Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud (en arabe : فيصل بن عبدالعزيز آل سعود), né le 14 avril 1906 à Riyad (Émirat de Riyad) et mort le 25 mars 1975 dans cette même ville est un diplomate et homme d'État saoudien, roi d'Arabie saoudite de 1964 jusqu'à son assassinat en 1975. Avant son accession au trône, il sert comme prince héritier de 1953 à 1964 et comme régent de son demi-frère, le roi Saoud, pendant une brève période en 1964. Il est le troisième des fils du roi Abdelaziz, le fondateur de l'Arabie saoudite contemporaine, et le deuxième à être roi.
Fayçal est le fils d'Abdelaziz et de Tarfa bint Abdallah (en) de la lignée des Al ach-Cheikh, qui fournit traditionnellement au royaume ses savants (ouléma) wahhabites les plus influents. Sous le règne de son père, Fayçal devient une personnalité politique de premier plan, accédant à la vice-royauté du Hedjaz en 1926, à la direction du Conseil consultatif la même année et à celle du ministère des Affaires étrangères en 1930. En 1954, il est nommé Premier ministre et utilise cette position pour abolir l'esclavage en Arabie saoudite (en) en 1962. En 1964, épaulé par d'autres membres de la famille royale et le grand moufti Mohammed ben Ibrahim Ali Al ach-Cheikh, il parvient à faire destituer son demi-frère Saoud.
Une fois roi, il lance une politique de modernisation et de réforme. Les principaux thèmes de sa politique étrangère sont le panislamisme, l'anticommunisme et la défense de la cause palestinienne, qu'il place au cœur de la rhétorique saoudienne avec Ibrahim ben Mohammed Al ach-Cheikh. Critiquant le soutien apporté par les pays occidentaux à Israël, il dirige l'embargo à l'origine de la crise pétrolière de 1973. Cette décision, qui renforce l'économie et le prestige de l'Arabie saoudite, ainsi que ses nombreuses réformes bureaucratiques et fiscales contribuent à en faire l'un des dirigeants saoudiens les plus populaires.
Fayçal né à Riyad est le troisième fils du fondateur de l'Arabie saoudite, Ibn Saoud. Sa mère, Tarfa bint Abdallah Al ach-Cheikh (en), est la sixième épouse d'Ibn Saoud, qui l'a épousée en 1902 après la capture de Riyad, et la fille d'un des principaux conseillers et enseignants de la famille des Saoud.
Après la mort de sa mère, cinq mois après sa naissance, Fayçal est élevé par sa grand-mère maternelle et son mari le cheikh Abdallah ben Abdel Latif Al ach-Cheikh (en). Il passera son enfance dans un vieux palais de Riyad avec ses deux frères aînés, Turki et Saoud. Son père étant absorbé par ses activités politiques et militaires, ce sont ses deux frères qui le forment au maniement des armes et à l'équitation. Son grand-père lui apprend quant à lui le Coran et la poésie.
Étant l'un des aînés d'Ibn Saoud, Fayçal fut chargé de nombreuses responsabilités durant la quête du roi pour la consolidation de son pouvoir. Dès 1919, il représente son père, alors wali du Nejd, aux négociations qui aboutiront au traité de Versailles. Âgé de treize ans, il est assisté dans son voyage par l'un de ses cousins, Ahmad Al Thunayan (en), qui avait déjà une expérience politique. Sa tournée européenne débute à Plymouth le 14 octobre 1919, il s'agit alors de sa première apparition sur la scène internationale. À Londres, il est reçu avec sa suite comme « Délégation de l'Arabie centrale » ; quant à lui, on lui reconnaît le titre de prince et le rang d'Altesse royale.
Son voyage en Europe a plusieurs objectifs. Il doit d'abord mettre fin à l'animosité existant entre sa famille et celle du Chérif Hussein, tracer une frontière définitive entre le Hedjaz et le Nejd et enfin trouver un accord politique avec les Britanniques pour que ceux-ci ne s'opposent plus à la domination de la dynastie sur la péninsule. À Paris, les Britanniques tentent d'organiser une rencontre entre lui et Fayçal ibn Hussein. Il ne participera pas directement à cette entrevue, puisqu'il sera représenté par son cousin Thunaiyan. Les pourparlers seront de courte durée, la délégation husseinite n'étant pas prévenue de la venue des gardes du corps des Saoud — les Ikhwans —, il refuse de discuter avec eux, provoquant un incident diplomatique et la fin des négociations.
