Félix Houphouët-Boigny, né Dia Houphouët le 18 octobre 1905 à N'Gokro (village ayant précédé Yamoussoukro) selon la biographie officielle et mort le 7 décembre 1993 à Yamoussoukro, est un homme politique français puis homme d'État ivoirien.
Chef traditionnel, médecin, planteur et dirigeant syndical, il est notamment député français (1945-1959), membre de gouvernements français (1956-1961), président de l'Assemblée nationale ivoirienne (1953-1959), maire d'Abidjan (1956-1960), Premier ministre ivoirien (1959-1960) et premier président de la république de Côte d'Ivoire (1960-1993). « Père » de l'indépendance de son pays, fréquemment surnommé « Le Sage » ou « Le Vieux », il domine jusqu'à la fin de sa vie la politique de la Côte d'Ivoire et tient un rôle de premier ordre dans le processus de décolonisation de l'Afrique.
Il parvient à développer l'économie de la Côte d'Ivoire, notamment dans le secteur agricole, faisant de celle-ci un îlot de prospérité dans un continent miné par la pauvreté, ce qui donne lieu à l'expression de « miracle ivoirien ». Mais si l'exportation de cacao et de café fait la richesse du pays, elle provoque des difficultés dans les années 1980, après la chute brutale des cours des matières premières. Dès lors, son régime, dominé depuis l'indépendance par un parti unique, le PDCI, miné par une corruption endémique, devient de plus en plus insupportable pour la population touchée de plein fouet par la crise économique.
Partisan d'une relation spéciale avec la France, qu'il qualifie lui-même de « Françafrique », il est un puissant relais de Paris en Afrique, tout en étant un habile manipulateur de la classe politique française pendant ses trente-trois années de présidence. S'appuyant sur les réseaux d'influence de Jacques Foccart, proche du général de Gaulle, il permet à la France de garder, entre les influences des États-Unis et de l'Union soviétique, le contrôle de son « pré carré » pendant la guerre froide, tandis qu'il se taille ainsi une place toute particulière sur la scène africaine, notamment en Afrique francophone et dans le golfe de Guinée.
À la fin de sa vie, sa fortune est estimée entre sept et onze milliards de dollars.
Félix Houphouët-Boigny naît, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1905 à N'Gokro. Toutefois, un doute subsiste sur l'exactitude de cette date ; chez les Baoulés, l'état civil n'existait pas encore à l'époque et il est donc fort probable que sa naissance soit antérieure à 1905.
Originaire d'un petit royaume akouè polythéiste, il est le fils d'un dénommé Houphouët qui lui donne à l'origine comme prénom Dia, pouvant signifier dans sa langue, « prophète » ou « magicien ». Le nom de son père provient du baoulé ufuɛ. Ce nom expiatoire est donné aux enfants nés aux abords d'un village ou dans une famille où plusieurs enfants sont morts successivement avant sa naissance. À son nom d'origine Dia Houphouët, il ajoute postérieurement le nom Boigny signifiant « le bélier » en baoulé. Dia Houphouët-Boigny est le petit-neveu de la reine Yamousso et du chef du village, Kouassi N'Go. Lorsque ce dernier est assassiné en 1910, le jeune Dia est appelé à lui succéder à la tête de la chefferie. En raison de son jeune âge, son beau-père Gbro Diby (son père étant déjà mort) devient régent.
Compte tenu de son rang, l'administration coloniale décide de l'envoyer à l'école du poste militaire de Bonzi situé près du village puis, en 1915, à l'école primaire supérieure de Bingerville, ce malgré les réticences de sa famille. Cette même année à Bingerville, il se convertit au christianisme, considérant cette religion comme le signe de la modernité et un obstacle à l'islamisation : il se fait baptiser Félix.
