Etty Hillesum, née le 15 janvier 1914 à Middelbourg aux Pays-Bas et morte le 30 novembre (?) 1943 au camp de concentration d’Auschwitz, est une jeune femme juive et une mystique connue pour son journal intime tenu entre mars 1941 et octobre 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses lettres écrites entre 1942 et 1943, dont plusieurs ont été rédigées au camp de regroupement et de transit de Westerbork.
Esther Hillesum naît le 15 janvier 1914 à Middelbourg dans une famille juive libérale. Son père, Louis (Levie) Hillesum (1880-1943), est docteur en lettres classiques et proviseur du lycée de Deventer. Sa mère, Rebecca Bernstein (1881-1943), a fui les pogroms russes en 1907. Etty Hillesum a deux frères plus jeunes, Jaap (Jacob), qui fera des études de médecine, et Mischa (Michael), qui sera un pianiste d'exception. Les deux garçons portent le prénom, respectivement, des grands-pères paternel et maternel.
La famille est peu pratiquante, sans pour autant avoir coupé les liens avec le judaïsme. Les deux frères ont une santé psychologique fragile, en particulier Mischa, qui est atteint de schizophrénie. Le père est un homme réservé mais curieux et érudit, doté d'un sens de l'humour marqué. La mère est décrite comme chaotique, extravertie et dominatrice, et Etty Hillesum a des rapports souvent conflictuels avec elle, qui s'apaisent, semble-t-il, au camp de Westerbrok.
Durant son enfance Etty Hillesum et ses parents changent à plusieurs reprises de domicile. Peu après sa naissance, Etty et ses parents déménagent à Hilversum (1914-1916), puis à Tiel (1916-1918), à Winschoten (1918-1924) pour s'installer finalement à Deventer en juillet 1924.
C'est dans cette ville qu'Etty Hillesum fréquente l'école primaire, avant d'entrer au lycée de la ville, dont son père est le directeur adjoint. Elle étudie l'hébreu et participe à des assemblées sionistes. À la fin de ses études au lycée, elle entame — sans guère de passion pour le sujet — des études de droit public à Amsterdam et obtient une maitrise en 1939, avec des résultats moyens. Elle montre en revanche un intérêt et un don marqués pour les langues (néerlandais, allemand, russe et français). Elle donne des cours privés de russe et poursuit l'étude de cette langue et de sa littérature — mais elle ne peut les mener à bout, du fait des événements liés à la guerre.
Durant ses études, Etty Hillesum loge à Amsterdam chez un expert comptable retraité, Hendrik Johannes (« Han ») Wegerif, un veuf nettement plus âgé qu’elle, qui héberge plusieurs étudiants et avec lequel elle entretient une relation jusqu'en 1942. Gravitant dans des milieux de gauche, contestataires, sionistes et antifascistes, elle mène une existence de femme libre, passionnée, amoureuse de la vie. Cependant, elle est sujette à des périodes de dépression et elle cherche un sens à sa vie.
Le 10 mai 1940, les troupes nazies envahissent les Pays-Bas.
Le 3 février 1941, Etty Hillesum entreprend une thérapie avec Julius Spier que lui a présenté son logeur. Réfugié aux Pays-Bas en 1937 pour fuir les lois antisémites nazies, ce dernier pratique la « psycho-chirologie », une forme de thérapie que Carl Gustav Jung — dont il a été l'élève puis le collègue — lui a recommandé de développer. Il devient le maître spirituel d'Etty qui l'appelle « l’accoucheur de mon âme », sans qu'elle exprime clairement les motivations de cette thérapie.
Sur les recommandations de Julius Spier, elle entame la rédaction d'un journal à partir du 9 mars 1941, au fil duquel on apprend qu'elle estime qu'il n'y a pas de personne plus malheureuse qu'elle sur Terre, qu'elle manque de confiance en elle et — « éprouv[ant la] pénible sensation d'un désir insatiable devant la beauté des êtres et du monde » — qu'elle connaît des moments dépressifs. Des relations complexes se tissent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire : elle est à la fois sa patiente, son élève, sa secrétaire et son amante, et ils ne cessent de se défier pour se faire grandir mutuellement. Douze mois plus tard, elle écrit : « je pense que désormais je fêterai mon anniversaire le 3 février » et célèbre sa première année, la « plus belle année » de sa vie.
Persécutions nazies et mystique chrétienne
Dans son journal intime, elle relate la spirale inexorable des restrictions des droits et des persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation. En juillet 1942, elle commence à travailler, à sa demande, dans le camp de regroupement et de transit de Westerbork situé au nord-est des Pays-Bas, pour contribuer à l’« assistance sociale aux personnes en transit » organisée par le Conseil juif d'Amsterdam. D'innombrables notations dans ce journal, et dans les lettres de Westerbork où Etty Hillesum séjourne à différentes reprises, font de ces documents historiques de premier plan pour l'étude de l'histoire des Juifs aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire].
Durant un peu moins d'une année, Etty Hillesum revient à quelques reprises à Amsterdam, profitant de permissions officielles. Au début décembre 1942, elle quitte le camp pour raisons de santé et en reste éloignée durant plusieurs mois. Elle y revient le 6 juin 1943, et cette fois-ci définitivement puisque le 5 juillet, les Allemands annulent le statut d'exception dont bénéficiaient les employés du Conseil Juif qui travaillent à Westerbork : la moitié d'entre eux peuvent retourner à Amsterdam, mais l'autre moitié (parmi elle, Etty Hillesum) a désormais le statut de détenus.
Dans son Journal, elle évoque aussi son évolution spirituelle qui, à travers la lecture, l'écriture et la prière, la rapproche du christianisme, jusqu'au don absolu de soi, jusqu'à l'abnégation la plus totale, tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l'humain, alors même qu'elle le voit journellement accomplir des crimes parmi les plus odieux. Au camp de Westerbork, elle est chargée d'enregistrer les noms des personnes qui partent en déportation. Elle notera notamment celui de la carmélite juive Edith Stein.
À la dernière page de son journal, datée du 12 octobre 1942, elle écrit :
« J’ai rompu mon corps comme le pain et l’ai partagé entre les hommes. »
Ses parents ainsi que son frère Mischa, pianiste dont les dons exceptionnels font un moment espérer à la famille Hillesum qu'il échappera au sort promis aux Juifs par les nazis, meurent comme elle à Auschwitz en 1943. La famille d'Etty Hillesum est déportée le 7 septembre 1943, sauf Jaap, interné à Westerbrok à la fin septembre, et déporté à Bergen-Belsen en février 1944.
Les parents d'Etty Hillesum sont morts durant le transport ou ont été gazés à leur arrivée à Auschwitz. La date officielle de leur décès est fixée au 10 septembre 1943, tandis que, selon la Croix-Rouge, Etty Hillesum serait morte le 30 novembre 1943, et Mischa Hillesum, le 31 mars 1944. Quant à Jaap Hillesum, il ne survit pas à l'évacuation du camp de Bergen-Belsen en 1945.
Lorsqu'elle entreprend sa thérapie avec Julius Spier, Etty Hillesum commence, sur ses conseils, à rédiger son journal intime. Elle y évoque son évolution spirituelle en scrutant son for intérieur.