Faïza Guène, née le 7 juin 1985 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), est une romancière et scénariste française.
Elle publie plusieurs romans, dont Kiffe kiffe demain, un best-seller traduit en vingt-six langues. Ses écrits explorent le thème de l’identité, notamment des Français issus de l’immigration maghrébine.
Faïza Guène naît en 1985 à Bobigny de parents algériens et grandit avec son frère et sa sœur à Pantin. Son père, Abdelhamid Guène (1934-2013), arrivé en France en 1952, est mineur dans la région de Saint-Étienne puis maçon en région parisienne. Sa mère, Khadra, émigre en France en 1981. Pour Faïza Guène, les récits d’immigration de ses parents sont « complètement différents ». Son père arrive en France alors que l’Algérie est encore française, et sa mère rejoint ce dernier plusieurs années après l’indépendance. Elle vit une « enfance heureuse » bien qu’elle réside dans un logement insalubre, qui contraint sa famille à se laver dans les bains publics de la municipalité.
Enfant précoce, elle saute la classe du CP pour intégrer directement le CE1 ayant appris les lettres de l’alphabet et la lecture en regardant l’émission télévisée La Roue de la fortune. Elle est également initiée à la lecture et à l’écriture par un oncle venu d’Algérie et se met à griffonner des petites histoires qu’elle troque contre des bonbons, promettant à chacune de ses copines qu’elle en sera la princesse.
Ses parents déménagent aux Courtilières, un quartier populaire de Pantin, en Seine-Saint-Denis, alors qu'elle a 8 ans.
Après son baccalauréat, elle s’engage dans des études de sociologie à l’université Paris-VIII qu’elle abandonne par la suite.
Elle vit à Marseille. Elle a pour conjoint l'humoriste Djamil Le Shlag.
Les romans de Faïza Guène ont en commun de mettre en scène des personnages lucides sur leur position au sein de la société française, racontant le vécu des classes populaires issues de l'immigration maghrébine. Faïza Guène utilise une langue revigorée et souvent argotique, « une langue vivante et drôle ». Ce style particulier, assez courant dans de nombreux pays comme en témoignent les livres du romancier Irvine Welsh, est plutôt rare et déconsidéré dans la littérature française.
À 13 ans, Faïza Guène écrit dans la gazette de son collège. Son professeur de français, Boris Seguin, décèle en elle « une bosseuse qui a du talent ». Elle se passionne pour les sessions de lecture qu’organise ce professeur. Notamment lorsque ce dernier lisait à haute voix le polar La Vie de ma mère ! de Thierry Jonquet.
Il lui propose d’intégrer un atelier d’écriture dirigé par l’association Les Engraineurs. Fondée par le producteur et réalisateur Julien Sicard et lui-même, cette association créée en 1998 a pour objet de « faire émerger une parole artistique » de Pantin notamment à travers l’écriture de scénarios.
Jusqu'à l’âge de 17 ans, elle écrit et réalise cinq courts-métrages. À 18 ans, elle obtient une subvention du CNC pour réaliser Rien que des mots dans lequel elle fait jouer sa mère.
Faïza Guène décrit sa réussite littéraire comme le fruit d'un « accident », plutôt que d’un « système qui marche ». Cet accident est sa rencontre avec Boris Seguin. Au début des années 1990, et à la surprise du rectorat, Boris Seguin demande à être muté en Seine-Saint-Denis, où il se présente comme un « fantassin de la fracture sociale » avec l’ambition d’être « le prof que je n'avais pas eu. Devenir ce qui m'avait manqué ».
Qualifié en 1996 de « hussard noir de la République » par le quotidien Libération, il porte une attention particulière au langage de ses élèves. Il est d’ailleurs coauteur de l’ouvrage Les Céfrans parlent aux Français (1996), dans lequel il élabore avec ses élèves du collège Jean Jaurès de Pantin un lexique de leur vocabulaire. L’ouvrage, qualifié par Le Monde de « formidable », est avant tout une véritable « entreprise sociale » pour Seguin car « décortiquer ce langage populaire, c'est le reconnaître comme langue digne d'intérêt ».
Premier roman (Kiffe kiffe demain)
Le premier roman de Faïza Guène, Kiffe kiffe demain (2004), est une comédie sociale. Il s'agit du monologue de Doria, une adolescente de 15 ans vivant à Livry-Gargan, un témoignage sur lequel s’appuie l’écrivaine pour traiter de l’identité. Pour le linguiste Marc Sourdot, la langue utilisée dans ce roman est celle du « je » et du « jeu », et les textes sont portés par des personnages qui distillent un regard frais, drôle et sans misérabilisme sur leur vie.
C’est à travers Les Engraineurs que Faïza Guène prend goût à l’écriture. « Dès le premier cours, j’ai adoré. Je venais tout le temps. Je peux dire aujourd’hui que je dois une partie de mon parcours à ce prof [Boris Seguin]. » Elle écrit « des tas de petites histoires sur des cahiers de brouillon […] pas pour en faire un livre, c’était plutôt un loisir. » C’est en lisant les quelques pages de ce qui deviendra Kiffe kiffe demain que Boris Seguin décide de les envoyer à sa sœur, Isabelle Seguin, éditrice chez Hachette Littératures. Cette dernière propose immédiatement un contrat d’édition à Guène, pour en publier 1 500 exemplaires.
En septembre 2004, à la sortie de Kiffe kiffe demain, Le Nouvel Observateur lui consacre une double page. Ce livre, publié à l’âge de 19 ans, est un succès. Vendu à plus de 400 000 exemplaires en France et à l’étranger, il est traduit dans vingt-six langues. L’écrivaine publie par la suite cinq romans, des comédies sociales, qui explorent l’identité, notamment des Français issus de l’immigration maghrébine.
En 2007, l’attachée de presse de Hachette Littératures reconnaissait que si Boris Seguin n’avait pas présenté les écrits de Faïza Guène à sa sœur « nous serions sans doute passés à côté du personnage, bloqués dans nos préjugés sur les jeunes des quartiers ».