L'Empire allemand (en allemand : Deutsches Kaiserreich) est le régime politique de l'Allemagne de 1871 à 1918. Fondé pour former l'État-nation de l'Allemagne, il repose sur une monarchie parlementaire autoritaire et une organisation territoriale fédérale.
Ce régime suit la dissolution de la Confédération germanique (1815-1866). Après la constitution de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867-1871), la politique d'Otto von Bismarck voit la création de l'Empire allemand comme l'aboutissement de la formation d'un régime impérial dominé par le royaume de Prusse et la maison de Hohenzollern, et indépendant de l'Autriche. C'est la solution petite-allemande (Kleindeutsche Lösung) qui parachève l'unité allemande. Le roi de Prusse Guillaume Ier est proclamé empereur dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 18 janvier 1871, après la victoire de l'Allemagne contre la France de Napoléon III à l'issue de la guerre franco-allemande de 1870. La date de proclamation, le 18 janvier, choisie personnellement par le roi Guillaume Ier, est le jour-anniversaire du premier couronnement, celui de l'électeur Frédéric III de Brandebourg, couronné « roi en Prusse » en 1701.
Sur le plan politique, économique et social, l'Allemagne impériale est marquée par le développement d'une industrie de pointe, elle passe d'un État rural à un État industrialisé, et le système politique très décentralisé laisse la place à un ensemble avec une forte concentration des pouvoirs. Le secteur tertiaire se développe, le commerce et la finance prennent une place plus importante. Les réparations de guerre de la France encouragent ce développement, qui sera toutefois temporairement ralenti par le krach de 1873. La place de l'artisanat et de l'agriculture baisse dans le calcul du PIB. Les changements sociaux principaux de cette période sont l'exode rural, l'urbanisation et la croissance démographique. Cependant, la noblesse garde son prestige et sa mainmise dans la diplomatie, l'armée, la politique et la haute administration.
Le développement des politiques intérieure et extérieure se fait sous l'impulsion du chancelier impérial Otto von Bismarck jusqu'en 1890. Cette période est considérée comme une phase relativement libérale du régime : des réformes intérieures sont menées, le Kulturkampf (le combat pour un idéal de société) permet une indépendance de l'Allemagne vis-à-vis des autorités religieuses catholiques, malgré un tournant conservateur en 1878-1879 avec notamment l'adoption de lois antisocialistes. L’État reste interventionniste et met en place des mesures de protectionnisme économique et un système de sécurité sociale. Dans le domaine de la politique internationale, Bismarck met en place un système complexe d'alliances avec les États voisins afin de maintenir l'Empire allemand en position de force face à la France.
En 1890, Bismarck est contraint à la démission. Le nouvel empereur Guillaume II mène un règne plus personnel, même s'il reste sous l'influence d'autres personnalités. Ses décisions prennent parfois une tournure incohérente ou imprévisible. Cette période est appelée fréquemment « ère wilhelminienne ».
La montée d'organisations et de partis de masse ainsi que l'importance croissante de la presse renforce le poids de ces derniers dans l'opinion publique. En réaction, le gouvernement mène une politique d'expansion coloniale et d'armement de la flotte très populaires pour compenser des politiques générales anti-sociales-démocrates. L'Allemagne renforce sa domination maritime et devient une puissance rivale des autres puissances coloniales dans le partage du monde, notamment avec le Royaume-Uni. Mais elle reste isolée, ce qui n'éloigne donc pas le risque d'une guerre. Le jeu d'alliances dessert la stabilité de l'Europe en 1914. Première puissance militaire européenne continentale, l'Empire allemand, contraint de gérer simultanément plusieurs fronts au cours de la Première Guerre mondiale, est vaincu en 1918 et perd le soutien de la population.
L'Empire allemand prend fin le 9 novembre 1918, par l'abdication de l'empereur Guillaume II et la proclamation de la république de Weimar à la suite de la révolution allemande, deux jours avant l'armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.
En allemand, « Deutsches Reich », traduit en français par Empire allemand ou par Empire germanique peut renvoyer :
au Saint-Empire romain germanique (962-1806), en allemand « Heiliges römisches Reich deutscher Nation » ;
à l’Empire allemand (1871-1918), parfois appelé Deuxième Reich afin de le placer dans la continuité du Saint-Empire, de fait le Premier Reich ;
à la république de Weimar (1919-1933), de façon formelle (la Constitution de Weimar est officiellement nommée Verfassung des Deutschen Reichs) ;
à l’Allemagne nazie (1933-1945), appelée Troisième Reich (« Drittes Reich »), voire Reich Grand-Allemand (« Großdeutsches Reich ») à partir de 1943.
Aujourd'hui, si le terme « Reich » évoque en français pour la plupart des personnes le Troisième Reich, il sert tout autant dans la littérature historique à désigner l'Empire allemand. Sans précisions supplémentaires, « Empire allemand » désigne le régime politique de l'Allemagne de 1871 à 1918.
Pour désigner l'Allemagne de la période de 1871 à 1918 sous ses aspects culturels et sociaux, le terme d’Allemagne wilhelminienne est également utilisé, ce en référence aux noms des empereurs Guillaume Ier (en allemand : « Wilhelm I. ») et Guillaume II (« Wilhelm II. »), deux des trois empereurs de cette période.
La fondation de l'Empire allemand (deutsche Reichsgründung) est effective le 1er janvier 1871, avec l'entrée en vigueur de la constitution provisoire publiée la veille.
Le rapport entre la confédération de l'Allemagne du Nord et l'Empire allemand est le sujet d'une controverse doctrinale opposant les défenseurs de la « continuité » (Rechtskontinuität) d'un même État à ceux de la « succession » (Rechtsnachfolge) de deux États.
L'Empire allemand résulte d'une extension de la confédération de l'Allemagne du Nord, mise en place en 1867 après la paix de Prague et dont la constitution est légèrement remaniée afin à la fois d'incorporer les États allemands du Sud du Main, mais aussi de donner une forme explicitement monarchique à la confédération.
Par les traités dits de novembre, les royaumes de Bavière et de Wurtemberg ainsi que les grands-duchés de Bade et, pour la partie située au sud du Main, de Hesse, adhèrent à la confédération. Le traité entre la confédération de l'Allemagne du Nord, le grand-duché de Bade et celui de Hesse, est signé à Versailles le 15 novembre 1870, le traité de Berlin du 25 novembre 1870, le traité de Versailles du 23 novembre 1870.