Un empereur romain est le principal dirigeant de l'Empire romain, depuis la fin de la République romaine avec Auguste (en 27 av. J.-C.) jusqu'à la chute des empires et principautés issues de la décomposition de l'empire byzantin.
Dans la période antique, le terme ne définit pas de fonction précise et légale mais plutôt un conglomérat de pouvoirs, initialement liés à des fonctions de la période républicaine ; cette accumulation de pouvoirs a évolué au fil des siècles. Le titre d'« empereur », résultant d'un concept assez moderne, n'était pas utilisé par les Romains avec le même sens : si un homme était « empereur proclamé », il était souvent appelé « Auguste », « César » ou « Imperator » pour les militaires (dont est dérivé le terme empereur), alors que le titre est aujourd'hui utilisé pour résumer la position tenue par les individus détenteurs du pouvoir dans l'Empire romain.
Comme l'écrit Paul Veyne : « Le rôle d'empereur romain était d'une ambiguïté à rendre fou […]. Un César devait avoir quatre langages : celui d'un chef dont le pouvoir civil est de type militaire et qui donne des ordres ; celui d'un être supérieur (mais sans être un dieu vivant) vers lequel monte un culte de la personnalité ; celui d'un membre du grand conseil d'Empire, le Sénat, où il n'est que le premier parmi ses pairs, qui n'en tremblent pas moins pour leur tête ; celui du premier magistrat de l'Empire qui communique avec ses citoyens et s'explique devant eux ». C'est un simple mandataire de la collectivité, chargé par elle de diriger la république.
Les empereurs romains refusaient d'être considérés comme des rois, préférant l'idée d'apparaître comme des représentants de la République. Le premier empereur, Auguste, évite toute association avec le terme de monarque, clamant que ses pouvoirs sont authentiquement républicains, et pendant la période du principat (27 av. J.-C.-285) les institutions républicaines (sénat et magistratures) sont conservées. L' empereur est considéré primus inter pares, « premier entre ses pairs », bien que les pouvoirs soient de fait concentrés dans ses mains. Avec Dioclétien, qui amorce le dominat (285-476), ces institutions sont abandonnées, et les empereurs deviennent des « monarques », bien que le contraste avec les « rois » soit maintenu, et deviennent dominus et deus, « maître et dieu ». Au sein de l'Empire romain d'Orient, les empereurs à partir d’Héraclius adoptent le titre de Basileus (« roi » en grec), mais qui est réservé aux empereurs « romains », alors que les autres rois sont appelés Rigas.
En plus de leur fonction pontificale (pontifex maximus), les empereurs avaient un statut divin, initialement après leur mort, et, depuis le dominat, à partir de leur accession au pouvoir. Lorsque le christianisme prévaut sur le paganisme, le statut religieux des empereurs change, pour devenir lieutenant du Christ sur Terre.
Fonctions et pouvoirs des empereurs romains
Les origines du pouvoir impérial
Le pouvoir impérial est une délégation, une mission confiée à un individu théoriquement choisi ou accepté par le peuple romain et le Sénat. Les Césars successifs sont ainsi présentés comme « une chaîne perpétuelle de délégations ».
Tout citoyen dévoué appartenant à la noblesse sénatoriale des « clarissimes » peut prétendre au pouvoir pour assurer le salut commun. Des lois non écrites écartent les Grecs et plus tard les Germains.
Pour l'historien Jean Béranger, les empereurs romains sont de grands « patriotes » qui assument les affaires publiques, les transmettent tout naturellement à leur héritier présomptif, ou encore les conquièrent de haute lutte. L’empereur n’est donc pas un roi héréditaire. Parfois, les empereurs adoptent la personne destinée à leur succéder. Parfois, la succession est héréditaire. Mais dans ce cas, le nouvel empereur, ne succède à son père dans son poste que s’il en a reçu expressément l’investiture. En cas de crise, un général porté en triomphe par ses soldats peut par les armes accéder au pouvoir suprême, c'est le cas pendant la crise du troisième siècle.
