L’expédition d'Alger est une campagne militaire, livrée de juin à juillet 1830 par la France contre la régence d'Alger, menée par un corps expéditionnaire de 30 000 à 40 000 hommes commandé par le général de Bourmont.
En plus du général de Bourmont, futur maréchal, cinq autres futurs maréchaux de France sont également présents dans le corps expéditionnaire : Baraguey d'Hilliers, Mac Mahon, Magnan, Pélissier, Vaillant ainsi que trois futurs grands « Africains » : Duvivier, Lamoricière et Changarnier .
Causes et genèse de l'expédition
Durant la Révolution française, deux négociants juifs algériens, Bacri et Busnach, arrivent à nouer une relation privilégiée avec le dey d’Alger, devenant ses conseillers financiers, et bénéficient de privilèges et monopoles commerciaux qui font leur fortune. Ils fournissent en blé les armées du Directoire vers 1795-1796, sans parvenir à s’en faire régler le prix, sauf de façon partielle sous la Restauration. Ce conflit commercial connaît de multiples rebondissements plus ou moins dramatiques et empoisonne les relations entre la France et la Régence pendant une trentaine d’années.
En 1801, Napoléon Ier fait la paix avec le dey Mustapha.
La piraterie des bateaux barbaresques, surtout le long des côtes de France, Espagne et Italie, quoique déclinante, demeurait un problème en mer Méditerranée et incita Napoléon à préparer, en 1808 une expédition à Alger, au moyen de la mission secrète du colonel du génie Vincent-Yves Boutin.
Les États-Unis ont mené deux guerres contre les Barbaresques de 1801 à 1805, puis en 1815, pour y mettre fin.
Alger avait été aussi bombardée par une flotte britannico-néerlandaise en 1816, puis soumise à un blocus par la Royal Navy en 1824.
Le dey Hussein, ne pouvant prélever sa part majoritaire sur le produit de la transaction commerciale non réglée, convoque le consul français Pierre Deval pour essayer d'obtenir le règlement des dettes de la France. C’est à la suite de ce conflit commercial que surviennent l’affaire du « coup d'éventail », le 30 avril 1827, la rupture des relations diplomatiques entre le Dey et la France, le blocus maritime du port d'Alger depuis le 15 juin 1827 jusqu'en 1830, puis la prise d'Alger et la conquête de l’Algérie.
La solution de ce conflit, en partie créé sous le Directoire et prolongé depuis de nombreuses années, offre également au roi Charles X, couronné en 1824, la possibilité de redorer son blason et de tenter de sauver la monarchie fragilisée, en s’illustrant par une conquête aux forts accents patriotiques.
Reconnaissance d'Alger par l'espion Boutin (1808)
L'État-major français bénéficie d'un plan de débarquement, Reconnaissance des forts et batteries d'Alger, dressé par un officier du génie, Vincent-Yves Boutin, sous le Premier Empire. Le commandant Boutin avait été envoyé en 1808 en mission comme espion dans la Régence sur ordre de Napoléon ; celui-ci préparait alors l'après campagne d'Égypte (1798-1801) avec un débarquement à Alger et une colonisation de l'Afrique du Nord. Afin de ne point éveiller les soupçons des Ottomans, Boutin avait été envoyé auprès du consul général français à Alger, Charles-François Dubois-Thainville (frère du général), en se faisant passer pour son cousin, amateur de voyage.
Boutin accomplit avec succès sa mission d'espionnage du 24 mai 1808 au 16 juillet 1808. Ses relevés lui permettent non seulement d'établir Sidi-Ferruch comme lieu propice à un débarquement mais également d'élaborer un plan de contournement d'Alger dont l'itinéraire emprunte Staoueli, Sidi Khalef et le Bordj Moulay Hassan (futur « fort l'Empereur »). Son rapport suggère l'emploi d'une force d'environ 35 000 à 40 000 hommes. Il contient même des recommandations à l'adresse de la future armée d'occupation. Quinze ans après l'assassinat de Boutin lors d'une mission en Syrie, le commandant en chef du corps expéditionnaire contre la régence d'Alger Louis de Bourmont (ministre de la Guerre), assisté du commandant de la flotte Duperré mettent en application son travail de 1808 ; travail qui sert de base au géographe Charles Picquet pour son Aperçu historique, statistique et topographique sur l'état d'Alger : à l'usage de l'armée expéditionnaire d'Afrique publié par le dépôt de la guerre en 1830. À l'occasion du centenaire du débarquement français, les autorités d'Alger rendent hommage à Boutin avec l'inauguration d'une table d'orientation à son nom.
Dès le mois d'août 1827, le capitaine Collet, commandant la station navale du blocus devant Alger, est chargé par le marquis de Clermont Tonnerre, alors ministre de la guerre, de concevoir une offensive militaire. Les relevés topographiques précis effectués de mai à juillet 1808 par le colonel Boutin, alors que l'empereur Napoléon Ier envisageait déjà cette opération pour mettre fin aux exactions des navires de la régence d'Alger, sont activement exploités.
Un projet d'offensive prévoyant un débarquement à l'écart d'Alger est présenté en conseil des ministres le 14 octobre 1827, mais ajourné à cause de l'accroissement des tensions avec l'Empire ottoman.
La bataille de Navarin, survient quelques jours plus tard, le 20 octobre 1827, suivie par l'expédition de Morée, lancée en Grèce en août 1828.
Les tergiversations politiques font durer le blocus d'Alger pendant plus de deux ans, malgré son coût, et l'offensive s'organise finalement à partir de l'automne 1829 pour être entreprise à la belle saison, au printemps suivant.
Le roi de France, Charles X, et le président du Conseil, le prince de Polignac, prennent en octobre 1829, après débats en conseil des ministres et au Parlement, la décision de lancer une expédition militaire dans le Nord de l'Afrique au printemps 1830, au plus tard le 11 avril, date de l'ordonnance nommant le ministre de la Guerre lui même, le général de Bourmont, commandant en chef du corps expéditionnaire. Le commandement de la flotte est confié, quant à lui, au vice-amiral Duperré.