Emma Goldman est une intellectuelle et militante socialiste et anarchiste russe puis américaine et canadienne née le 27 juin 1869 à Kowno et morte le 14 mai 1940 à Toronto, Canada, connue pour son activisme politique, ses écrits et ses discours radicaux libertaires et féministes. Elle a joué un rôle majeur dans le développement de la philosophie anarchiste en Amérique du Nord et en Europe dans la première moitié du XXe siècle.
Née à Kowno appartenant alors à l'Empire russe, dans la zone de résidence, elle émigre aux États-Unis en 1885 et vit à New York, où elle rejoint dès 1889 le mouvement anarchiste en plein essor après le massacre de Haymarket Square. Elle devient vite une écrivaine et conférencière renommée, captivant des milliers de personnes sur la philosophie anarchiste, les droits des femmes ou les luttes sociales.
Elle soutient, en 1892, une tentative d'assassinat de l'industriel Henry Frick, par son amant et ami de toujours, Alexandre Berkman. L'évènement conçu comme un acte de propagande par le fait a lieu lors de la grève de l'usine sidérurgique Homestead. Bien que Frick ne soit que blessé, Berkman est condamné à vingt-deux ans de réclusion. Elle est emprisonnée à plusieurs reprises dans les années qui suivent, pour « incitation à l'émeute » et distribution illégale d'informations sur le contrôle des naissances. En 1906, elle fonde le journal Mother Earth, distribué notamment par son amie Eva Kotchever, dont elle assure la rédaction en chef jusqu'à son interdiction en 1917. La même année, avec Berkman, elle est condamnée à deux ans de prison pour propagande antimilitariste contre la conscription. Ils sont ensuite expulsés vers la Russie.
Initialement, elle soutient la révolution bolchevique, mais s'oppose rapidement au Parti communiste, en prenant notamment la défense des anarchistes victimes de la répression. En 1921, elle fuit l'URSS et raconte son expérience, en 1923, sous le titre My Disillusionment in Russia.
Pendant son séjour en France, en 1928, elle rédige son autobiographie, Living my Life, publiée en 1931.
De 1936 à 1938, lors de la guerre civile et à l'invitation de la Confédération nationale du travail, elle se rend à plusieurs reprises en Espagne pour soutenir la révolution sociale. Elle meurt à Toronto le 14 mai 1940 à l'âge de 70 ans.
Pour certains, Emma Goldman est une « femme rebelle », libertaire et libre penseuse. Pour ses détracteurs, c'est une avocate de l'assassinat politique et de la révolution violente. Ses écrits et ses conférences touchent des domaines aussi divers que la prison, l'athéisme, la liberté d'expression, le militantisme, le mariage ou l’homosexualité. Bien qu'elle ne partage pas la revendication de la première vague du féminisme en faveur du droit de vote des femmes, elle développe une nouvelle réflexion intégrant davantage les femmes et la sexualité dans la philosophie anarchiste.
Dans les années 1970, après des décennies d'oubli, son parcours est revisité par des chercheurs féministes ou anarchistes. En 1979, ses Mémoires sont traduits et publiés en français sous le titre L'Épopée d'une anarchiste. New York 1886 - Moscou 1920. Ils sont réédités régulièrement depuis.
Sa famille d'origine juive orthodoxe lituanienne vit à Kaunas (alors Kowno), dans l'Empire russe. Sa mère, Taube Bienowitch, a deux filles d'un premier mariage : Helena (née en 1860) et Lena (en 1862). Le premier mari, mort de tuberculose, laisse une veuve dévastée.
Le second mariage de Taube est arrangé par sa famille et, d'après Emma, contrairement au précédent, ils ne sont pas « faits l'un pour l'autre ». Le second mari, Abraham Goldman, investit l'héritage de sa femme dans un commerce qui périclite rapidement, entraînant des privations qui s'ajoutent au manque de relation affective dans le couple, ce qui provoque des tensions. Taube est enceinte, Abraham souhaite ardemment avoir un fils : une fille, croit-il, serait un nouvel échec. Le couple a finalement quatre enfants dont Emma, l'ainée, et trois fils.
Emma Goldman est née le 27 juin 1869. Son père est violent, il frappe ses enfants notamment Emma, la plus rebelle, parfois avec un fouet. Sa mère la réconforte, tentant de modérer son mari. Avec le recul, Emma analyse plus tard l'origine de la fureur de son père et l'explique, en partie, comme une conséquence de ses frustrations sexuelles. Les relations avec ses demi-sœurs, Helena et Lena, lui procurent le réconfort qu'elle ne trouve pas chez sa mère, et comblent son enfance de « toute la joie qu'elle a eue ». La famille s'agrandit avec l'arrivée de trois frères, Louis (qui meurt à six ans), Herman (né en 1872) et Moishe (en 1879).
La famille déménage dans le village de Papilė, où le père gère une auberge. Emma y rencontre Petrouchka, un jeune paysan qui suscite ses « premiers émois érotiques ». Elle est le témoin du châtiment d'un paysan, fouetté à coup de knout dans la rue. Cet événement contribue à forger son opposition à toute autorité violente.
En 1876, sa famille déménage à Königsberg, alors ville prussienne de l'Empire allemand. Elle intègre une Realschule. Un des professeurs la punit, comme d'autres élèves, en la frappant à coup de règle sur les mains. Un autre enseignant tente de l'agresser mais comme elle résiste, il est renvoyé. Elle trouve un mentor bienveillant en la personne de sa professeure d'allemand, qui lui prête des livres et l'emmène à l'opéra. Étudiante passionnée, elle réussit les examens d'admission au Gymnasium mais son professeur de religion refuse de lui délivrer un certificat de bonne conduite et elle ne peut donc s'y inscrire.
En 1883, la famille déménage à Saint-Pétersbourg, où son père ouvre sans succès un autre magasin. La pauvreté oblige les enfants à travailler. Emma exerce plusieurs métiers dont ceux de couturière et d'ouvrière dans une fabrique de corsets.
Adolescente, elle supplie son père de lui permettre de retourner à l’école. Celui-ci réagit en jetant son livre de français au feu :
« Les filles n'ont pas besoin d'étudier autant que cela. Tout ce qu'une fille juive doit savoir, c'est comment on prépare le gefilte fish, comment couper convenablement les pâtes et donner à un homme de nombreux enfants. »
Emma a 15 ans et son père veut la marier religieusement de force. Ils s'affrontent sans cesse : lui se plaint qu'elle est une « femme facile » et elle affirme qu'elle ne se mariera que par amour.
Au magasin où elle travaille, elle repousse les avances appuyées de certains hommes. L'un d'entre eux l'emmène dans une chambre d'hôtel et après l'avoir fait boire, commet ce qu'elle décrira comme « le contact violent de nos corps qui m'avait fait si mal ». Deux de ses biographes ont qualifié cet épisode de viol. Elle est sidérée par cette expérience et « choquée de découvrir que la rencontre physique d'un homme et d'une femme pouvait être aussi brutale et douloureuse ». Après cette rencontre, elle décrit ses relations avec les hommes en ces termes :