmant. Elle est inspirée par un souvenir de Mompou : une balade en montagne dans le lit d'un torrent. En haut du ravin, un mur, derrière lequel il imaginait l'existence du jardin et des jeunes filles. Plus tard, l'auteur découvrira un jardin romantique du XIXe siècle.