Ce Jour-là

Enrique Morente

Chanteur de flamenco, auquel il associa jazz et rock

Anúncio

Enrique Morente Cotelo, plus connu sous le nom de Enrique Morente, né à Grenade le 25 décembre 1942 et mort le 13 décembre 2010 à Madrid, est un chanteur espagnol de flamenco et une figure controversée du flamenco moderne.

Après des débuts traditionnels, Enrique Morente s'est lancé dans l'expérimentation, écrivant de nouvelles mélodies pour le cante (le chant flamenco) et jouant avec des musiciens de tous styles, sans renoncer pour autant à ses racines (le chant traditionnel flamenco), En dépit des critiques sévères venant des puristes les plus extrêmes parmi le public et les critiques, il est probablement le chanteur de flamenco moderne le plus influent, qui non seulement a innové, mais dont on peut dire qu'il a créé également la tradition : certains de ses cantes ont été interprétés par d'autres chanteurs tels que Camarón de la Isla, Mayte Martín, Carmen Linares, Miguel Poveda, Segundo Falcón et Arcángel.

Enrique Morente, né dans le quartier d'Albaicín à Grenade, a commencé à chanter comme seise (un membre d'un groupe d'enfants qui chantent, dansent et jouent des castagnettes pendant certaines fêtes religieuses). Il s'est senti attiré par le chant flamenco dès l'enfance et il a eu la chance d'apprendre lors des réunions de famille et d'écouter des personnalités emblématiques de Grenade comme Cobitos, des membres de la famille Habichuela, ou Aurelio Sellés (Aurelio de Cádiz) :

« Le cante naît en vous quand vous écoutez le chant des villageois, le chant des gens là où ils sont nés. Des groupes de personnes qui se retrouvent dans une taverne et commencent à chanter, et puis vous les écoutez et vous vous mettez à chanter aussi : vous apprenez aux réunions familiales où tout le monde chante, tout le monde boit et tout le monde danse et… À part ça, il s'avère que, bien sûr, il vous faut de la technique, il vous faut une école, il vous faut apprendre. Afin de parvenir à cela, ce dont vous avez besoin… l'aide principale que vous pouvez avoir c'est d'avoir le goût pour ça et ensuite la capacité de savoir de qui apprendre et de quelles sources, où trouver le bon. Ensuite vous y êtes. »

Toutefois, cette appréciation de l'aspect populaire du flamenco ne signifie pas qu'il considérait le flamenco seulement comme « un art du peuple ». Un artiste flamenco, pour lui, a besoin de technique et de dévouement :

« C'est à nous, les artistes professionnels de flamenco, de faire du cante flamenco et à personne d'autre. Le flamenco, comme n'importe quel autre art, est un art de professionnels, bien que beaucoup de gens nous regardent étonnés et l'air de dire: quelles intéressantes petites créatures ! ou peut-être: oh ! quelle musique ces gens jouent ils ! et ainsi de suite. Et souvent les gens pensent peut-être qu'il faut avoir les doigts gonflés par le ramassage de pommes de terre pour être capable de jouer de la guitare avec sentiment. Remarque, ramasser des pommes de terre est tout aussi digne que de jouer de la guitare. Mais je peux vous dire qu'un homme -avec des doigts fins et sensibles ne sera pas capable de faire le ramassage des pommes de terre : et je peux aussi vous dire qu'un homme ayant les doigts enflés par le ramassage des pommes de terre se sera pas capable de jouer de la guitare parce qu'il n'a pas la dextérité et qu'il n'a pas le dévouement. C'est une profession comme toute autre à laquelle il faut se vouer complètement. C'est un art pour les professionnels. »

À l'adolescence, Morente est allé vivre à Madrid pour commencer une carrière de chanteur professionnel. Là, il a pu rencontrer d'anciens maîtres comme Pepe de la Matrona et Bernardo el de los Lobitos, et a appris d'eux autant qu'il a pu. Pepe de la Matrona a pris un intérêt particulier dans l'enseignement du jeune chanteur: "Ce n'est pas tant l'intonation d'Enrique Morente, ses registres ou son style mélismatique (voir mélisme) qui ont suscité cet intérêt mais plutôt son attitude envers les choses, son respect et sa capacité d'apprentissage." À Madrid, il a commencé à chanter dans des "peñas flamencas" (clubs pour les amateurs de flamenco). En 1964, il a signé un contrat avec le Ballet de Marienma, avec lequel il s'est produit au Pavillon de l'Espagne à la Foire internationale de New York et à l'ambassade d'Espagne à Washington. Plus tard, il a pris part à un festival de flamenco au Teatro de los Alcázares de los Cristianos Reyes, partageant l'affiche avec Juan Talega, Fernanda et Bernarda de Utrera, Gaspar de Utrera, Tomás Torre et Antonio Mairena. Au cours de cette année et la suivante, il a également tourné en Europe et au Japon avec différentes compagnies de danse flamenca, et a été employé dans plusieurs "tablaos" (lieux pour le flamenco) à Madrid, comme Las Cuevas de Nemesio, Zambra et El Café de Chinitas.

