L’explosion de la poudrerie de Grenelle est une catastrophe industrielle française survenue le 14 fructidor an II (31 août 1794) à Paris dans le château de Grenelle. Le bâtiment était devenu depuis quelques mois une poudrerie, destinée à produire la poudre noire explosive dont ont besoin les armées révolutionnaires.
Cet évènement est considéré comme le « premier grand accident industriel » survenu en France.
La poudre noire, apparue en Europe au Moyen Âge, est jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle le seul produit explosif connu, et joue un rôle essentiel dans les guerres.
Le 10 pluviôse an II (29 janvier 1794), le Comité de Salut public arrête que le château de Grenelle et le château des Ternes sont réquisitionnés, « requis pour l'établissement provisoire de deux grandes fabrications révolutionnaires de poudre à Paris ». Le 26 février suivant, le chimiste Jean-Antoine Chaptal en est nommé directeur de la fabrication des poudres. Les nouvelles méthodes qu'il instaure permettent de faire passer la production quotidienne de huit à trente-cinq mille livres (environ 3,7 à 16,3 tonnes) de salpêtre.
Le château de Grenelle se trouve alors au nord de la plaine de Grenelle dans l'enceinte du mur des Fermiers généraux, sur l'actuelle place Dupleix dans le 15e arrondissement.
Par mesure de sécurité, les bâtiments situés aux alentours sont détruits après expropriation des propriétaires. C'est à l'époque l'une des plus grandes poudreries au monde, avec celle d'Ichhapur en Inde (devenue Rifle Factory Ishapore (en)).
Deux mille ouvriers fabriquent de la poudre noire dans cette poudrerie, dans une atmosphère surchauffée.
Le 14 fructidor an II (31 août 1794), à 7 h 15, le contenu du magasin d'entreposage de la poudrière explose, soit trente à cent cinquante tonnes de poudre. Trois fortes détonations sont entendues, et une immense colonne de fumée se déploie, visible de tout Paris.
Le son de l'explosion est perçu jusqu'à Fontainebleau.
La veille de la catastrophe, environ vingt-trois tonnes de poudres avaient été extraites de la poudrière et envoyées aux frontières. Deux jours plus tôt, on en avait expédié plus de quarante-six tonnes. Jamais la poudrerie n'avait contenu aussi peu de poudre qu'au moment de l'explosion.
Une partie seulement du dépôt a explosé : les stocks restants de poudre, de soufre et de salpêtre sont aussitôt mis en sûreté à Meudon.
L'explosion provoque la mort d'environ un millier d'ouvriers et employés de la poudrerie, et d'habitants du voisinage. Les dégâts aux alentours sont considérables, comme la destruction du couvent des Visitandines de Chaillot, abandonné depuis le début de la Révolution.
Ce nombre de mille morts est avancé par Chaptal lui-même, alors directeur de l'Agence révolutionnaire des poudres. On parle même de 1 500 morts à l'étranger pour nuire à la France. Cependant, en s'appuyant sur l'étude des dossiers d'indemnisation, qui ne relèvent officiellement que 536 morts, on peut estimer le nombre de victimes à 1 360 (dont moins de la moitié de morts).
Le souffle de l'explosion provoque la destruction de nombreuses vitres, et anéantit un grand nombre de vitraux d'églises dans la capitale : presque toutes les églises de Paris sont affectées, y compris sur la rive droite. Jacques Hillairet rapporte que le grand orgue de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois est endommagé et que l'explosion est entendue par Marie-Thérèse de France, détenue à la prison du Temple.
À la suite de cette catastrophe, la prise de conscience des risques induits par les activités de nature industrielle contribue au fondement de la réglementation française sur les établissements dangereux par le décret impérial de 1810.
Selon l'universitaire Thomas Le Roux, il s'agit « de l'accident industriel le plus meurtrier de l'histoire de France (Courrières mis à part) et sans aucun doute son premier véritable accident technologique ».
[Barillé et al. 2014] Claire Barillé, Thomas Le Roux et Marie Thébaud-Sorger, « Grenelle 1794 : secourir, indemniser et soigner les victimes d'une catastrophe industrielle à l'heure révolutionnaire », Le Mouvement social, no 249 « L'émergence du risque industriel : France, Grande-Bretagne, XVIIIe – XIXe siècles », 2014, p. 41–71 (ISBN 978-2-7071-8330-9, DOI 10.3917/lms.249.0041).
[Le Roux 2011] Thomas Le Roux, « Accidents industriels et régulation des risques : L'explosion de la poudrerie de Grenelle en 1794 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Belin, vol. 58, no 3, juillet-septembre 2011, p. 34–62 (DOI 10.3917/rhmc.583.0034, JSTOR 23075321).