Ce Jour-là

Emmanuelle Riva

Actrice française

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Emmanuelle Riva est une actrice de cinéma et de théâtre, et poète française née le 24 février 1927 à Cheniménil (Vosges) et morte le 27 janvier 2017 dans le 16e arrondissement de Paris.

Parallèlement à sa brillante carrière théâtrale, elle apparaît depuis la fin des années 1950 dans plus de 80 rôles au cinéma et à la télévision, principalement des drames. Cette artiste délicate et séduisante a surtout connu le succès en interprétant des personnages féminins, intelligents et tendres. Elle s'est fait connaître du grand public grâce au film Hiroshima, mon amour (1959) d'Alain Resnais. Pour le drame Thérèse Desqueyroux de Georges Franju, elle reçoit la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise 1962. En 2013, à la suite de son interprétation d'une professeure de piano octogénaire victime de deux accidents vasculaires cérébraux dans Amour de Michael Haneke, elle obtient le César de la meilleure actrice, puis une nomination aux Oscars.

Paulette Germaine Riva naît le 24 février 1927 à Cheniménil dans la vallée de la Vologne du département des Vosges, et grandit à Remiremont. Elle était la fille unique d'un peintre en bâtiment dont le père était originaire de Lombardie italienne. Alors qu'elle était encore à l'école, elle ne peut se satisfaire du métier de couturière auquel elle semble destinée et rejoint la troupe de théâtre amateur local Les Grand Jardins. Elle se produit pour la première fois dans des pièces telles que Le Chapeau chinois de Franc-Nohain, Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux ou Antigone de Jean Anouilh, et développe rapidement une passion pour le jeu d'acteur. Lors d'un séjour d'une semaine chez une tante à Paris, elle assiste régulièrement à des représentations théâtrales et entre en contact avec des élèves comédiens et leur professeur, François Maistre, au Théâtre Sarah-Bernhardt. Bien que Maistre ait essayé de la convaincre de rester à Paris en tant qu'élève comédienne et que le théâtre lui ait proposé un emploi dans l'atelier de couture, Riva est retournée dans sa famille à Remiremont.

Après le collège — ses mauvais résultats en mathématiques l'ont empêchée de suivre les cours complémentaires en tant qu'élève — elle a été employée pendant deux ans dans un atelier de couture. C'est à cette époque qu'elle a commencé à souffrir de graves dépressions. Après avoir lu dans le journal qu'il y avait des examens d'entrée au Centre d'Art Dramatique de la rue Blanche à Paris, elle décida, contre la volonté de ses parents, de déménager dans la capitale et de se lancer dans une carrière sérieuse de comédienne. Trop âgée pour se présenter à une formation au prestigieux Conservatoire national supérieur d'art dramatique (CNSAD), elle se présenta au printemps 1953 au Centre d'Art Dramatique dans la pièce On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset.

Grâce à son amitié avec la directrice du Centre d'Art Dramatique, Riva est entrée dans la classe de Maurice Donneaud. « Il (Donneaud) m'a appris la simplicité des gestes. Mes qualités, même les plus désordonnées, ont été consolidées », explique Riva, qui a également suivi les cours de Jean Meyer. Sous Donneaud, l'élève comédienne craignait cependant d'être cantonnée à des rôles de tragédienne, avant qu'un autre professeur de l'école d'art dramatique, René Dupuy, ne découvre ses talents de comédienne. Dupuy lui obtient un rôle dans une mise en scène des Le Héros et le Soldat (Arms and the Man) de George Bernard Shaw (1954) au Théâtre Gramont. Elle se produit ensuite dans des pièces modernes dans différents théâtres parisiens, dont Espoir d'Henri Bernstein (1955), Le Séducteur de Diego Fabbri ou La Profession de madame Warren de Shaw (tous deux en 1956). En 1957, elle joue pour la première fois un rôle classique dans la tragédie Britannicus de Jean Racine au Théâtre du Vieux-Colombier. Un an plus tard, elle obtient un rôle de figuration dans le long métrage Les Grandes Familles de Denys de La Patellière (1958).

