L’expédition des Mille (en italien : Spedizione dei Mille) est un épisode du Risorgimento italien survenu en 1860. Un corps de volontaires dirigé par Giuseppe Garibaldi débarque en Sicile afin de conquérir le royaume des Deux-Siciles, gouverné par les Bourbons.
Le projet est ambitieux et hasardeux puisqu’il s'agit de conquérir, avec un millier d’hommes, un royaume disposant d’une armée régulière et d'une marine puissante. L’expédition est un franc succès et se conclut par un plébiscite qui fait entrer Naples et la Sicile dans le royaume de Sardaigne, ultime conquête territoriale avant la création du royaume d’Italie, le 17 mars 1861.
L’expédition est l'une des seules actions souhaitées conjointement par les « quatre pères de la nation » italienne : Giuseppe Mazzini, Giuseppe Garibaldi, Victor-Emmanuel II et Camillo Cavour, qui poursuivent des objectifs divergents. Il est difficile d'en déterminer le véritable instigateur : Mazzini souhaite libérer le Mezzogiorno et Rome alors que Garibaldi souhaite conquérir, au nom de Victor-Emmanuel II, le royaume des Deux-Siciles et poursuivre vers Rome afin de terminer l’unité de l’Italie, ce que Cavour veut empêcher à tout prix afin d’éviter un conflit avec son allié français, Napoléon III, qui protège Rome.
L’expédition fait aussi naître une grosse équivoque et une incompréhension collective : pour les garibaldiens, il s’agit de réaliser l’Italie unifiée ; pour la bourgeoisie sicilienne, une Sicile autonome dans le cadre du royaume d’Italie ; et pour la masse des paysans, la fin de l’oppression et la distribution des terres.
La péninsule italienne est partagée depuis la chute de l’Empire romain en une multitude de petits États indépendants. La Révolution française et la constitution de la République cisalpine puis italienne et le royaume d'Italie (1805-1814) suscitent un sentiment national et républicain. Des mouvements insurrectionnels naissent alors. Certains d’entre eux sont récupérés par le royaume de Piémont-Sardaigne qui prend la tête du mouvement d’unification politique de la péninsule.
À la suite de l’entrevue de Plombières avec Napoléon III les 21 et 22 juillet 1858, et surtout après la signature du traité d'alliance défensive entre la France et le royaume de Sardaigne le 26 janvier 1859, le président du Conseil sarde Camillo Cavour commence les préparatifs de l’inévitable guerre destinée à chasser les Autrichiens du royaume de Lombardie-Vénétie créé par le congrès de Vienne de 1815.
Le 24 avril 1859, Cavour réussit à faire en sorte que l'Autriche déclare la guerre au royaume de Sardaigne. La deuxième guerre d'indépendance commence le 27 avril ; après la libération de la Lombardie, elle se termine le 11 juillet, à l'instigation du seul Napoléon III. Les termes de l'armistice de Villafranca reconnaissent au royaume de Sardaigne la Lombardie (à l'exception de Peschiera et Mantoue), mais pas la Vénétie qui ne revient au royaume d'Italie qu'à l'issue de la troisième guerre d'indépendance, en 1866.
Dès mai 1859, les populations du grand-duché de Toscane, de la légation des Romagnes (Bologne et la Romagne), du duché de Modène et du duché de Parme chassent leurs souverains respectifs et réclament leur annexion au royaume de Sardaigne, principalement grâce à l'action de membres de la Società nazionale italiana entraînés par le gouvernement piémontais, tandis que les populations de l'Ombrie et des Marches subissent la dure répression du gouvernement pontifical, dont l'exemple le plus sanglant est le massacre de Pérouse.
Napoléon III et Cavour sont débiteurs l'un de l'autre : le premier depuis qu'il s'est retiré du conflit avant la libération prévue de Venise, le second parce qu'il a accepté que les mouvements insurrectionnels s'étendent aux territoires du centre et du nord de l'Italie. L'impasse est résolue le 24 mars 1860, quand Cavour signe la cession de la Savoie et de Nice à la France et obtient le consentement de l'Empereur pour l'annexion de la Toscane et de l'Émilie-Romagne au royaume de Sardaigne. Comme Cavour l'indique à l'émissaire français, les deux sont devenus « complices ».
