Ethel Rosenberg et son époux Julius sont un couple de New-Yorkais communistes arrêtés pour espionnage au profit de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Julius est arrêté le 17 juillet 1950 et Ethel le 11 août. Ils sont jugés coupables le 5 avril 1951 et exécutés sur la chaise électrique le 19 juin 1953 dans la prison de Sing Sing.
Cette affaire d’espionnage a lieu durant la guerre froide. En 1945, les États-Unis ont l'exclusivité de la bombe atomique mais l’URSS peut se doter dès 1949 de cette arme, en partie grâce à l'espionnage. Le sénateur Joseph McCarthy lance ce qui est appelé le maccarthysme, une « chasse aux sorcières » qui dure de 1950 à 1954 et qui vise les sympathisants, militants ou agents communistes, qui sont poursuivis par le House Un-American Activities Committee (HUAC).
La condamnation à mort des époux Rosenberg pour espionnage, alors qu’ils ont toujours clamé leur innocence, attire des appels internationaux à la clémence et une campagne très médiatisée parlant d'un complot et d'une erreur judiciaire. Les époux Rosenberg sont d’ailleurs les seules personnes condamnées à mort puis exécutées pour espionnage dans le monde occidental après la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le contexte d'affrontement des deux blocs.
Différentes sources postérieures au jugement, dont des témoignages soviétiques, confirment l’espionnage de Julius au profit de l’URSS. Son épouse Ethel n'aurait été qu'une auxiliaire sans grande initiative. Les derniers partisans des Rosenberg soulèvent toujours le caractère injuste d’un jugement qu'ils estiment politique.
Julius Rosenberg est né dans une famille juive le 12 mai 1918 à New York (État de New York). Son père, créateur de textiles industriels, avait immigré de Pologne, tandis que sa mère, tout à la charge d’élever ses cinq enfants, n’avait jamais appris à lire ni à écrire. Julius, lui, est allé à l’école talmudique du quartier puis à la Seward Park High School. En sortant de cette école, « Julius renonça à poursuivre des études rabbiniques, et choisit d’entrer au New York City College pour suivre des études d’ingénieur. […] c’était une discipline assez courue chez les étudiants politisés, car elle permettait d’adhérer à la fédération des architectes, ingénieurs, chimistes et techniciens (FAECT), un syndicat de cols blancs pro-communiste ». Très vite, il se retrouve dans le noyau du Steinmetz Club, les ligues des jeunesses communistes, et distribue des tracts et participe aux manifestations et à une rencontre.
Ethel Greenglass est née le 28 septembre 1915 à New York, également d’une famille juive. Elle saute plusieurs classes dans une école de quartier et à 15 ans, elle sort de la Seward Park High School pour entrer directement dans la vie active. Moins d’un mois plus tard, elle trouve un emploi dans le bureau d’une compagnie de navigation ; elle s’en fait renvoyer quatre ans après « pour avoir organisé la grève des cent cinquante femmes avec qui elle travaillait, grève qui culmina le jour où les femmes se couchèrent sur la chaussée de la 36e rue pour bloquer les camions de livraison de la compagnie. Se retrouvant au chômage, Ethel fit rapidement deux choses : d’abord elle porta plainte contre ses anciens employeurs devant le Conseil national des Relations du travail, et gagna ; ensuite, elle trouva un nouvel emploi au double de son salaire précédent ». En 1939, elle signe une pétition du Parti communiste, signature qui fut reprochée à Julius lors d’une enquête de loyauté de routine en 1941 alors qu’il venait juste d’arriver au service des transmissions de l’armée.
Lors d’une soirée de la Saint-Sylvestre, Ethel Greenglass et Julius Rosenberg font connaissance au cours d’un gala du syndicat international des marins. En 1939, Julius obtient son diplôme d’ingénieur et épouse Ethel. « À l’automne 1940, après quelques petits boulots temporaires, Julius trouva du travail comme employé civil au service des transmissions de l’armée. En 1942, il fut promu ingénieur inspecteur ». Au début de l’année 1943, les Rosenberg sont de fervents communistes, Julius étant par ailleurs président de la cellule 16-B de la section industrielle du Parti communiste des États-Unis. À cette époque, en pleine Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS sont militairement alliés contre le nazisme. « À l’époque, avec la bénédiction du gouvernement américain, Hollywood produisait des films tels que Chant de Russie ou Mission to Moscow, qui représentaient une image idyllique de l’Union soviétique ; et des personnalités aussi conservatrices que Winston Churchill ou le général Douglas MacArthur comblaient d’éloges les héroïques alliés russes. Le président Roosevelt avait même accepté d’être membre d’honneur du FAECT ».