De retour en Arabie, son père le place à la tête d'expéditions militaires. Il fait ses premières armes avec le général Khaled ben Louay (ar), avec qui il devra notamment faire reconnaître aux Idrissides de l'Asir la suzeraineté des Saoud sur Abha, la Tihama et le Nord de l'Asir (1921 et 1924). En 1925, Fayçal, à la tête d'une armée de loyalistes saoudiens, remporte une victoire décisive au Hedjaz, dont il est nommé vice-roi un an plus tard. Neuf ans plus tard, les relations se tendent entre les Saoud et le Yémen gouverné par l'imam Yahia, entraînant un conflit militaire ouvert entre les deux pays (en).
En 1934, la crise entre le Yémen de l'imam Yahia et le roi Ibn Saoud éclate. Un différend régional oppose les deux hommes, chacun revendiquant la souveraineté sur la province de l'Asir. Devant l’incursion répétée des Yéménites dans cette province, le roi Saoud décide de lancer une grande campagne militaire contre le Yémen.
L'armée est alors divisée en trois corps, le premier est commandé par Fayçal, il aura pour objectif de s'emparer des villes de Harad (ar) et d'al-Hodeïda, le plus grand port du pays. Le second est commandé par le roi, qui se chargera de prendre Najran. Quant au troisième c'est un Ikwan qui est à sa tête, Khaled ben Mohammed (en). Celui-ci devra prendre Sanaa, la capitale du pays.
Devant cette invasion, les Anglais et les Italiens envoient leurs navires de guerre, et ouvrent dans le même temps des négociations avec le roi. Fayçal prend en main les négociations, et parvient à trouver une sortie à cette crise. Il obtient que l’Asir soit rattaché au domaine de la famille Saoud, que le Yémen offre d’importantes compensations financières, et qu'enfin le royaume d'Arabie saoudite soit reconnu.
Ce succès diplomatique inespéré permet non seulement au royaume d’être reconnu par les Européens, mais également de sortir le pays de la déroute financière dans lequel il se trouvait. En reconnaissance de ses bons et loyaux services, Fayçal devient le premier ministre des Affaires étrangères de l'État saoudien nouvellement créé, poste qu'il conservera jusqu'à sa mort.
Ministre des Affaires étrangères
Devenu ministre, c'est sous son influence que le roi Ibn Saoud accepte l’invitation du président américain Roosevelt sur le croiseur USS Quincy. Le pacte du Quincy permet aux Saoudiens de se placer dans l'orbite économique et militaire américaine. Ils cèdent l'exploitation de leurs ressources pétrolières aux États-Unis contre la protection de leur royaume. Cet accord stratégique a permis à Fayçal de mettre en pratique sa politique de rapprochement arabo-américaine qu'il prônait depuis plusieurs années.
Lors de la fondation de l'ONU en 1945, il salue à nouveau le rôle des États-Unis au Moyen-Orient. À la tribune de l'Assemblée, il rend hommage à l'opposition américaine à toutes les formes de colonisation et fait part de sa pleine et entière confiance en la politique des États-Unis. C’est une nouvelle occasion pour lui de faire l'éloge de la solide amitié américano-saoudienne.
En 1947, à la suite des nombreux conflits opposant nationalistes, sionistes et Arabes palestiniens, les Britanniques décident d’abandonner leur mandat en Palestine. L'abandon du mandat entraîne une profonde inquiétude chez les Arabes. Ils craignent en effet que les sionistes profitent du départ des Britanniques pour proclamer leur État.
Fayçal est choisi par les délégations arabes à l'ONU pour les représenter. Il tente de rassurer les diplomates très inquiets d'un soutien des puissances occidentales aux sionistes. Il leur assure que les Américains ne reconnaîtront aucun « État d’Israël », il en veut pour preuve ses nombreux contacts avec la diplomatie américaine et notamment avec l'ambassadeur et conseiller pour les affaires du Proche-Orient de la délégation américaine à l'ONU George Wadsworth (en). Il va jusqu'à s'en porter garant devant les diplomates arabes.