María Eva Duarte de Perón [maˈɾia ˈeβa ˈðwaɾte ðe peˈɾon], mieux connue sous le nom d’Eva Perón ou d’Evita, née le 7 mai 1919 à Junín ou Los Toldos (province de Buenos Aires) et morte le 26 juillet 1952 à Buenos Aires, est une actrice et femme politique argentine. Elle épousa en 1945 le colonel Juan Domingo Perón, un an avant l’accession de celui-ci à la présidence de la république argentine.
D’origine modeste, elle alla à l’âge de quinze ans s’établir à Buenos Aires, où elle s’initia au métier de comédienne et acquit un certain renom au théâtre, à la radio et au cinéma. En 1943, elle fut l’une des fondatrices de l’Asociación Radial Argentina (ARA, syndicat des travailleurs de la radiodiffusion), dont elle fut élue présidente l’année d’après. En 1944, lors d’une représentation donnée au bénéfice des victimes du tremblement de terre de San Juan de janvier 1944, elle fit la rencontre de Juan Perón, alors secrétaire d’État du gouvernement de facto issu du coup d’État de 1943, et l’épousa en octobre de l’année suivante. Elle eut ensuite une part active dans la campagne électorale de son mari en 1946, étant la première femme argentine à jouer un tel rôle.
Elle œuvra en faveur du droit de vote pour les femmes et en obtint l’adoption juridique en 1947. Cette égalité politique entre hommes et femmes réalisée, elle lutta ensuite pour l’égalité juridique des conjoints et pour la patria potestas partagée (c'est-à-dire l’égalité en droit matrimonial), ce qui fut mis en œuvre par l’article 39 de la constitution de 1949. En 1949 encore, elle fonda le Parti péroniste féminin, qu'elle présida jusqu'à sa mort. Elle déploya une ample activité sociale, au travers notamment de la Fondation Eva Perón, qui visait à soulager les descamisados (les sans-chemise), c'est-à-dire les plus démunis de la société. La Fondation fit ainsi construire des hôpitaux, des asiles et des écoles, favorisa le tourisme social en créant des colonies de vacances, diffusa la pratique du sport parmi tous les enfants par l'organisation de championnats accueillant la population tout entière, accorda des bourses d’études et des aides au logement et s’efforça d’améliorer le statut de la femme sur différents plans.
Elle joua un rôle actif dans les luttes pour les droits sociaux et pour les droits des travailleurs et fit office de passerelle directe entre le président Perón et le monde syndical. En 1951, en vue de la première élection présidentielle au suffrage universel, le mouvement ouvrier proposa qu’Evita, comme l'appelait la population, pose sa candidature à la vice-présidence ; cependant, elle dut y renoncer le 31 août, date connue depuis comme Jour du renoncement, en raison de sa santé déclinante, mais aussi sous la pression des oppositions internes venant de la société argentine, comme du mouvement péroniste, devant l’éventualité qu’une femme appuyée par le syndicalisme puisse se hisser à la vice-présidence.
Elle décéda le 26 juillet 1952 des suites d’un cancer fulgurant du col de l'utérus, à l’âge de 33 ans. Il lui fut alors rendu un hommage, tant officiel ‒ sa dépouille fut veillée dans l’édifice du Congrès ‒ que populaire, d’une ampleur sans précédent en Argentine. Son corps fut embaumé et déposé au siège de la centrale syndicale CGT. À l’avènement de la dictature civico-militaire dite Révolution libératrice en 1955, son cadavre fut enlevé, séquestré et profané, puis dissimulé durant seize ans.
Elle écrivit deux ouvrages, La razón de mi vida (La Raison de ma vie) en 1951 et Mi mensaje (Mon message) publié en 1952 et fut plusieurs fois honorée officiellement, notamment par le titre de Jefa Espiritual de la Nación, par la distinction de Mujer del Bicentenario (Femme du bicentenaire de l’Argentine), par la Gran Cruz de Honor de la Croix rouge argentine, par la Distinción del Reconocimiento de Primera Categoría de la CGT, par la Gran Medalla a la Lealtad Peronista en Grado Extraordinario et par le collier de l’ordre du Libérateur San Martín, la plus haute distinction argentine. Son destin a inspiré nombre d’œuvres cinématographiques, musicales, théâtrales et littéraires. Cristina Alvarez Rodriguez, petite-nièce d’Evita, affirme qu’Eva Perón n’a jamais quitté la conscience collective des Argentins, et Cristina Fernández de Kirchner, première femme à être élue présidente de la République argentine, déclara que les femmes de sa génération restaient fortement tributaires d’Evita par « son exemple de passion et de combattivité ».
