Fayçal ben Hussein al-Hachimi (en arabe : فيصل بن الحسين الهاشمي), né le 20 mai 1885 à La Mecque et mort le 8 septembre 1933 à Berne, est, sous le nom de Fayçal Ier, le premier roi d'Irak de 1921 à sa mort, après avoir été le premier et unique roi de Syrie du 7 mars au 24 juillet 1920. Il est le fils de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque et roi du Hedjaz.
Fayçal a favorisé l'unité entre les musulmans sunnites et chiites, encourageant ainsi leur loyauté commune au panarabisme, avec l'objectif de créer un État arabe qui inclurait l'Irak, la Syrie et le reste du Croissant fertile. Parvenu au pouvoir, il a tenté de diversifier son administration en y incluant différents groupes ethniques et religieux.
Origines familiales et Jeunesse (1885-1908)
Fayçal est né à La Mecque, alors contrôlée par l'Empire ottoman, dans l'actuelle Arabie saoudite. Il fait partie de la lignée hachémite qui remonterait au prophète Mahomet. Sa famille contrôle les lieux saints de l'islam de manière ininterrompue du Xe siècle à 1924 et retire de ce fait un grand prestige dans le monde musulman. Fayçal est le 3e fils du chérif avec deux aînés : Ali (né en 1879) et Abdallah (né en 1882). Il a aussi un jeune demi-frère, Zaïed (né en 1898). Les rapports entre les enfants et leur père sont marqués par une extrême rigidité protocolaire. Il est fréquent que les enfants du chérif signent leurs correspondances par « Votre esclave » quand ils s'adressent à leur père.
Après une partie de son enfance passée au Hedjaz, il suit son père et ses frères quand son père Hussein est appelé, en 1892 à vivre en résidence surveillée à Constantinople par le sultan Abdulhammid II. Les raisons de cette invitation quelque peu forcée sont peu claires. Il semble que la Sublime Porte et ses fonctionnaires soupçonnaient Hussein de conspirer afin de renverser son oncle, l'émir Awn-al-Rafiq, alors chérif en titre. Il semble également que Hussein avait déjà tissé des liens avec certains officiers anglais en poste à Djeddah. Un agent du gouvernement d'Abdülhammid, Ratib Pacha, est envoyé au Hedjaz tirer cette affaire au clair. En février 1892, Hussein est formellement invité à se rendre à Constantinople.
Un an plus tard, en mars 1893, Fayçal, ses frères, sa grand-mère maternelle et trente-deux femmes de la suite d'Hussein embarquent à Djeddah, à bord du Izzedine, en direction de la capitale ottomane. Le jeune Fayçal reçoit une éducation soignée à Constantinople, où Safwat al 'Awa, un lieutenant seconde classe d'origine damascène, est désigné par rescrit impérial pour être le tuteur de Fayçal. Ce précepteur a à cœur que les jeunes hachémites maîtrisent parfaitement le turc et leur interdit de s'exprimer en arabe devant lui.
Outre la géographie, l'arithmétique, l'histoire, Fayçal apprend également le français, et quelques rudiments d'anglais. Son père prend personnellement en charge son apprentissage de l'arabe, notamment à travers la lecture du Coran. Cependant, un diplômé de l'Université islamique d'Al-Azhar, Cheikh Muhammad Qadhib Alban, est désigné par son père pour l'élever dans la foi islamique. Il ne revient dans son pays natal que quand son père récupère son poste d'émir et chérif de La Mecque en 1908.
Premières expériences militaires au Hedjaz (1908-1912)
Dès son retour, Hussein doit assumer sa charge de Chérif, consistant à assurer la sécurité des pèlerins vers la Mecque (souvent menacé par le brigandage des bédouins) mais aussi sécuriser les frontières sud et est du Hedjaz. À l'est, le sultan du Nejd adopte une politique expansionniste et au Sud, un prédicateur de la lignée des Idrissides, Muhammad ibn Ali al-Idrissi (en), se soulève contre les Ottomans et proclame un émirat autonome. Le Chérif Hussein ainsi que les puissances européennes présentes dans la région (Grande-Bretagne et Italie) s'inquiètent de cette déstabilisation.
Les forces d'Al-Idrissi mettent le siège devant Abha, seulement défendue par une petite garnison turque. Les Ottomans se résolvent à demander le soutien militaire de Hussein pour lever le siège. Le 15 avril 1911, Hussein, ainsi que ses deux fils cadets, Abdallah et Fayçal, partent à la tête d'une colonne de 3 000 soldats pour venir au secours des assiégés. Fayçal commande la cavalerie.
Les forces turco-hedjaziennes sont prises dans une embuscade dans la localité de Quz et souffrent des pertes importantes mais remportent quelques jours plus tard une importante victoire contre les rebelles. Le 17 juillet 1911, Hussein, Fayçal et Abdallah font une entrée triomphale dans Abha et sont acclamés à Taëf au mois d'août. Vers la fin de la campagne militaire, Fayçal contracte une forme grave de la malaria, ce qui l'affaiblit pour plusieurs mois.
Député du Hedjaz au parlement ottoman (1912)
La politique ottomane : The big stick election
Après une défaite électorale lors d'une législative partielle à Constantinople, le parti nationaliste turc, Parti union et progrès, voyant sa popularité menacée prend l'initiative de convoquer des législatives anticipées en avril 1912, à peine trois ans après celles de 1908. Les Jeunes-Turcs investissent toute la puissance de l'appareil partisan mais également de la puissance de l’État ottoman pour s'assurer une victoire massive. Les commentateurs anglophones baptisent cette élection the Big Stick election. Le Comité rafle 269 sièges sur 275 après une campagne féroce, centrée sur le débat autour de la décentralisation (le Parti union et progrès est d'orientation centralisatrice, tandis que l'Entente libérale (en) promeut un transfert de compétence vers les régions), la place de la norme islamique dans la société ainsi que la place des minorités dans le système constitutionnel.
Grâce au soutien des notables locaux et l'influence de son père, alors Chérif de la Mecque, Fayçal devient, à 20 ans, député pour la circonscription de Djeddah, avec son frère Abdallah (député de La Mecque). Leur rôle consiste essentiellement à tenir leur père au courant de l'actualité politique à Constantinople et prendre le pouls de l'opinion publique : Thomas Edward Lawrence déclare à ce sujet :
« Dès son retour Hussein se mit sur-le-champ à restaurer discrètement la puissance de son émirat (…) tout en gardant des contacts étroits et amicaux avec Constantinople par le truchement de son fils Abdallah, vice-président du parlement turc et son fils Fayçal, député de Djeddah. Ceux-ci le tinrent au courant de l’opinion dans la capitale jusqu'à la déclaration de guerre : alors ils se hâtèrent de rentrer à la Mecque. »
Situation du Hedjaz par rapport à la Sublime Porte
Au début du XXe siècle, le chérif, même s'il jouit d'une grande autonomie vis-à-vis du pouvoir de Constantinople craint de plus en plus les velléités centralisatrices de la politique des Jeunes-Turcs arrivés au pouvoir en 1908. Le projet d'une extension de la ligne de chemin de fer du Hedjaz jusqu'à La Mecque (dont le terminus originel est Médine) pousse Hussein à entrer en contact avec les nationalistes syriens de Damas et les Anglais du Bureau arabe du Caire.