À la naissance de leur premier enfant, au printemps 1943, Ethel et Julius Rosenberg quittèrent leurs activités militantes auprès du parti communiste des États-Unis.
Dans le courant de l’année 1944, « le FBI avait envoyé au service de renseignement de l’armée la photocopie d’une carte de membre du parti communiste, indiquant qu’un certain Julius Rosenberg avait adhéré au parti le 12 décembre 1939. […] À l’automne 1944, le FBI fournit un deuxième document qui faisait part de l’adhésion de Julius Rosenberg à la cellule du parti de l’East Side — adhésion qui, comme on l’a vu, n’a pourtant jamais eu lieu. […] En février 1945, Rosenberg fut renvoyé ». Dans le dossier à charge contre lui que lui montra le capitaine John W. Henderson, Julius Rosenberg constata que pas une preuve de son appartenance au Parti communiste n’était apportée. Son appartenance à la fédération des architectes, ingénieurs, chimistes et techniciens (FAECT) était retenue comme la seule raison du motif de licenciement. Julius fit part de ces faits à la FAECT, laquelle protesta énergiquement auprès du département de la Défense. L’officier qui avait montré son dossier à Julius Rosenberg, John W. Henderson, reçut un blâme et le ministère déclara que l’appartenance de Julius Rosenberg à la FAECT était secondaire dans son dossier de licenciement.
6 et 9 août 1945 : Les États-Unis larguent les deux premières bombes atomiques utilisées en opérations sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki.
1946 : Face à une très puissante vague de grève, Edgar Hoover, directeur du FBI, lance l'anathème sur les « 100 000 communistes américains » et « leurs alliés prétendument progressistes ».
Truman prononce le discours du 12 mars 1947, prônant l'« endiguement du communisme ».
Un décret présidentiel sur le « loyalisme » des fonctionnaires aboutira à la mise en place, par le sénateur McCarthy, de la Commission des activités antiaméricaines.
L'URSS possède à son tour la bombe A. Les États-Unis sont stupéfaits par la rapidité des recherches russes mais on découvre en janvier 1950 que Klaus Fuchs, un réfugié allemand et physicien, a fourni des documents aux Soviétiques. L'enquête remonte à David Greenglass qui avoue avoir transmis des documents. Il nie que sa sœur, Ethel Rosenberg, soit impliquée mais affirme que son mari, Julius, a convaincu Ethel de le recruter en 1944 et que Julius a transmis des secrets aux Soviétiques.
La république populaire de Chine est proclamée.
Certains signes annonciateurs de la guerre de Corée se font jour.
1950 : La guerre de Corée commence.
Dès 1945, Moscou disposait de réseaux d'espions à Washington, alors que les États-Unis n'en avaient pas en URSS. L'OSS avait déjà probablement été infiltrée par les espions soviétiques. Le NKVD et le GRU investirent par ailleurs les centres de recherche atomique de Los Alamos (Nouveau Mexique). L'espionnage atomique des Rosenberg fut inefficace. Cependant, ils transmirent aux Soviétiques une grande quantité de documents secrets importants tels que, selon l'historien Ronald Radosh, initialement acquis à la cause des Rosenberg, des informations relatives au design des premiers avions MIG, les dernières informations sur le radar et le sonar, ou encore les « proximity fuse » qui permirent d'abattre le U-2 de Gary Powers. En fait l'espionnage, sous forme de livraison de secrets et d'informations techniques, avait commencé en 1944 pendant la seconde guerre mondiale. À partir de 1942, s'il n'était pas membre du parti communiste américain, Julius Rosenberg considérait l'URSS comme le seul allié européen de "la race juive" contre Hitler et ne comprenait pas la réticence à aider massivement l'URSS et le retard de l'administration Roosevelt à organiser le second Front réclamé invariablement par Staline jusqu'en 1944. Lors d'une rediffusion dans les années 1980 du film Les Rosenberg ne doivent pas mourir de Stellio Lorenzi (réalisateur et scénariste) et d'Alain Decaux (scénariste), le second, convaincu en 1975, année de son tournage, de l'innocence absolue des Rosenberg (sur la base de la lecture de leurs lettres de la maison de la mort publiées en 1953) admit que Julius Rosenberg avait bien en 1944 livré quelques secrets aux Soviétiques. Mais les États-Unis et l'URSS étaient alors alliés contre l'Allemagne hitlérienne. C'était alors, précisa-t-il, la première fois qu'on avait condamné à mort quelqu'un pour espionnage dans un pays ami.