Ce Jour-là

Fanny Viollet

Artiste plasticienne française

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Fanny Viollet est une artiste plasticienne française née en 1944 à Angoulême, qui vit et travaille à Paris dans le 2e arrondissement. Elle a élu comme medium exclusif le travail du fil, et les techniques créatives traditionnellement liées à l'univers féminin, la couture, le tricot, la broderie, ce qu'on nomme vulgairement les "ouvrages de dames". Plasticienne du fil, elle s'attache à en développer tout le potentiel créatif, et aussi à faire revivre la mémoire d'une condition féminine aliénée, qu'elle interroge dans une perspective originale et positive.

Fille unique, Fanny Viollet, née Christiane Chevalier, voit le jour à Angoulême (Charente) le 22 février 1944, d'un père tourneur-fraiseur et d'une mère couturière, elle-même fille d'une brodeuse. À six ans, elle déménage à Toulon où son père a trouvé un emploi de mécanicien dans la marine marchande. À l'âge de dix ans, elle y est mise une année en pension, puis, au gré des opportunités professionnelles du père, la famille s'installe successivement à Marseille, puis à Courville-sur-Eure, dans les environs de Chartres.

C'est à Marseille que Christiane connaît sa première « grande émotion artistique » en découvrant l’œuvre de Picasso lors d'une sortie scolaire au Musée Cantini, qui présentait en cette année 1959 une grande rétrospective du peintre. Sa première réaction est celle d'une artiste : « On a le droit de faire ça ! » À quinze ans, l'art est pour elle une échappatoire à une ambiance familiale étriquée et sans affection qu'elle subit de plus en plus difficilement. Il lui faut attendre ses 18 ans pour prendre sa liberté : en 1962, elle passe à Chartres le concours de l’École Normale, soit quatre ans d'études en internat, et aussi son permis de conduire, malgré l'opposition de ses parents qui n'ont jamais eu de voiture. Cette mobilité nouvelle lui permet de se rendre régulièrement à Paris, où elle s'inscrit à Jussieu pour un cursus de mathématiques, tout en suivant par correspondance des cours d'Histoire de l'art. Elle enseigne quelque temps les mathématiques et la physique à Chartres, puis elle rejoint à Dijon France Volatier, son futur mari, étudiant en Lettres modernes qu'elle épouse en 1966, abandonnant son poste d'enseignante. Elle fera avec lui quatre enfants en cinq ans, de 1968 à 1972 : Luc, Sophie, Martin et Benoît. À Dijon, où elle a aussitôt repris ses études d'art en licence d'Histoire de l'art et d'archéologie, Christiane connaît sa seconde grande expérience formatrice, source de sa constante fascination pour la démarche archéologique, et pour l'objet trouvé : elle participe aux campagnes de fouilles du sanctuaire gallo-romain des sources de la Seine, et à la découverte de centaines d’ex-votos en bois sculpté offerts par les pèlerins à la divinité du fleuve : « un trésor dans un tas d'ordures. »

En 1974, elle part s'installer avec ses enfants pour quatre ans en Mauritanie, à Nouakchott, où son mari vient d'être muté comme coopérant. Là, elle découvre une civilisation où le tissu est un art de vivre radicalement nouveau pour elle, à mille lieues de l'univers cloisonné, physiquement et mentalement, dans lequel elle avait grandi : « plus de murs pour abriter les corps, mais de grands pans de tissus qui battent au vent et mettent le foyer sous tente, au beau milieu du désert. (...) Fanny Viollet ponctue le temps de la pointe de son aiguille, assemblant ses premières pièces de tissu à l'unisson des artisans locaux, artistes ignorés des grands cours magistraux occidentaux. » (Magali Nachtergael). Elle se met à créer, absorbant le vocabulaire décoratif mauritanien, dont elle utilise les motifs et les matériaux dans ses premiers collages, exposés en 1978 par la directrice du Centre culturel français. Ces quatre années dans le désert cristallisent les aspirations de Christiane Chevalier, vers l'art et vers une totale indépendance esthétique et personnelle. Elle divorcera en 1982, et se fera désormais connaître sous son nom d'artiste : Fanny Viollet.