Selon l’acte de naissance no 728 de l’état civil de Junín (province de Buenos Aires) naquit en cette ville, le 7 mai 1922, une fille du nom de María Eva Duarte. Les chercheurs considèrent unanimement que cet acte est un faux fabriqué sur les instances d’Eva Perón elle-même en 1945, lorsqu’elle se trouvait à Junín pour y contracter mariage avec Juan Domingo Perón, alors encore colonel.
En 1970, les chercheurs Borroni et Vaca ayant établi que l’acte de naissance d’Evita a été falsifié, il devint nécessaire de déterminer ses véritables date et lieu de naissance. À cet égard, le document le plus important était l’acte de baptême d’Eva, consigné dans le feuillet 495 du registre de baptême du vicariat de Nuestra Señora del Pilar, de 1919, indiquant que le baptême fut accompli le 21 novembre 1919.
Il est admis de manière quasi unanime qu’Evita naquit en réalité le 7 mai 1919, soit trois ans avant la date signalée par l’état civil, avec le nom d’Eva María Ibarguren. Quant au lieu de naissance, certains historiens ont erronément écrit qu’Evita vit le jour dans la petite agglomération de Los Toldos, cette erreur s’expliquant par le fait que peu d’années après la naissance d’Eva, la famille s'installa dans ce village, dans une maison sise Calle Francia (actuelle Calle Eva Perón) et aménagée entre-temps en musée, le Museo Municipal Solar Natal de María Eva Duarte de Perón.
Concernant son lieu de naissance, deux thèses ont été retenues par les historiens :
Naissance sur le domaine La Unión situé en face des toldos (toldo = grande tente d’Indiens) de Coliqueo.
Quelques historiens soutiennent qu’Eva Perón naquit dans le domaine agricole La Unión, sur le territoire de Los Toldos, exactement en face du campement (toldería) de Coliqueo, lequel campement fut à l’origine de ce foyer de peuplement, dans la zone connue pour cette raison sous le nom de La Tribu. L’endroit se situe à une vingtaine de km du village de Los Toldos et à 60 km au sud de la ville de Junín. Le domaine était la propriété de Juan Duarte et hébergeait la famille d’Eva au moins depuis 1908 et jusqu’à 1926. Les historiens Borroni et Vacca, à l’origine de cette hypothèse, arguèrent que la sage-femme mapuche Juana Rawson de Guayquil assista la mère d’Eva lors de l’accouchement, comme elle l’avait pareillement fait avec ses autres enfants.
Naissance dans la ville de Junín.
Cette hypothèse est défendue par d’autres historiens, sur la foi de différents témoignages. Selon eux, Evita naquit à Junín, après que sa mère dut, en raison de problèmes liés à sa grossesse, déménager vers la ville de Junín pour y recevoir de meilleurs soins. À l’époque de la naissance d’Evita, il était d’usage que les femmes qui se trouvaient dans l’aire d’influence de Junín et éprouvaient des problèmes lors de leur grossesse se déplacent vers cette ville en vue d’une meilleure prise en charge médicale, et il en est encore souvent de même à l’heure actuelle. Selon cette hypothèse, soutenue principalement par les historiens de Junín Roberto Dimarco et Héctor Daniel Vargas, et par les témoins qu’ils citent, Eva serait née dans un logement sis au no 82 de l’actuelle rue Calle Remedios Escalada de San Martín (pour lors nommée Calle José C. Paz), et une obstétricienne universitaire du nom de Rosa Stuani aurait aidé à l’accouchement. Peu après, la famille se serait installée dans un logement situé au no 70 de la Calle Lebensohn (appelée à l’origine Calle San Martín), jusqu’à ce que la mère se fût entièrement rétablie.
Eva, fille de Juan Duarte et de Juana Ibarguren, était inscrite à l’état civil sous le nom d’Eva María Ibarguren (état civil modifié, comme indiqué supra, avant son mariage avec Juan Perón, par substitution de Duarte à son patronyme et par inversion de l’ordre de ses deux prénoms).