Ernest Gellner (Montrouge, 9 décembre 1925 - Prague, 5 novembre 1995) est un anthropologue, sociologue et philosophe britannique d'origine tchèque. Il est connu pour ses travaux sur la modernité et la modernisation, ainsi que par sa défense du rationalisme critique et de l'universalisme des Lumières.
Il est en même temps professeur de philosophie et d'anthropologie sociale et culturelle. Il enseigne de 1949 à 1984 la philosophie, la sociologie et l'histoire des idées politiques à la London School of Economics dont il est professeur titulaire de philosophie de 1962 à 1984 et professeur distingué de l'Académie Britannique (Fellow of the British Academy) en 1974.
Il enseigne également à l'Université de Cambridge de 1984 à 1993, et au Kings' College de Cambridge de 1984 à 1992. Il devient Boursier surnuméraire (Supernumerary Fellow) de 1992 à 1993.
Il termine sa carrière à l'Université d'Europe centrale de Prague dont il est professeur résident et directeur de son Centre d'études sur le nationalisme de 1993 à 1995.
Ses recherches s'inscrivent dans la tradition philosophique de Karl Popper et dans la tradition sociologique de Durkheim et de Max Weber. Pour Perry Anderson, de tous les sociologues weberiens, Gellner est celui qui « est resté le plus proche des problèmes intellectuels centraux de Weber ».
Ernest Gellner né à Montrouge en 1925, de nationalité tchécoslovaque, est considéré comme un exilé juif de langue allemande mais reste pleinement européen. Le père d'Ernest, Rudolf Gellner, travaille comme journaliste, avant de devenir un petit entrepreneur. Comme de nombreux germanophones de la Bohême, Rudolf doit apprendre la langue tchèque à la suite de la création de la Tchécoslovaquie (1918). Rudolf combat pendant la Première Guerre mondiale. Il vit également en Sibérie. Quand Ernest nait, Rudolf étudie à Paris mais peu de temps après, la famille déménage à Prague où Ernest fréquente un lycée anglais (Grammar school).
En 1939, avec l'arrivée du nazisme en Europe, sa famille est obligée de s'enfuir au Royaume-Uni. Une des sœurs de Rudolf habitait déjà en Angleterre. Le 10 mars 1939, Adolf Hitler ordonne l'entrée de l'armée allemande dans Prague, une conséquence des accords de Munich. Cette même année, Ernest Gellner, âgé de 13 ans, est autorisé à traverser l'Allemagne en prenant le train, avec sa mère et sa sœur, pour aller au Royaume-Uni. Les hommes adultes n'étant pas autorisés à voyager, son père traverse la Pologne illégalement. Par deux fois, il est renvoyé, mais sa troisième tentative réussit. Avec l'aide de d'amis russes du temps de la Première Guerre mondiale, Rudolf Gellner obtient à Varsovie les visas de transit qui lui sauve la vie. Il passe ensuite par la Suède, avant d'arriver en Angleterre, retrouvant sa famille à Londres. Le frère de Rudolf Gellner, Otto, meurt dans l'Holocauste.
Ernest et sa famille habitent d'abord à Highgate, au nord de Londres avant de déménager vers St Albans, où Ernest étudie à la St Albans County Grammar School. Il est un bon étudiant et obtient une bourse d'études pour le Balliol College, à Oxford. Ironiquement, Gellner dira dans une entrevue avoir profité d'une "politique à la Coloniale Portugaise", que maintenaient les natifs en paix, conférant aux plus aptes d'entre les plus pauvres la permission d'étudier.
À Oxford, Gellner étudie la philosophie, la politique et l'économie (Philosophy, Politics and Economics -PPE). Il interrompt ses études pendant une année pour combattre pendant la Seconde Guerre mondiale, et incorpore la brigade Tchèque. À 19 et 20 ans, le jeune Ernest participe au siège de la ville de Dunkerque, peu après le débarquement de Normandie.
Après l'armistice, il participe aux commémorations et aux parades militaires de la victoire à Prague. Il n'y reste que peu de temps, l'opposition entre les États-Unis et l'Union soviétique s'intensifiant, l'Armée Rouge demande aux militaires tchèques de sortir et de revenir au secteur américain après les commémorations.
En 1945, il retourne en Angleterre et y termine ses études avec distinction (first class honors) en 1947. La même année, il commence sa carrière académique comme auxiliaire du professeur John Macmurray à la faculté de philosophie morale de l'Université d'Édimbourg. En 1949, il va à Londres pour enseigner la sociologie à la London School of Economics (LSE), où il devient professeur en 1962. Il y poursuit la plus grande partie de sa carrière universitaire.
À partir de 1954, Gellner fait plusieurs voyages en Afrique du Nord, pour des recherches anthropologiques, son nouveau domaine de prédilection et entre en contact avec les Berbères dans les monts de l'Atlas. Ce travail aboutit avec son doctorat en anthropologie sociale, sous l'orientation des professeurs Raymond Firth et Paul Sterling.
Lors de ces séjours, il est en contact direct avec la religion musulmane, ce qui fait l'objet de plusieurs de ses livres, notamment Saints of the Atlas publié en 1969.
En 1979, encore à la LSE, il devient professeur de philosophie. En 1984, il devient le professeur William Wyse d'anthropologie sociale à l'Université de Cambridge.
L'évolution universitaire de Gellner est originale et marque son œuvre. Ayant débuté dans la philosophie, il évolue vers la sociologie puis vers l'anthropologie sociale. Comme il le dit dans une entrevue en 1991, ce changement de domaine est une échappatoire à la philosophie linguistique :
« Et le paradoxe, l'ironie ultime, c'est qu'ayant fui la philosophie pour l'anthropologie, pas exclusivement mais en partie pour échapper à la philosophie du langage, je vois maintenant à mon âge que ce que je fuyais est à présent dominant dans l'anthropologie : ce que j'appelle le fléau hermeneutique, inspiré en partie par Wittgenstein, est devenu récemment très influent dans l'anthropologie. Je pense qu'il est aussi aberrant en anthropologie qu'en philosophie. C'est ironique qu'il semble qu'il me poursuive. »
— John Davis (février 1991), An Interview with Gellner
De 1989 à 1990, il vit en Union soviétique à la suite d'une invitation exceptionnelle par l'Académie des Sciences soviétique.