Dès son retour en France en 1980, elle décide de s'installer à Paris, rue du Vertbois, et elle s'inscrit aussitôt à l’École des Arts de la Sorbonne, la Faculté Saint Charles, oùl'enseignement est orienté vers la pratique. Ses professeurs sont principalement des artistes, dont les préoccupations en cette fin des années 1970 auront une influence décisive sur l'artiste en devenir qu'est alors Fanny Viollet : Michel Journiac, grande figure du Body art, dont les installations et les photographies explorent et interrogent les dispositifs, les vêtements en particulier, qui répriment et contiennent l'expression corporelle, et Maurice Lemaître, un des animateurs du mouvement lettriste, dont Fanny retiendra sa synthèse de l'art et de l'écriture, et aussi son goût des happenings avec participation des spectateurs. Elle fréquentera également un de ses professeurs d'Histoire de l'art de Dijon, Paul Armand Gette, créateur indépendant fasciné par la méthode scientifique, la nature, l'érotisme, les mythes. De toutes ces influences, Fanny Viollet retiendra ce qu'elle résumait jadis devant les Picasso du musée Cantini : « On a le droit de faire ça ! ». Elle absorbe également les grandes tendances de l'art international, Arte povera, Nouveaux réalistes, Supports/Surfaces, Art conceptuel, performances, land art, qui toutes l'encouragent à élaborer sa voie propre en toute liberté.

Sans jamais militer, Fanny Viollet affirmera toujours sa révolte contre le moindre égard accordé au travail des femmes artistes, et contre l'injustice profonde de la condition faite aux femmes en général. Un constat qu'elle partage avec Fabienne Dumont1, la chercheuse Linda Nochlin ou encore le collectif Guerilla Girls. Elle sera également très attentive aux manifestations d'artistes féminines qui se réapproprient le travail du fil, notamment dans le cadre du salon Féminie-Dialogue qui se tient depuis 1975 à l'UNESCO, et qui présente tous les ans une section consacrée à l'art textile. Inspiratrice de cette initiative, la critique et historienne de l'art Aline Dallier le présente ainsi : « Le nouvel art textile dynamise la mémoire des pratiques domestiques et rassemble les premiers éléments d’un contre-savoir de femmes. »

Cette phrase est tirée de la thèse de doctorat qu'Aline Dallier soutient en 1980 sur l’art textile à l’Université de Paris VIII (Vincennes), la première en France à être consacrée aux femmes dans l’art. Simultanément, Fanny Viollet entreprend en cette même année 1980 un singulier mémoire de maîtrise d'arts plastiques, couronnement de ses études universitaires, qui marque aussi son adhésion définitive à l'art textile : un travail consacré aux lettres brodées au point de croix, et dont la troisième partie est entièrement réalisée en broderie. Salué d'une mention "très bien", ce mémoire souligne ce qui distingue Fanny Viollet de ses devancières : une technique aiguisée, créative, rigoureuse et obstinée, qui lui permet d'absorber, de comprendre et de libérer le savoir-faire hérité de sa mère couturière et de sa grand-mère brodeuse. Radicale, Fanny Viollet se consacre alors exclusivement au travail du fil, et pratique tout d'abord cette broderie au point de croix qui est l'objet de sa thèse, technique élémentaire qu'elle aborde dans une perspective à la fois formelle et ethnologique, sa créativité se chargeant d'effectuer la synthèse entre ces deux pôles - par exemple, en considérant et en travaillant autant l'endroit que l'envers de la broderie, « où s'inscrit le brouillon de tout ce qui est oublié. »

Cette double démarche, rigoureuse et poétique, est une constante de l’œuvre de Fanny Viollet, un des secrets de sa créativité et de sa capacité de renouvellement. En point de croix et au fil rouge, elle réalise ainsi à cette époque ses Abécédaires, identiques au recto, différents au verso : le travail en série est une autre constante de son travail, tout comme l'écriture, quasi omniprésente dans ses œuvres, et le livre. Elle s'initie en autodidacte à la reliure. Elle fait alors la connaissance par l'intermédiaire de Paul Armand Gette du libraire et bibliophile Jean Belias, et commence à recevoir par l'intermédiaire de ce dernier des commandes de livres et de textes brodés. Admirateur de son œuvre et auteur de nombreux textes de ses catalogues, l'écrivain et critique d'art Gilbert Lascault les dénombre ainsi en 1986 : « Depuis 1979, Fanny Viollet aurait achevé 11 livres en un exemplaire, 6 livres en deux exemplaires, 1 livre en trois exemplaires. Elle continuerait à en imaginer, à en fabriquer. Quelles que soient ses autres activités, elle aurait toujours plusieurs livres en préparation. Toujours, quelques livres attendraient d'être achevés, avec des aiguilles et du fil accrochés à une page, avec un dé à coudre. La plupart des livres de Fanny Viollet, qu'elle a tous reliés en noir, comporteraient des pages de broderies. Ce seraient souvent des abécédaires, comme s'il fallait sans cesse réapprendre à lire ou à écrire ; comme si tout se jouait dans les commencements. » Entre beaucoup d'autres René Char en 1985 et Michel Butor en 2004 lui confient des textes, qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Nationale. Cette dernière institution présentera en 1995 huit de ses œuvres, dans une exposition consacrée aux reliures brodées.

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