Objectifs et contraintes du Piémont
En mars 1860, il ne reste, dans ce qui constitue la future Italie, que trois États : le royaume de Piémont-Sardaigne, les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles, auxquels il faut ajouter l'empire d'Autriche de François-Joseph qui possède encore de solides intérêts dans la péninsule italienne, avec la Vénétie, le Trentin, le Frioul et la région de Mantoue. Par ailleurs, la France tient à la fois le rôle de puissance protectrice du Pape et de principal allié du royaume de Piémont-Sardaigne, dont elle verrait cependant bien le territoire se limiter à l'Italie septentrionale. Cette ambiguïté permet à Napoléon III de conserver une influence importante sur les affaires italiennes, influence qui se révèle décisive en 1860. En effet, Napoléon III empêche, par son absence de soutien, une action du royaume de Sardaigne contre l'Autriche, et une action contre Rome par son opposition explicite. Il ne reste donc pour le Piémont qu'une seule cible : Naples.
Le royaume des Deux-Siciles doit faire face à une agitation anti-bourbonienne dans l'île de Sicile et présente des faiblesses. Tout d'abord, son monarque, François II, est jeune et inexpérimenté : il n'a que vingt-trois ans lorsqu'il succède à son père Ferdinand II le 22 mai 1859, moins d'un an avant l'expédition. D'autre part, le royaume est devenu une présence encombrante pour le Royaume-Uni, avec qui les relations sont très mauvaises depuis 1836 et la Question des soufres. Enfin, le Royaume-Uni soutient le royaume de Sardaigne afin de contrer la politique française dans la péninsule. Les autres puissances européennes telles que l'Espagne, l'Autriche et la Russie, plus réactionnaires, se placent du côté des Deux-Siciles, mais conservent une attitude attentiste. Dans une Europe ainsi partagée, le royaume des Deux-Siciles se retrouve quelque peu isolé et ne peut plus compter que sur ses propres forces.
Le royaume du Sud est encore l'État le plus grand, et, théoriquement, le plus puissant de la péninsule. Il peut compter sur une armée de 93 000 hommes, auxquels s'ajoutent quatre régiments auxiliaires de mercenaires, et la flotte la plus puissante de toute la mer Méditerranée : onze frégates modernes, cinq corvettes et six brigantins à vapeur, ainsi que différents types de voiliers. Enfin, comme Ferdinand II le dit, le royaume est protégé par « l'eau salée et l'eau bénite » (« dall'acqua salata e dall'acqua benedetta »), c'est-à-dire par la mer et la présence des États pontificaux qui, protégés par la France, font office d'État tampon et empêchent toute invasion terrestre du royaume.
Une action amorcée par François II en accord avec l'empereur François-Joseph a lieu à l'automne-hiver 1859 et revêt une importance particulière : les deux monarques soutiennent les revendications de Pie IX, de Léopold II de Toscane et des ducs de Modène et de Parme pour reprendre leurs possessions territoriales en Italie centrale. L'initiative s'oppose en fait directement aux intérêts de Turin et, par conséquent, de Paris, au moment où Napoléon III, pour justifier la guerre contre l'Autriche devant l'opinion publique française, doit annexer les territoires (objet des accords de Plombières) à la France.
Pour soumettre les Deux-Siciles, le royaume de Sardaigne a besoin d'une raison valable d'intervenir : il ne s'agit pas d'émettre une déclaration de guerre contre le royaume des Bourbons, Cavour s'étant toujours présenté comme l'instrument du maintien de l'ordre auprès des puissances européennes. Le seul événement qui satisferait cette exigence serait un soulèvement de l'intérieur, qui prouverait la désaffection de la population envers la dynastie régnant sur Naples et, surtout, l'incapacité de François II à garantir l'ordre public dans ses territoires.
La Sicile est un terrain propice, comme le montre l'histoire des décennies précédentes. Les libéraux méridionaux, particulièrement ceux rentrés au pays après les amnisties accordées par le jeune roi après son accession sur le trône en mai 1859, travaillent dans ce sens.