Jusqu’à la fin de l’Empire byzantin, l'idée que le trône n’était la propriété de personne, ni d’un individu ni d’une dynastie, a survécu. La conséquence d'un tel système est le risque de guerre civile à chaque changement de règne. Les périodes où la succession s'est effectuée de manière paisible, comme sous les Antonins, ont été des exceptions. Le Sénat et le peuple sont pénétrés par la crainte d’une guerre civile à chaque succession. Ils acceptent donc avec empressement l'idée qu’un descendant du prince régnant prenne la suite de son père. Un des devoirs de tout empereur est de préparer la transmission pacifique de son trône. Le choix le plus logique est, même aux yeux des Romains, de désigner son fils ou d’en adopter un. Au Ier siècle, après l'assassinat de Néron, Galba adopte en hâte Pison, Othon se prépare à adopter son neveu et Vitellius présente son enfant à ses soldats. Quand l’empereur régnant parvient à transmettre sans problème son pouvoir à son successeur, cela est considéré comme l’achèvement d’un règne réussi. En fait, l’hérédité du trône n’est pas un principe de droit public, mais une pratique aristocratique admise par l’opinion romaine.
Aux IIIe et IVe siècles, les empereurs sont créés par un nouveau groupe, l’état-major d'une armée. Il choisit le nouvel empereur, ensuite avalisé par le Sénat. Le rang impérial est devenu, aux yeux des militaires, le grade le plus élevé dans la hiérarchie des officiers.
Le terme français empereur provient du mot latin imperator, lequel appartient à la famille de imperare (commander) ou imperium (commandement, pouvoir). Le mot imperator désigne un général victorieux ayant été acclamé par ses troupes et ayant ainsi eu droit au triomphe, accordé par le Sénat. Cependant, après le triomphe, en même temps que son imperium (pouvoir de commander les troupes), il devait déposer également son titre.
Jules César est le premier dirigeant romain à porter ce titre, suivi par Auguste, premier empereur. Le titre d'imperator tombe ensuite en désuétude avant de refaire surface sous le règne de Néron ; il est ensuite porté comme prænomen par tous les empereurs romains. De là découle le fait que le titre imperator devient essentiellement porté par l'empereur. Les généraux victorieux, même acclamés par leurs soldats, voient souvent cette acclamation être ajoutée à la liste de celles de l'empereur.
Les Romains abrégeaient le terme imperator en IMP, et ce terme apparaissait généralement deux fois dans la titulature d'un empereur. La première fois donc en tant que prénom (prænomen), et la seconde fois en tant que titre, suivi du nombre de fois où l'empereur avait été, personnellement ou par ses généraux, acclamé (l'accession à l'Empire comptant pour une acclamation).
Grâce à l'imperium, l'empereur exerce un pouvoir sans partage en toute impunité. L’imperium est la puissance absolue et complète d’un officier sur le champ de bataille. Il a droit de vie et de mort sur ses hommes.
Cette puissance, initialement divisée entre plusieurs magistrats, est placée durant la période impériale dans les mains d'un seul homme. L'empereur décide de la paix et de la guerre, lève les impôts et est le maître des dépenses publiques. En sa qualité de Pontifex maximus, il est le maître des cultes publics et du droit religieux. Aucun autre pouvoir ne limite le sien. Chaque nouvel empereur a un rôle aussi indéterminé qu’immense. L’empereur peut légiférer directement par un édit ou un simple rescrit ayant la valeur d'une loi votée par le Sénat, car tout ce que l'empereur décide est légal. Il ne consulte le Sénat qu’à sa propre convenance, pour valider ses choix.
L'empereur a droit de vie et de mort sur tous ses sujets. Il peut même faire exécuter un sénateur sans jugement, car la vie de tout homme est à sa merci. L'empereur détient donc seul le pouvoir véritable, tout en affectant d’être un serviteur responsable de l’État. Cette ambivalence était l’essence même du césarisme. De fait, le cérémonial, le culte impérial et le caractère sacré des images impériales créent un fossé entre les empereurs et le reste des hommes. De plus, aux yeux du peuple, l'empereur n’est pas un mandataire, mais un maître, un être supérieur par nature à ses sujets.