Ce Jour-là

Eugène-François Vidocq

Brigand, puis policier français (1775-1857)

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Eugène-François Vidocq, né le 24 juillet 1775 à Arras et mort le 11 mai 1857 à Paris, est un aventurier, bagnard repenti, détective et chef de la police française, souvent considéré comme le père de la criminologie moderne et de la police de renseignements.

Né dans une famille bourgeoise, fils d'un boulanger prospère, il mène une jeunesse turbulente marquée par des actes de rébellion et de délinquance. Au début du XIXe siècle, alors qu’il est emprisonné pour ses crimes, il décide de se racheter en offrant ses services à la police. Il propose d’infiltrer le milieu criminel pour obtenir des informations, devenant ainsi un indicateur précieux pour les autorités. En 1811, il est nommé à la tête de la Sûreté, une brigade de police secrète qu’il transforme en une redoutable force de lutte contre le crime. Il est responsable de l’arrestation de centaines de criminels, démantelant des réseaux de voleurs et de faussaires qui sévissent dans la capitale. Malgré ses succès, sa position reste précaire, et il est contraint de démissionner en 1827, victime de rivalités internes et de la méfiance des hauts fonctionnaires.

Après sa démission, il se réinvente en fondant la première agence de détectives privés en 1833, le « Bureau des Renseignements ». Il continue d’utiliser des méthodes avant-gardistes, telles que les analyses balistiques et la recherche d’empreintes digitales, bien avant que ces techniques ne soient formalisées par la police. Cependant, son entreprise n’est pas sans controverses, et il est régulièrement accusé d’agir en dehors de la loi ou de manipuler les preuves pour parvenir à ses fins.

Vidocq est un personnage complexe, entouré d’une aura de mystère et de controverse. Il est marié à plusieurs reprises, mais sa vie privée est marquée par des relations tumultueuses et des scandales. Son parcours inspire de nombreux écrivains de l’époque, dont Victor Hugo, Honoré de Balzac et Alexandre Dumas, qui voient en lui une figure à la fois fascinante et inquiétante, oscillant entre le génie et la duplicité.

Fils de Nicolas François Joseph Vidocq (1743-1799) maître boulanger et marchand de blé et de Françoise Joseph Dion (1744-1824) Eugène François Vidocq naît le 24 juillet 1775 paroisse Saint-Géry à Arras, au 222, rue du Miroir-de-Venise (actuellement rue des Trois-Visages) dans une famille de petite bourgeoisie.

Intrépide, rusé et bagarreur, Eugène François commet divers larcins au cours de son enfance. Sa forte taille (à douze ans, il a une taille d'adulte) lui rend la besogne facile. À l'âge de treize ans, il vole des couverts en argent à ses parents. Son père l'envoie dix jours à la prison des Baudets (maison d'arrêt pour jeunes délinquants) pour lui apprendre à devenir honnête. À seize ans, il vole les économies de ses parents, 2 000 francs, et rejoint Ostende dans le but d'embarquer sur un bateau à destination de l'Amérique mais, dans cette ville portuaire, il est dépouillé. Pour survivre, il devient saltimbanque dans une troupe de cirque, puis colporteur avant de revenir à Arras. En 1791 il s'engage dans l’armée révolutionnaire. Il se bat alors à Valmy et à Jemappes. Il est renvoyé du 11e régiment de chasseurs à cheval le 28 mai 1793, après une dizaine de duels. Marie-Anne-Louise Chevalier, qui se prétend enceinte de lui, le contraint au mariage en 1794, le couple tenant une épicerie à Arras, mais lorsqu'il comprend que sa grossesse était feinte, il la quitte après lui avoir volé toutes ses économies. Il poursuit alors une vie aventureuse de voleur et d'escroc entre Paris et le nord de la France, rejoignant même en 1795 les rangs de l'armée roulante.

Le 27 décembre 1796 il est condamné par le tribunal criminel de Douai à huit ans de travaux forcés pour « faux en écritures publiques et authentiques ». À Bicêtre, où il est initié à la savate par Jean Goupil, il est incorporé dans la chaîne de Brest, un groupe de forçats — que l'on enchaîne les uns aux autres — destiné au bagne de ce port. Le voyage, particulièrement éprouvant, dure vingt-quatre jours.

