Ce Jour-là

Emmanuel Suhard

Cardinal, archevêque et théologien catholique français (1874-1949)

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Emmanuel Suhard, né le 5 avril 1874 à Brains-sur-les-Marches et mort le 30 mai 1949 à Paris 7e, est un ecclésiastique catholique français

Évêque de Bayeux et Lisieux en 1928, archevêque de Reims en 1930, cardinal en 1935 et archevêque de Paris à partir de 1940, il occupe ce poste durant toute la période de l’occupation par les armées du IIIe Reich. Il dénonce dès septembre 1939 « le racisme hitlérien ». Pendant l'Occupation, « plutôt enclin au pétainisme », il pratique un « loyalisme sans inféodation » envers le régime de Vichy, tout en laissant la liberté de conscience. La censure interdit ses déclarations publiées dans le bulletin diocésain. Il ne proteste pas de manière spectaculaire pour ne pas entraîner des représailles envers les prêtres et les militants chrétiens. Les occupants exigent qu'il exprime sa docilité au national-socialisme, ce mot n'est jamais venu.

Il accueille le maréchal Philippe Pétain en avril 1944 à Paris, et assiste aux obsèques nationales du collaborateur Philippe Henriot. Le 26 août 1944, il lui est interdit d'accueillir le général de Gaulle à Notre-Dame, qui décide de le recevoir dès le 20 septembre après la visite de Pierre-Marie Théas, résistant.

Avec l'assemblée des cardinaux et archevêques (ACA), il fonde la Mission de France à Lisieux. Puis il crée la Mission de Paris et la communauté de Saint-Séverin. Il a aussi accompagné l'expérience des prêtres-ouvriers (« un mur sépare le monde ouvrier de l'Église, ce mur il faut l'abattre »).

En 1997, lors de la proclamation de sainte Thérèse de Lisieux comme docteur de l'Église, le pape Jean-Paul II cite le cardinal Suhard et la Mission de France.

Emmanuel Célestin Suhard est le fils d'Emmanuel Suhard et de Mme née Jeanne Marsollier (mariés le 25 juin 1873). Enfant pieux et timide, fils d'une veuve qui dirige seule la ferme familiale, il est jugé trop peu « dégourdi pour faire un curé » par le curé se son village, l’abbé Michineau, qui refuse de le recommander. En octobre 1888, il entre quand même au petit séminaire de Mayenne (ses condisciples incluent Joseph Hamon). Il le quitte en 1892 pour entrer le 6 octobre au grand séminaire de Laval où il effectue des études qui lui valent une bourse pour le séminaire français de Rome. Il y est ordonné prêtre en 1897.

Étudiant à Rome à l'université pontificale grégorienne, en même temps que le futur pape Pie XII et de Luigi Maglione, futur nonce en France, il obtient un doctorat en théologie, un doctorat en philosophie et une licence en droit canonique. L'université grégorienne lui décerne la grande médaille d'or, distinction suprême.

De retour en 1899 en France, il célèbre sa première grand-messe dans l'église de Brains-sur-les-Marches. Il est prêtre du diocèse de Laval.

Nommé professeur de philosophie au grand séminaire de Laval, il enseigne la théologie. Grâce à ses qualités d'accueil et d'écoute, il exerce une influence sur le clergé mayennais, bien qu'il ne soit pas très en cour à l'évêché car il rejette l'« Action française ». Il s'en explique : « L'Action française est trop particulariste. Le prêtre est fait pour tout le monde et doit accueillir tout le monde. »

Réformé en 1914, l'abbé Suhard est aumônier d'un hôpital militaire à Laval.

Il devient chanoine en 1919, mais l'évêque, Eugène Grellier, très proche de l'Action française, le tient à l'écart et refuse de le nommer supérieur du grand séminaire. Neuf ans plus tard, Eugène Grellier sera obligé de le sacrer évêque, car en 1928, Emmanuel Suhard est nommé évêque de Bayeux et Lisieux. Il est consacré le 3 octobre de la même année avec comme co-consécrateurs Florent du Bois de La Villerabel et Constantin Chauvin. Il est archevêque de Reims de 1931 à 1940, et créé cardinal en 1935. C'est l'un des six cardinaux français à participer au conclave de 1939 à l'issue duquel Pie XII est élu.

Il devient cardinal archevêque de Paris en 1940 et le reste jusqu'à sa mort en 1949.

Le siège archiépiscopal de Paris, qu'il rejoint pendant l'exode de juin 1940, devient pour lui une lourde charge, où il subit les épreuves de l'époque. Dès juillet 1940, les Allemands perquisitionnent l'archevêché.

Comme la plupart des hauts dignitaires de l'Église de France, il donne son approbation à la « politique de régénération morale » du maréchal Pétain. Il négocie avec l'amiral Darlan, le ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu et par l'intermédiaire d'Henri Dodier, le ministre de l'Éducation nationale Jérôme Carcopino, un système de financement par l'État de l'école privée catholique, qu'il obtient en juillet 1941. Les subventions sont réparties par les préfets, dans chaque département. Un horaire commode d'enseignement religieux facultatif est aussi instauré dans l'enseignement public.

Le 26 octobre 1941, il adresse une dépêche au chancelier Hitler pour demander la grâce des otages de Nantes et Châteaubriant.

Le 4 mars 1942, il assiste, aux côtés du chef de l'État Français, le maréchal Pétain, de Philippe Henriot devenu la voix de Radio-Paris, et du général Brécard, aux cérémonies commémorant les victimes du bombardement de la veille, qui sont le premier acte de propagande publique des collaborationnistes contre « l'esprit anglais » qu'incarne le général de Gaulle, chef de la résistance, en exil à Londres.

Le 22 juillet 1942, quelques jours après la rafle du Vél d'hiv, le cardinal Suhard adresse au maréchal Pétain, au nom des cardinaux et archevêques de France assemblés à Paris, la première protestation officielle de l'Église de France contre les persécutions dont sont victimes les juifs. Cette lettre n'est pas lue en chaire, comme le furent celles des évêques de Toulouse et de Montauban et de l'archevêque de Lyon, un mois plus tard, mais diffusée parmi les curés.

Il approuve la déclaration des évêques de France du 17 février 1944 qui condamne « les appels à la violence et les actes de terrorisme, qui déchirent aujourd’hui le pays, provoquent l’assassinat des personnes et le pillage des demeures » et accueille le maréchal Pétain à Notre-Dame, en avril 1944, ce qui lui sera reproché à la Libération. Alors même que la France est déjà partiellement libérée, il assiste à Notre-Dame aux funérailles nationales du ministre de l'Information et de la Propagande du gouvernement de Vichy Philippe Henriot, abattu par la résistance le 28 juin 1944.

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