Morente a fait son premier disque, Cante flamenco, en 1967 avec le guitariste Félix de Utrera. Il a reçu un prix mention spéciale de la Catédra Flamencología (Chaire de flamencologie) et a été suivi par Cantes antiguos del flamenco (1969), avec le guitariste Niño Ricardo. Ses premiers albums sont strictement classiques et montrent une connaissance approfondie du flamenco traditionnel, une rare qualité pour les chanteurs de sa génération. Au cours de cette période, il a également eu un premier contact avec le guitariste Manolo Sanlúcar, avec lequel il a coopéré à plusieurs reprises. Sanlúcar l'a accompagné lors de son concert à l'Ateneo de Madrid, la première fois qu'un chanteur de flamenco s'est produit dans cette prestigieuse institution culturelle.

Dans son album suivant, Homenaje flamenco a Miguel Hernández ("Hommage flamenco à Miguel Hernández") en 1971, il a commencé à utiliser des textes de poètes remarquables, ce qu'il a fait fréquemment par la suite. Plus tard, il enregistrait des chants flamencos avec des textes de Federico García Lorca, Jean de la Croix, Lope de Vega, Al Mutamid, Antonio Machado et Manuel Machado, Jorge Guillén, et d'autres. Peu de temps après, un enregistrement public illégal a été publié aux Pays-Bas.

« Ce qui retient le plus l'attention dans ses premières productions, c'est le soin qu'il consacre aux paroles de ses cantes. C'est probablement la première étape dans sa carrière future en tant que novateur dans le flamenco. Les poèmes de Miguel Hernández, par exemple, sont devenus immortels à travers des morceaux émouvants comme la Nana de la Cebolla ou El Niño Yuntero. Avec l'engagement qu'il a montré, dans ces poèmes, contre le régime franquiste, il est devenu le chanteur flamenco favori de l'opposition de gauche dans le pays, ainsi que l'un des premiers novateurs. »

En 1971 et 1972, il a fait une tournée au Mexique avec le guitariste Parrilla de Jerez et la danseuse Ana Parilla (tournée qui comprenait une représentation à l'auditorium de la Universidad de Las Americas) et a joué au Lincoln Center (où il reviendrait en 1973) et à l'Institut espagnol de New York. En 1972, il a également reçu le "Premio Nacional del Cante" (Prix National de chant flamenco) de la Cátedra de Flamencología (Chaire de flamencologie) de Jerez de la Frontera.

L'alternance de la tradition et de l'innovation

Il est revenu au chant flamenco traditionnel avec son album Homenaje a Don Antonio Chacón ("Hommage à Antonio Chacón"), en 1977, qui a obtenu le Prix national pour le meilleur album de musique folk accordé par le Ministère de la Culture. Dans cet album, Morente défend le chanteur Antonio Chacón comme étant le créateur de la Granaína et une figure fondamentale du flamenco dans les premières décennies du XXe siècle, lequel avait été, néanmoins, relégué, du point de vue de la "flamencologie" des années 1950 à 1970, au rang de représentant du flamenco non gitan que cette génération considérait comme impur. Toutefois, dans cette alternance entre tradition et innovation typique de Morente, cet album a été immédiatement suivi, en 1978, par Despegando ("Décollage"), cette fois dans un état d'esprit novateur: le titre lui-même est, en fait, une déclaration d'intentions.

En 1981, il a présenté un nouveau spectacle, Andalucía hoy ("Andalousie aujourd'hui"), qu'il allait plus tard donner au théâtre de l'Olympia à Paris. En 1982, certains de ses morceaux ont été choisis par le flamencologiste José Blas Vega pour figurer dans l'anthologie du flamenco Magna Antología del Cante (une collection complète des divers styles traditionnels de chants flamenco) afin d'illustrer des chants tels que les tarantas d'Almería, plusieurs types de cartageneras, les fandangos de Frasquito Yerbabuena, et toutes les malagueñas et granaínas créées par Antonio Chacón.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Enrique Morente | World in Stories