Brillant élève, il intègre, en 1919, l'École normale William-Ponty où il obtient son diplôme d'instituteur et enchaîne, en 1921, avec l'École de médecine de l'Afrique-Occidentale française dont il sort premier de sa promotion en 1925. Ces études de médecine étant enseignées de manière incomplète par le colonisateur, Houphouët ne peut prétendre qu'à la carrière d'un « médecin africain », médecin au rabais.
Le 26 octobre 1925, Houphouët commence sa carrière en tant que médecin-auxiliaire à l'hôpital d'Abidjan où il fonde une « Amicale » regroupant le personnel médical indigène. L'entreprise tourne court ; l'administration coloniale voit d'un très mauvais œil cette association qu'elle assimile à une formation syndicale et décide de le muter, le 27 avril 1927, au service de Guiglo où les conditions sanitaires sont particulièrement éprouvantes. Toutefois, faisant preuve de véritables aptitudes professionnelles, il est promu à Abengourou, le 17 septembre 1929, à un poste réservé, jusque-là, aux Européens.
À Abengourou, Houphouët est confronté aux injustices dont sont victimes les cultivateurs de cacao indigènes exploités par les colons. Décidé à agir, il prend la tête, en 1932, d'un mouvement de planteurs africains hostile aux grands propriétaires blancs et à la politique économique du colonisateur qui les favorise. Le 22 décembre, il rédige, sous un pseudonyme, un article engagé « On nous a trop volés » qui paraît dans un éditorial socialiste publié en Côte d'Ivoire, le « Trait d'union ».
L'année suivante, Houphouët est appelé à prendre ses fonctions de chef de village mais, préférant poursuivre sa carrière, se désiste en faveur de son frère cadet Augustin. Cependant, afin de se rapprocher de son village, il obtient sa mutation à Dimbokro le 3 février 1934 puis à Toumodi le 28 juin 1936. Si jusque-là, Houphouët a fait preuve de réelles qualités professionnelles, son attitude déplait ; en septembre 1938, son chef de service lui demande de choisir entre son poste de médecin et son engagement dans la politique locale. Le choix est fait en 1939, son frère décède, il lui succède à la tête du royaume.
Chef de canton et dirigeant syndical
En devenant chef, Houphouët devient l'administrateur du canton d'Akouè, représentant trente-six villages. Il reprend également en charge la plantation familiale qui est alors l'une des plus importantes du pays, et parvient à la développer en diversifiant les cultures de caoutchouc, de cacao et de café ; il devient ainsi un des plus riches planteurs africains.
Le 3 septembre 1944, dans le bar-dancing l'Etoile du sud, il crée le Syndicat agricole (SAA), en accord avec l'administration coloniale, dont il devient le président. Regroupant les planteurs africains mécontents de leur sort, le SAA, anticolonialiste et antiraciste, réclame de meilleures conditions de travail, une hausse des salaires et l'abolition du travail forcé. Ce syndicat rencontre rapidement le succès et reçoit l'appui de près de 20 000 planteurs, ce qui déplait fortement aux colons qui vont jusqu'à porter plainte contre Houphouët. L'écho de ce syndicat est tel qu'il se rend, au début de 1945, à Dakar pour expliquer la démarche du SAA à Pierre Cournarie, gouverneur général de l'AOF.
En octobre 1945, Houphouët est projeté sur la scène politique ; le gouvernement français, décidé à faire participer ses colonies à l'assemblée constituante, organise l'élection de deux députés en Côte d'Ivoire : l'un représentant les colons, l'autre les autochtones. Houphouët se présente et, grâce aux nombreux soutiens qu'il a acquis par son action syndicale, est élu au premier tour avec plus de 1 000 voix d'avance. Malgré cette victoire, l'administration coloniale décide d'organiser un second tour, le 4 novembre 1945, qu'il remporte avec 12 980 voix sur 31 081 suffrages exprimés. Pour son entrée en politique, il décide d'ajouter Boigny, signifiant « bélier » (symbole de son rôle de meneur) à son patronyme, devenant ainsi Félix Houphouët-Boigny.
Acteur majeur de la scène politique française
Député plaidant la cause des Africains