Rencontre avec Alain Resnais pour Hiroshima, mon amour

C'est en figurant sur l'affiche de L'Épouvantail — une pièce de Dominique Rolin, mise en scène par André Barsacq — qu'elle attire l'attention du documentariste français Alain Resnais sur cette actrice aux cheveux noirs. En raison de son timbre de voix, il lui a confié le premier rôle féminin de son premier long métrage Hiroshima, mon amour (1959), sur un scénario de Marguerite Duras. Le drame, qui raconte la brève rencontre amoureuse entre une actrice de cinéma française et un architecte japonais (interprété par Eiji Okada) à Hiroshima, connaît un succès aussi bien public que critique. Riva, blonde au teint clair, a été saluée pour sa prestation d'actrice exceptionnelle, grâce à laquelle elle « donnait du sens et de la tendresse à chaque mot et à chaque phrase ». En 1960, elle reçoit l'Étoile de Cristal de la meilleure actrice française, suivie l'année suivante d'une nomination en tant que meilleure actrice étrangère pour le British Academy Film Award de la meilleure actrice. Ce dernier a cependant été décerné à l'Américaine Shirley MacLaine pour La Garçonnière (1960). En septembre 1958, avant le tournage, treize ans après l'explosion de la bombe du 6 août 1945, Emmanuelle Riva parcourt les rues de la ville martyre avec son appareil photo Ricohflex et en saisit la vie retrouvée. Ces photos illustrent l'ouvrage collectif Tu n'as rien vu à Hiroshima.

Jean-Luc Godard devait plus tard comparer Riva à « une sorte de George Sand de 1959 », en référence à son rôle dans Hiroshima, mon amour, tandis que le critique Jacques Doniol-Valcroze attribuait son succès au fait que l'actrice était une « femme moderne et adulte », et non une « femme adulte ». « Elle est au contraire très enfantine, guidée uniquement par ses impulsions et non par ses opinions », selon Doniol-Valcroze. Riva elle-même considérait rétrospectivement le tournage comme une expérience à la limite entre la fiction et la réalité : « Je ne faisais plus de différence entre la vie du film et la vie réelle… C'était ma vie. Cela signifiait tout. Pendant les deux mois de tournage, je m'y suis totalement abandonnée. Dans certaines limites bien sûr », explique Riva.

Adua et ses compagnes, Kapò et Léon Morin, prêtre

Connue du public international, Emmanuelle Riva est dès lors considérée comme l'interprète idéale des « femmes d'aujourd'hui, modernes, indépendantes, mais sensibles et douces ». Pourtant, elle éprouve dès lors des difficultés à renouer avec ses succès passés : « Au cinéma, on me proposait des imitations du film de Resnais, au théâtre de très mauvaises pièces », déclare Riva. L'actrice refuse de nombreuses propositions. En 1959, elle collabora à nouveau avec René Dupuy sur la pièce de théâtre de Tirso de Molina, Le Timide au palais, au festival de Montauban. En 1961, Riva monte sur scène à Assise sous la direction d'Henry Soubeyran dans une mise en scène de Jeanne d'Arc de René Clermont.

Au cinéma, Emmanuelle Riva apparaît en 1960 dans la comédie satirique d'Antonio Pietrangeli, Adua et ses compagnes. Aux côtés de Simone Signoret, Sandra Milo et Gina Rovere, elle est l'une des quatre ex-prostituées qui veulent s’établir à leur compte en ouvrant un restaurant en banlieue de Rome. Le personnage principal masculin du film n'est autre que Marcello Mastroianni. Selon Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles, « on déguste ce film comme une savoureuse madeleine dont le goût se situe quelque part entre le drame néo-réaliste et la comédie à l'italienne et dont le féminisme sensible revêt aujourd'hui un caractère quasi-prophétique ».

Elle tient ensuite le rôle de Thérèse, détenue dans un camp de concentration nazi, dans le drame de guerre Kapò de Gillo Pontecorvo, aux côtés de Susan Strasberg et Laurent Terzieff. La mise en scène de sa mort dans le film deviendra célèbre par la critique — intitulée De l'abjection — qu'en fera Jacques Rivette dans les Cahiers du cinéma. Cette affaire du « travelling de Kapò » fera date dans l'histoire de la critique de cinéma française sur le rapport entre critique et morale.

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