Le 20 mai 1797 la prison de Bicêtre mentionne dans ses registres le portrait suivant : « François Vidocq, marchand d'indienne, marié à Marie-Anne Chevalier, demeurant lors de son arrestation à Lille, département du Nord, et en deuxième, à Paris, rue Saint-Hugues, 4, cour Saint-Martin, âgé de 26 ans, natif d'Arras, département du Pas-de-Calais, taille 5 pieds 6 pouces, cheveux et sourcils blonds, front rond, nez aquilin long, yeux gris, bouche moyenne et de travers, menton rond et long, visage ovale, barbe blonde, ayant une cicatrice à la lèvre supérieure à droite et les oreilles percées… ». Sa taille de 5 pieds 6 pouces (unités françaises) équivaut à 1,78 m.

Vidocq en profite pour tenter une première évasion en forêt de Compiègne. Ce premier échec ne le décourage pas. La chaîne de forçats parvient à Brest le 24 nivôse an VI (13 janvier 1798). La « chaîne » fait halte à l'entrée de Brest à l'hôpital de Pontanézen où on procède au déferrement des bagnards. Vidocq essaie à nouveau de fausser compagnie à ses gardiens, mais il se foule les deux chevilles en tentant de sauter le mur d'enceinte.

Huit jours après son arrivée il parvient à se procurer des vêtements de matelot qu'il dissimule dans l'arsenal où il travaille. Ayant réussi à se changer subrepticement, il quitte Brest sans être inquiété.

De nouveau arrêté en 1799, il est cette fois envoyé au bagne de Toulon, d'où il s'évade encore une fois, le 6 mars 1800. Il acquiert de cette façon auprès des gens du milieu un respect et une notoriété sans égale.

En 1809, à nouveau arrêté, il propose ses services d'indicateur à la préfecture de police. Il la renseigne d'abord en étant mouchard dans les prisons de Bicêtre et de La Force.

En 1811 le préfet de police Pasquier le place officieusement (il ne le sera officiellement qu'une fois gracié en 1818) à la tête de la « brigade de sûreté », un service de police dont les membres sont d'anciens condamnés et dont le rôle est de s'infiltrer dans le « milieu ».

Excellent physionomiste, il repère toute personne, même grimée, qu'il a préalablement dévisagée (ayant vu cette personne une fois, il la reconnaît au premier regard). Il excelle lui-même dans l'art du déguisement.

L'urbanisation qui accompagne la révolution industrielle et la constitution des classes laborieuses que l'on observe à la fin de la Restauration transfèrent la peur du crime des zones rurales vers la ville, et c'est dans ce contexte qu'opère Vidocq. Ses nombreux succès et ses méthodes peu orthodoxes lui apportent autant d'admirateurs que de détracteurs. Ses hommes revendiquent trois fois plus de captures que les policiers classiques entre 1811 et 1827. Ceux-ci tentent alors de déstabiliser Vidocq par tous les moyens.

En 1818 Louis XVIII lui accorde sa grâce par lettres patentes, ce qui lui rend ses droits civils.

Ses ennemis se trouvent dans la pègre, mais aussi au pouvoir. Par deux fois, ses supérieurs le font démissionner. Plusieurs personnes arrêtées par Vidocq l'accusent d'avoir monté les coups pour ensuite arrêter ceux qui y ont participé et, de cette manière, prouver son efficacité dans la lutte contre le crime. La justice ne retient pas ces allégations. La presse d'opposition n'en attaque pas moins le préfet Henri Gisquet, lui reprochant d'avoir simulé des attentats contre le roi Louis-Philippe Ier, entre autres provocations montées par son « ignoble » police symbolisée par la brigade de Sûreté peuplée d'anciens repris de justice. Un journal publie des caricatures qui exploitent la ressemblance physique entre Vidocq et le souverain. Le préfet de police finit par annoncer la réorganisation complète de la brigade de Sûreté afin de l'épurer. Comprenant que « l'administration supérieure [veut] réformer le personnel des agents qui serv[ent] sous [s]es ordres », le chef de la brigade de Sûreté prétexte l'état de santé de sa femme pour offrir sa démission le 15 novembre 1832, offre acceptée deux jours plus tard par la préfecture. Pierre Allard prend la tête de la nouvelle brigade de Sûreté et Louis Canler en devient le principal inspecteur.

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